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Hôte : Karl ; 11h57 – Entrée de la clairière de l’autel du dernier sacrifice
Mes perceptions se connectent aux sens de Karl. Cette sensation d’empressement me travaille… Un sentiment oppressant qui le force à accélérer. L’image d’une jeune fille allongée dans un lit qui tousse énormément. « Bordel, il me faut ce pognon pour payer le traitement de Lili. » Sa pensée est violente… D’un pas nerveux, il foule l’entrée de la clairière verdoyante. Derrière lui, Alain et Émi discutent tranquillement de sujets variés qu’il n’écoute pas. Shana baille loin derrière eux. Soudain, mon hôte s’arrête pour observer les alentours. « Je dois faire vite, elle ne survivra pas longtemps. »
— J’espère qu’on va rapidement trouver cette femme.
— C’est quoi, ces grosses pierres ?
L’index d’Émi pointe en direction des mégalithes entourant l’autel du dernier sacrifice sur sa droite. Karl pivote son regard, serre les dents. « Foutu saloperie… » Un souvenir me parvient… Il caresse le visage d’une enfant allongée sur un lit d’hôpital. Elle est fiévreuse, tousse fortement. Une infirmière entre, s’occupe d’elle avec des gestes précis. Un médecin suit d’un pas lent, puis un homme en costume, qui affiche un rictus. D’un pas sec, l’individu s’approche de Karl, qui fronce vivement les sourcils.
— Il faudra payer bientôt, sinon nous arrêtons son traitement.
— Espèce de…
— Mesurez-vous ou je l’arrête de suite.
Karl serre ses poings. Son cœur bat plus vite… La brise légère frôle son visage contracté… Dehors des enfants jouent dans la pelouse, une dame avance en appui sur une béquille, un chat ronronne sur les genoux d’un vieil homme. Les oiseaux, souvent présents dans mes observations, sont encore là… Comme toujours la nature n’attend rien pour exister…
— Je vais payer, laissez-moi un délai !
— Bien, mais faites vite.
— J’ai pigé.
— Sachez que tout a un coût.
— Ouais, c’est ça…
L’homme quitte la pièce, le médecin se tourne vers Karl. Il se rassoit sur le tabouret ferme près du lit, serre doucement la main tremblante de la petite, qui tousse dans son sommeil. « Tiens bon, Lili… Tiens bon… »
— Je suis désolé, malheureusement sans traitement votre sœur…
— Je sais… J’ai assez la rage.
— Je ferai de mon mieux, mais… Vos parents…
— Ils sont morts depuis deux ans !
— Désolé…
— Ce n’est pas votre faute… C’est ce foutu système de merde !
Ce souvenir est récent et n’est clairement pas à Hana, un fragment jaune. Cela voudrait-il dire qu’il me vient de mon Chishiki ? C’est une probabilité qu’il m’est impossible d’écarter. En tout cas, il est plus simple de comprendre l’empressement de Karl. D’une analyse rapide, il m’est possible de voir que la petite souffre d’une forme altérée de tuberculose… Cela viendrait-il d’une dégradation de son ERA ? Étrange, mais pas impossible. Après tout, le sang peut être contaminé et modifier un facteur… Cependant, pourquoi me montrer cela en particulier ? Il est probable que ce soit utile pour nous relier… Mon créateur… Enfin, plutôt ma créatrice ne semble pas arrivée à me localiser… Me voilà maintenant à faire des suppositions… Encore un retour dans le temps présent et ses sensations sont déjà effacées…

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