92
Hôte : Mizuki ; 13h01 – Clairière de l’autel du dernier sacrifice
Brusquement, mes perceptions se reconnectent aux sens de Mizuki, cependant, cela ne provient pas de mon Chishiki… C’est donc une volonté de ma part ; un acte conscient… ou serait-ce dû à Hana ?
— Grigs !
Grig hurle, les pieds de mon hôte retombent violemment, lui broient la tête… des résidus de chair sur ses chaussures. « C’est horrible ! » Son corps tremble intérieurement. « Comment ai-je pu être aussi violente ? » Tout devient sombre… Au loin, Mizuki est nue, recroquevillée, aucune réaction. Serait-ce l’intérieur de sa conscience ? À l’opposé, elle se tient debout, ses paupières closes, ses lèvres bougent, nul son. Me revoilà à observer Shana, ses mains serrent fortement l’herbe. « Je suis contente qu’elle ne soit pas blessée. » D’un pas calme, Mizuki s’approche.
S’agenouille, l’enlace… « Ce ne sont pas leurs cris que j’ai entendus plutôt… De plus, la zone que j’ai fouillée n’avait que des traces de luttes… pas de sang ou de combats… Donc ce n’était pas les grikans, mais un autre groupe ? J’ai ensuite perdu du temps dans cette grotte et à cause de ça… J’ai entendu leur affrontement bien après… Je suis vraiment trop bête… » Shana pleure, ses larmes et ses cris font vibrer les tympans de Mizuki. « Cependant, je suis soulagée d’avoir pu la protéger. » Ses mains serrent les épaules de Shana. « Je dois la soutenir, elle est visiblement dans un léger état de choc. » Sa main droite lui caresse les cheveux. « Le mieux, ce sont les gestes doux. » Nul mot, une minute s’écoule… Mon hôte garde une étreinte légère, Shana pleure, renifle.
Il m’est possible de faire une analyse de la situation : à onze heures trente-trois, Mizuki a entendu des cris, sûrement la femme que Shana recherche, mais ma connexion s’est interrompue. D’après sa pensée récente, elle a exploré l’une des galeries de la grotte où les bandits se sont établis. Ne trouvant rien, Mizuki est ressortie, puis a entendu le groupe de Shana, mais en fonction de l’heure, elle n’est arrivée à la clairière qu’à midi trente-six…
Une brise légère souffle… L’odeur âcre reste omniprésente dans la zone… un mouvement dans les fourrés sur la gauche de Mizuki, presque imperceptible. Mon hôte maintient son contact physique avec Shana, me voilà à ressentir cette impression de voir une mère soutenir son enfant… Cela est lié à ses gènes Hahaoya, une des phéromones qu’elle émet, déclenche naturellement la production de l’ocytocine chez les personnes touchées.
Un souvenir me revient… Mirina est face à un groupe d’hommes et de femmes… Le conseil du laboratoire d’Eikyū… Ils la fixent, lisent un dossier épais… La salle est vaste, un large bureau, sept membres, des murs gris en acier lisse forment une uniformité entre le sol et le plafond. L’homme au centre la fixe alors qu’elle se tient debout sur une tribune en contrebas.
— Nos rapports indiquent que vous travaillez sur des modifications génétiques zoologiques. Pouvez-vous justifier de vos agissements ? Quelles raisons vous ont permises de franchir le droit ?
— En effet.
— Vous avez déjà initié des expériences en surface et sans accord préalable ?
— Le droit est secondaire sur la survie de l’espèce, toute intervention qui améliore les conditions générales de l’ensemble prévale sur les lois en cours ou futur, articles huit, du traité trois.
— Bien, nous allons surveiller cela, en attendant, vous restez libre d’agir.
Me revoilà dans le présent, mais me voilà déjà déconnecté des sensations de Mizuki. Dans mon bureau tout est calme, plus personne n’est présent. Tellement d’éléments à analyser et comprendre, en tout cas, encore un fragment bleu à relier… D’ailleurs, Naya cherche-t-elle Mizuki ou plutôt… Si ma réflexion est logique…

Annotations
Versions