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Hôte : Noémie ; 13h28 – Extérieur du lavoir, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Noémie. Ses pas rapides suivent la même cadence que ceux d’Elias sur le sol du chemin bien entretenu. Son regard se pose un instant sur les quelques buissons qui parsèment l’herbe basse. Sur sa gauche, la roue à aube entraîne le mouvement de l’eau. La fenêtre permet de voir plusieurs cordes pleines de linge, mais… Elle fixe vite d’un sourire les yeux bleus de son ami, qui reste nonchalant, tandis que mon hôte lui serre calmement la main.

— Tu crois que tu vas te trouver un petit ami au village ? J’ai l’impression que tu n’es pas pressé…

— Aucune idée ! C’est juste qu’ici personne ne me critique ou ne me rejette.

— C’était différent à Aritia ?

— On a déjà abordé le sujet ce matin, tu te rappelles ?

Haussant ses sourcils, elle esquisse un sourire, puis tend un bonbon vert pomme à Elias. Il pose doucement une main sur l’épaule de Noémie, ferme ses paupières, tous deux s’arrêtent.

— Je n’arrive pas à croire qu’on juge ce genre de chose.

— Chacun a ses propres pensées, les critiquer ne nous rend pas meilleurs.

— Tu trouves toujours comment justifier l’injustifiable !

— Ils ont le droit de ne pas m’accepter… mais depuis quand utilises-tu des mots compliqués ?

Son doigt se pose sur son menton, elle incline sa tête vers le haut. Une légère pause, son regard fixe de nouveau Elias, qui prend le bonbon et le met dans sa bouche.

— Oh, j’ai entendu Linda le dire ! Dans tous les cas, ce sont juste des idiots s’ils te rejettent.

— Nous avons tous un jugement différent, il est important de respecter cela.

— Moi, je juge que c’est des idiots ! De quel droit ils osent critiquer ton orientation sexuelle !

Ses poings se resserrent, ses sourcils se froncent. Elias scrute le ciel… Un silence entre eux, au milieu des sons naturels. Il soupire profondément, un chat passe derrière eux…

— Ce ne sont pas tant les individus… C’est la société dans son ensemble qui pose ces jugements.

— Dans ce cas, elle est bizarre.

— Sûrement… mais il ne faut pas s’arrêter à cela et toujours être soi-même.

— Tu peux compter sur moi. Je te soutiens !

Noémie bombe le torse, Elias rit doucement, puis se baisse et regarde un pissenlit mature. Mon hôte plie ses genoux, son regard fixe la petite plante ballottée par le vent. Il lui sourit… L’index d’Elias frôle le pistil de la fleur. Elle inspire, puis souffle lentement et ce dernier s’envole.

— Merci… On va prendre le temps d’expliquer notre ressenti.

— Hanakaze sera l’endroit le plus tolérant du monde !

— Totalement d’accord !

Loin derrière, la voix de Pete résonne. Elias le regarde remonter le chemin. Noémie se relève.

— Tu vas encore jouer les pervers ? D’ailleurs, elle est où Tatsuya ?

— Du calme ma petite Noémie, tu l’as dit, Hanakaze sera le village le plus tolérant.

— Pas avec les pervers.

— D’accord… En ce qui concerne ma femme, elle voulait te parler et t’attend à la boucherie.

— J’irai après mon tour de garde.

— T’en fais pas, je te relève.

— Hummm…

Fixant Noémie, Elias se relève avec calme.

— Vas-y.

— T’es sûr ?

— Oui.

Noémie s’éloigne doucement sur le chemin et regarde derrière elle d’un coup d’œil discret. « Bon, c’est vrai que Pete est bizarre et pervers… euh… ou pas ? Elias dit qu’il ne faut pas juger… » Pete se rapproche d’Elias d’un pas décidé.

— Faut qu’on parle.

— Bien sûr, mais on le fera en patrouillant.

— Ça me va.

« Je vais les laisser discuter… Je me demande si Tatsuya pourra m’apprendre des techniques de séduction ? Ce serait vraiment bien. » D’un pas rapide, Noémie remonte vers la place centrale. « Il y a tellement de marchands venus de l’extérieur… Avant, je me rappelle que c’était compliqué pour en faire venir un seul. C’est fou comme le village a changé en douze ans. » Brusquement, un souvenir me revient… Ancien, il n’est pas à moi, Hana… Non, un fragment gris, Telius l’observait… Elle est encore jeune, assise en classe, nous voilà dans le premier sous-sol du laboratoire, les enfants sont silencieux… Cet homme… C’est leur professeur, Jenkins…

— Bien, nous parlerons aujourd’hui de la discrimination, sujet important qui permet de… Hana ?

— Comprendre les raisons et les différences entre les individus.

— C’est bien, Sophie, peux-tu expliquer pourquoi elle est intolérable ?

— Parce que tout le monde est différent et que juger les autres, c’est se critiquer soi-même.

— En effet, mais l’intolérance de la discrimination est-elle un problème… Léo ?

— Oui, celui qui fait preuve d’intolérance manque de nuance.

— Quelle leçon retenir de cela. Dr Telius, pourriez-vous l’expliquer aux enfants ?

L’homme s’avance devant le bureau, un regard calme, une sérénité absolue, un sourire confiant. Il prend la place de Jenkins, qui se met en retrait, admiratif… Telius, il me fait penser à mon…

— La discrimination d’autrui est un jugement de valeur préétablie sur l’apparence et la perception sociale. Il est naturel chez les humains d’en avoir, et il serait intolérant de la rejeter. L’exprimé n’est pas un défaut, cela cependant dépend du cadre de l’expression. C’est ici que vient l’intérêt de créer l’environnement adéquat, un endroit ou chacun exprime son ressenti. Ce moment de suspension ou l’honnêteté de dire, moi je te perçois de cette manière, puis de passer l’a priori initiale. Toutefois, la théorie ne développe pas la pratique, d’où ce cours qui vous est donné en exemple.

Soudain, Hana lève la main, Telius lui offre un sourire serein.

— Je t’écoute, parle librement.

— Et si on n’est pas d’accord avec vous ?

— C’est un choix libre, personne n’impose de suivre mes dires, ils ne sont pas paroles d’autorité.

— Donc, j’ai le droit de ne pas tolérer les discriminations ?

— Bien sûr, comme tu as le droit de les approuver. Les choix, différencient l’individu de l’espèce.

D’un geste, Telius incite Hana à se rapprocher, la petite se lève et vient au pupitre tandis qu’il se met en retrait. Souriante, mais nerveuse, elle observe les autres enfants.

— Moi je pense qu’on devrait tous être amis, mais c’est pas toujours facile… Par exemple, on ne peut pas tous faire la même chose en même temps et on vit plein d’expériences différentes même quand on est ensemble. Euh… Je ne sais pas trop pour les autres, mais j’aime pas qu’on se moque de moi, donc je le fais pas. Je suis encore petite, par contre, je suis d’accord que ce n’est pas évident de comprendre vraiment tout ça !

La classe est composée d’enfants de plusieurs ethnies… Divers signes religieux sont portés… Me revoilà au présent, ses sensations s’effacent…

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