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Hôte : Thomas ; 16h02 – Salle de classe égalitaire, école de Hanakaze

Cette fois, mes perceptions se connectent aux sens de Thomas. Au travers de la vaste verrière, la lumière déclinante du soleil éclaire la modeste salle. Debout, au centre de la grande table, mon hôte scrute les enfants assis sur un banc circulaire. Dans son champ visuel, il m’est possible de voir une plaque près de la porte : « classe égalitaire » Dans tous les cas, mon ERA n’est plus qu’à 259… et il est possible que mon existence disparaisse si mon Chishiki ne se manifeste pas rapidement.

— Bon, les enfants, il est déjà seize heures. Dites-moi, qu’avez-vous mangé ce midi ?

— On est tous allés à l’auberge. Ma maman nous a cuisiné des frites avec des steaks.

Vivement, Camille se tourne vers Tomo, puis sort un petit carnet de la poche arrière de son short.

— Tu n’es pas assez précis ! Yuna nous a d’abord servi une salade composée en entrée. Il y avait des tomates, des œufs, une vinaigrette douce. Ensuite, pour le plat principal, nous avons en effet eu un steak frites. Et pour le dessert, elle a servi des mille-feuilles légers achetés à la pâtisserie.

Tout en s’appuyant sur le bord de son bureau, Thomas sourit.

— Je suis content de voir que le repas de Yuna t’a plu.

— Pas seulement à moi, tout le monde a aimé !

— Parfait ! Je suis également heureux que Yuki et Aya aient pu se joindre à nous cette après-midi.

— Désolée. Je voulais attendre Michel, et après j’ai trop aimé le livre qu’on a lu avec Yuki.

— Tu n’as pas à t’excuser, tu es libre de faire autre chose si tu en ressens le besoin.

— On étudie quoi maintenant ? J’ai hâte d’apprendre plein de nouvelles choses !

L’intonation de Camille reste joyeuse tandis qu’elle prend son ardoise.

— Histoire et géographie. À quelle distance est la ville la plus proche de notre village ?

— Elle est à cinquante kilomètres et il s’agit d’Ardentia.

La voix de Carl est franche alors qu’il tient son livre ouvert devant lui.

— C’est une très bonne réponse, elle est d’ailleurs connue pour son architecture unique.

Malgré mon observation, il m’est possible de me souvenir que selon le registre de Linda, Carl a dix ans. C’est le fils de Will et Amara, mais aussi le grand frère de Lila, qui est assise à sa droite. La petite l’observe en jouant avec ses doigts.

— Elle te fait encore mal, la cicatrice sur ta lèvre ?

— Non, t’en fais pas.

Assise à sa gauche, Aya glisse doucement sa main dans les courts cheveux de Carl.

— Bouge pas, t’as un épi !

— Merci.

— Je crois que ses bâtiments sont en pierre rouge !

L’intonation de Caroline est légèrement basse pendant qu’elle fixe ses chaussures.

— Exact ! Elle est aussi réputée pour ses artisans et ses artistes.

— Ainsi que pour son marché animé qui attire des visiteurs de toute la région !

Tom complète rapidement la réponse d’Aya avec le sourire.

— Excellent ! Maintenant, qui peut me dire quelles sont les autres grandes villes de notre pays ?

Levant le bras vigoureusement, Tomo rote malgré lui, mais personne ne relève l’incident.

— Il y a Célestia, mais elle est super loin.

— Toute distance est relative à la vitesse de déplacement. Quelqu’un a-t-il un exemple ?

— Si on voyage en charrette avec un cheval, on va plus vite qu’à pied !

La prononciation de Camille est limpide, tandis qu’elle prend des notes.

— Exact, on peut atteindre entre dix et quinze kilomètres par heure sur une route en bon état.

Alicia bondit soudain de sa chaise qui se renverse, puis claque ses mains sur la table.

— Il y a aussi Lumina, c’est la ville où mon papa a grandi.

— En effet, elle est à cent kilomètres au sud-ouest de Hanakaze, près d’un volcan.

— Elle est connue pour sa lumière scintillante qui émane des cristaux qui y sont extraits.

La voix de Carl est sereine, tandis qu’il ajuste les cheveux en bataille de Lila.

— Exact !

Dessinant énergiquement sur son ardoise, Aya observe soudain Thomas.

— Les habitants sont réputés pour leur connaissance de la magie et de l’alchimie.

— Tout à fait !

Avec calme, Tom note dans son cahier avant de fixer son professeur.

— C’est un lieu important pour les aventuriers et les marchands qui cherchent des objets magiques.

