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Hôte : Shana ; 13h54 – Forêt près de l’autel

Mes perceptions se connectent aux sens de Shana ; son index contre sur sa joue gauche, son pas ralenti. « Je suis vraiment nul en ce moment, mais discuter m’aide à tenir. Je n’oublie pas ce que papa m’a appris. Il ne faut jamais abandonner même quand c’est dur. » Ce goût métallique envahit encore sa gorge, un léger relent la force à déglutir… La main chaude de Mizuki enlace la sienne… Un court silence s’installe entre elles. Le regard de mon hôte dévie sur une biche proche qui coupe par le sous-bois. L’aboiement d’un chien au loin résonne dans ces tympans. Cela me laisse un instant de réflexion… Les Chishiki… L’une des cinq races anciennes créées génétiquement en l’an 2463. Juste après les Eien et les Hahaoya. Ma naissance fut ultérieure, en l’an 2696. Mirina et moi cherchions un moyen de rétablir l’environnement sur Terre !

— Esther a l’air d’être une super cuisinière.

Brusquement, la voix joyeuse de Mizuki me sort de ma pensée, ses pas ralentissent légèrement, Shana suit le mouvement, ses doigts glissent dans ses longs cheveux qu’une brise balaie.

— En effet, Maman est impressionnante !

— Moi, je ne suis pas douée en cuisine. Au fait, Thomas dit que la capitale était loin de Hanakaze ?

— Environ trois cents kilomètres, mais… Qui est Thomas ?

— C’est le professeur de l’école de Hanakaze ! Est-ce que tu peux me décrire la capitale ?

— La grande place accueille nobles et artisans.

— Ce sont les commerces qui y sont installés à Hanakaze.

— Hi, hi… En haut de celle-ci, le grand escalier mène au palais royal.

— Henri m’a dit un jour qu’il y travaillait dans sa jeunesse !

— Henri ?

— C’est le chef des gardes de Hanakaze… Il est grand et musclé !

— Il doit faire une sacrée impression.

— Annie m’a dit que c’était dur de communiquer à la capitale.

— Les relations sont cordiales, mais… Puis-je savoir qui est Annie ?

— C’est la coiffeuse et esthéticienne de Hanakaze. C’est aussi la femme de Henri !

Avançant encore de quelques pas, Shana s’assoit finalement sur un large rocher plat. D’un pas léger, Mizuki se rapproche pour se mettre près d’elle, et toutes deux se prennent la main en souriant.

— Laisse-moi te parler de l’animation grâce aux lampadaires.

— C’est quoi un lampadaire ?

— Un grand poteau avec une lanterne en verre.

— Comment ça marche ?

— Il est alimenté par un cristal d’ERA, qui est chargé par l’élément de lumière.

— Qu’est-ce qu’il y a d’autres ?

— Les tavernes et les théâtres sont très appréciés…

— L’auberge du village aussi est appréciée, plein de monde la fréquente.

— Il y a également le plus grand temple du monde où la déesse est vénérée.

— Un temple ? Nous ont pris n’importe où, Mirina s’en fiche.

— Le bâtiment est destiné aux fidèles ; Maman dit toujours : ce n’est pas une déesse qui me nourrit.

— Je suis d’accord avec Esther !

— Il y a aussi la guilde. On y vient pour demander ou proposer de l’aide.

— Qu’est-ce qui t’a poussée à devenir aventurière ?

— Je cherche mon père qui a disparu il y a quatre ans.

— Tu sais s’il va bien ?

— Aucune idée, mais je suis ses traces !

Se relevant, Shana s’étire, Mizuki l’imite… Toutes deux reprennent la marche… Mon hôte reste sur la droite du sentier, quelques coquilles de noix sont encore présentes.

— Je peux voir que tu es forte, mais tu manques de souffle.

— Tu m’as analysée, on dirait ! Parle-moi plus de ta famille ?

— Mon frère, Michel, est un épéiste, intelligent et musclé, qui mesure un mètre soixante-quinze.

— Un garçon charmant ? Il mesure six centimètres de plus que moi, et on fait la même taille, non ?

— Perdu, j’en mesure un de plus. Michel est gentil, beau, prévenant, sociable.

— Hum… Il n’a que des qualités, on dirait… Est-ce qu’il te ressemble physiquement ?

— Il est parfois un peu manipulateur, mais dans le bon sens ! Par contre, on n’est pas du tout pareil. Ses cheveux ont la couleur du jais, ses iris sont ébènes…

— Michel ressemble plus à ton père ou à ta mère ?

— Il ressemble à papa, mais a le plus de points communs avec Émilie.

— Émilie ? Est-ce le prénom de ta maman ?

— Non, c’est la maman de Michel.

— Donc tu es sa demi-sœur ?

— Légalement, je suis sa sœur adoptive. J’ai été trouvée bébé à l’entrée de Hanakaze.

— Donc Émilie est ta mère adoptive ?

— Non, elle est morte lors de l’accouchement de Michel.

— Comment était sa maman ?

— Elle était très jolie. Michel a un portrait dans sa chambre.

— Est-ce que tu aimerais rencontrer tes parents biologiques ?

— Oui, mais je ne suis pas pressée.

— Si tu décides de partir un jour, on pourrait voyager ensemble ?

— Je te préviendrai si c’est le cas.

D’un regard plus distrait, les pas de Shana ralentissent un peu.

— Tu crois qu’on pourrait s’arrêter un instant vers la rivière ?

— Bien sûr, tu as sûrement besoin de te laver le visage et de te changer.

Tandis que sa fatigue reste très présente, il m’est possible de me souvenir d’avoir conçu le nouveau calendrier à dix ans en deux mille sept cent six. Il est reparti de zéro sur une base plus efficace en s’ajustant automatiquement à nos besoins. L’apparence de Mizuki, Miki et Ayame est celle des Hahaoya. Le comportement de Meita suggérerait qu’il sait. Les filles avancent doucement, mais la gêne et l’urgence de Shana me sont perceptibles… Une envie pressante, le tissu entre ses jambes qui colle légèrement… Elle ne dit rien de ça à Mizuki, qui est souriante. Autour d’elles, la forêt est emplie de vie. Des biches courent dans les sous-bois, un loup gris guette plus loin, des lièvres s’accouplent… Les feuilles des arbres bougent au rythme du vent, les oiseaux chantent en harmonie de divers sons. Les insectes s’occupent dans leurs activités variées. « La forêt est vraiment immense, je me sens tellement petite… » Alors que la pensée de Shana me parvient, il m’est possible de constater que Mizuki semble au contraire être très à l’aise.

— Tu viens souvent en forêt ? Tu as l’air de beaucoup aimer la nature…

— Oui, je l’adore… mais je ne viens pas autant que je le voudrais… Et toi ?

— Je l’aime bien aussi, mais le confort de la ville me manque un peu.

— T’en fais pas, Hanakaze est très confortable.

Ses sensations s’effacent… Me voilà donc de nouveau seul… Mon bureau est calme, plus d’autres présences, mais cela me permet de me concentrer sur le tableau bleu… Mon propre passé, celui qui contient mes souvenirs… Que cherche Naya ? Pourquoi me ramener moi ? Elle n’a nul lien direct qui justifie de dépenser autant de ressources… Sauf si… Serait-ce Mirina qu’elle recherche ? Ou quelque chose qu’elle a développé ?

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