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Hôte : Mizuki ; 10h35 – Abords de la forêt ouest près de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Ses pas vifs effleurent le sol terreux du chemin ascendant longeant la forêt de l’Autel. Chaque foulée augmente la force du vent qui fouette ses joues et balaie en arrière ses cheveux. Ses lèvres restent closes, ses pupilles se contractent. Les odeurs de mousse humide et de résine remontent à ses narines pendant qu’elle inspire, tout comme une sentence plus désagréable qui lui chatouille le nez, sans qu’elle ne ralentisse.
« J’adore cette sensation ! C’est comme se fondre dans les éléments, et ce crottin de biche est encore tout frais… » En contrebas sur sa droite, le village de Hanakaze s’étale dans la lumière oblique du soleil levant. La rivière qui serpente la région émet des reflets aussi bleutés que le ciel azur pendant que des poissons nagent. Son regard, malgré la distance importante, arrive à distinguer les villageois. Certains étendent le linge tranquillement, d’autres travaillent avec force ou discutent paisiblement sur la place centrale…
« C’est Tatsuya et Pete près des arbres derrière l’auberge… Pourquoi elle se baisse devant lui ? » Ce lieu rayonne de vie, tout comme le rire des enfants provenant de l’école… Moins d’une minute, dès son arrivée au pied de la montagne, dans un souffle régulier, elle effectue, sans ralentir, une impulsion fluide pour tourner brusquement vers l’ouest. « Après tout, je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir ! »
Son sourire radieux illumine ce simple instant alors que les ombres la couvrent, mais là où elle n’a pas réalisé le geste de Tatsuya, moi il m’est facile de le comprendre, un acte d’amour entre une femme et un homme. La forêt épaisse et vivante l’engloutit dans un nid d’odeurs multiples pendant qu’elle inspire profondément… Les feuilles pourrissantes de l’hiver et les fleurs sauvages qui fleurissent ajoutent de leurs effluves. Les branches basses tentent de l’agripper, mais elle les évite sans effort et profite de chaque son.
« Ça sent tellement bon… et un peu mauvais aussi… hi, hi… Trop facile, hop, une petite roulade… Hé, hé… Oh, là faut que je saute, puis ici je fais un rebond sur la pierre plate. » Son regard pivote à gauche avec un mouvement de tête rapide… puis à droite. Les furvius sautillent dans les arbres… Quelques écureuils grignotent des glands. Des guêpes bourdonnent près de la carcasse d’un renardeau, une branche cassée non loin… « Cool ! Il y a des biches et des chevreuils. Un sanglier avec des marcassins, trop mignon. Ils sont tous si mignons ! Même si c’est un peu triste pour ce petit… J’aurais préféré qu’il l’ait esquivé… » Elle enjambe une flaque boueuse, tandis qu’un corbeau effrayé décolle d’une pierre sur sa route.
— Désolée, je ne t’avais pas vu !
« J’ai été distraite, ce n’est pas bon… mais… C’est tellement beau… La nature est géniale. » Sa course effrénée se poursuit. Loin au sud-est, un cheval hennit. Au nord, sur le flanc de la montagne, résonne le cri des vulturis. Mizuki enjambe une souche, pivote pour esquiver une branche, puis continue d’un pas assuré, malgré une feuille collée sous sa chaussure gauche. Il est évident que, malgré son déplacement rapide, elle n’avance pas aussi vite qu’en terrain découvert, mais ce n’est pas le moment de réfléchir, sinon il ne me sera pas possible de profiter des vécus de cette expérience. Brusquement, ses sensations s’effacent…
Toutefois, c’était agréable à vivre… Il me faut rester concentré sur mon rôle… Observer mes hôtes. Mes ressentis ne doivent aucunement perturber ma lecture de chaque situation… Ce n’est pas évident, car plus le temps passe, plus mon envie de me focaliser sur moi augmente. Cependant, il me faudra revenir à l’essentiel rapidement. Me voilà dans ma salle de recherche.
Lapis : Sonia + Serge = Alice + Charlotte
Voilà de nouveaux fils à relier…

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