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Hôte : Miki ; 13h18 – Extérieur de l’ancienne église, 75 km au sud-est de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de… Miki ? Son regard fixe les grandes portes vétustes couvertes de lierre, ses petites mains fébriles frottent le bois rugueux d’un vieux banc… Au même instant, ses jambes s’agitent tel un balancier, son visage souriant rayonne. Alors qu’elle guette ce point, me voilà à constater que le coût en ERA pour le changement d’hôte était cette fois bien plus élevé. Toutefois, il me reste plus de six cents points. Tant qu’il n’y a pas trop de déplacements comme celui-ci, tout ira bien. « Je me demande si ma grande sœur va venir ? » Un sourire léger, ses iris tremblants se déplacent sur les murs fissurés, glissent sur les vitraux brisés dans l’herbe où se reflètent les rayons du soleil pour créer des arcs-en-ciel de couleur. « C’est joli… J’aime bien. » Non loin, près d’un muret, une vieille cloche lézardée gît au sol ; divers insectes grouillent dessus, ce qui la fait rire un peu malgré un petit gargouillement.
« J’ai tellement hâte de la rencontrer ! Mizuki doit être vraiment trop géniale ! » Ses pieds frottent la terre, son sourire s’efface, ses yeux se contractent fermement. « J’en peux plus d’attendre ! » Une minute s’écoule dans le silence de la nature… deux, trois… « C’est pour quand ? » Son pied tapote le sol. « Maman m’a dit que quand j’aurais dix ans ma grande sœur viendrait me chercher… Pourquoi elle n’est pas encore venue. » Brusquement, un écureuil touffu aux poils roux grimpe sur le banc, puis sur son épaule.
— Bonjour, tu veux discuter.
Il fait de légers bruits de cliquetis avec ses dents.
— Oh, je suis désolé. Je ne savais pas que ton petit était malade.
Doucement, elle sort une noix de son sac posée sur ses genoux et la tend dans le creux de sa main.
— Tiens, c’est pour toi !
L’animal la saisie, émet d’autres sons qui font de légers grincements.
— De rien, mais dis-moi si je peux t’aider.
Encore quelques bruits, puis il file rapidement.
« J’espère que son petit ira vite mieux. » Le ventre de Miki gargouille encore. « Bon, moi aussi faut que je mange… Je crois qu’il me reste quelques racines dans mon sac. » D’une main tremblotante, elle glisse ses doigts dans la petite sacoche désormais posée à sa gauche. Toutefois, un merle se pose près d’elle, un ver dans le bec.
— Tu veux me l’offrir ? Désolée, je ne mange pas d’être vivant conscient, mais profite du repas.
Conscient ? Soudain, l’oiseau avale le ver, puis décolle… De son côté, mon hôte tient une racine qu’elle ouvre avec un petit couteau. « Le jus est vraiment nutritif, même s’il est super amer. » Au visuel, il s’agit d’une Gentiana lutea, d’où l’amertume factuelle prononcée qui m’est perceptible. Brusquement, le même volatile dépose de petites baies rouges près d’elle et piaille très vite.
— Oh, c’est des airelles rouges ! C’est acide, et un peu amer, mais merci !
Ces Vaccinium vitis-idaea semblent dater de l’hiver dernier. Miki en met une dans sa bouche, tandis que le merle repart d’un battement d’ailes. « Faudra que je fasse cuire mes champignons ce soir, sinon ils vont s’abîmer. » Reprenant une baie, Miki garde son attention sur la porte alors qu’une brise passe sous sa robe et frôle l’intérieur de ses cuisses. « Trop bizarre quand ça fait ça ! » Ses sensations s’effacent… Les fragments reliés à Miki sont blancs… Qui les a observé? Encore un autre mystère qui s’ajoute à la longue liste, mais cela n’est pas ma préoccupation prioritaire, il me faut une solution pour me fixer sur une hôte…

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