— Très bien !

Alicia redresse sa chaise, puis lève la main plus calmement.

— Lumina est célèbre pour son festival annuel de la lumière, où la population illumine la ville.

— Excellent.

« Les enfants ont déjà de bonnes bases. »

— Euh, la ville portuaire d’euh… C’était quoi déjà, po… per… pe…

Les longs cheveux châtains de Lila tombent devant ses yeux sur son visage tout rond. Carl les écarte doucement avant de lui mettre une barrette pour les tenir sur le côté.

— Pelichia.

— Pelichia !

Les iris bruns de Carl pétillent de joie, tandis qu’il regarde sa sœur sourire.

— Très bonne réponse. C’est la plus grande ville portuaire d’Élidia.

Tomo affiche un large sourire tout en ajustant sa chaise.

— Elle fournit du poisson sur tout le continent de Férentia avec sa pêche exceptionnelle.

— Bonne observation.

Bruyamment, Caroline remue sur sa chaise en serrant ses jambes.

— Tous les villages de pêcheurs viennent y vendre leur prise.

— C’est tout à fait vrai, mais n’hésite pas si tu as besoin d’aller aux toilettes.

La jeune fille se lève d’un bond et court précipitamment vers la porte.

— Mercia ! C’est une ville agricole ! Maman m’y a déjà amené une fois, il y a plein d’apinas.

L’intonation d’Aya est très forte pendant qu’elle pose son ardoise où est dessiné un merle.

— Exact, Mercia gère les principales ressources agricoles du pays.

— On trouve tous les produits agricoles là-bas.

La voix de Carl aussi est intense alors qu’il sort un pot de baume de la poche de son veston.

— Exact, mais chaque ville ou village a une certaine autonomie.

— Mercia est capable d’alimenter tout le pays et même de fournir nos voisins. Elle produit des fruits, des légumes, du bétail, et transforme le surplus sur place.

Aya s’exprime d’une voix encore plus virulente.

— Exact. Parlons d’histoire maintenant. Citez-moi les gens célèbres qui vous inspirent.

— Mizuki ! Parce qu’elle est super forte, belle et intelligente.

— Michel ! Parce que c’est le garçon le plus fort et le plus beau du village.

Tomo et Aya s’expriment au même instant, Camille les regarde en fronçant les sourcils.

— Thomas a dit des personnages historiques, pas les gens populaires du village !

— Merci de le souligner. Je comprends votre admiration pour Mizuki et Michel, mais…

— Moi, je veux parler de ma maman, elle fait tout plein de vêtements !

Yuki parle avec sa petite voix timide tout en se recroquevillant sur sa chaise.

— On peut parler de mon papa. Il défend le village !

Alicia adopte une voix énergique en regardant tout le monde. Encore une fois, en me basant sur le registre de Linda, Lila a seulement six ans, tandis qu’Alicia en a sept. Soudain, Caroline entre de nouveau dans la salle.

— On pourrait parler de Linda, elle écrit plein de livres !

— Et mon papa, c’est le meilleur chasseur au monde !

Carl parle d’une voix emplie de fierté pendant qu’il essuie le baume en trop sur ses lèvres.

— Mon papa, il fabrique les meubles et les maisons, et ma grande sœur l’aide.

Charlotte est très expressive, même si sa voix est calme.

— Bon, prenons un temps libre pour rédiger des copies et faisons ainsi un peu de français.

Les enfants prennent leurs ardoises avec enthousiasme et sourire. Tous commencent à écrire en silence. Il m’est donc possible de réfléchir… « Je suis content qu’ils soient aussi concentrés. » Peut-être que finalement les pensées de Thomas vont m’en empêcher… « Je suis vraiment fier de pouvoir leur transmettre mes connaissances. C’est la plus belle chose que l’on puisse offrir aux autres. Personne ne devrait avoir le droit de limiter le savoir, car c’est une ressource universelle. »

Il m’est possible de me souvenir que mon père, Telius, n’aurait pas été d’accord. Certes, le savoir peut être bénéfique, mais entre de mauvaises mains, c’est une arme totalement destructrice. Mirina, de son côté, n’était pas non plus pour un partage total, mais pour un apprentissage complet. Elle disait souvent : guide-moi, mais ne me dis pas tout. Je ferais mes propres erreurs et c’est ainsi que j’accéderais à la véritable connaissance. Au fond, a-t-elle survécu après ma mort ? Est-elle encore vivante sous une autre forme ? Tant de questions sans réponse, mais qu’importe. Me voilà à me remémorer de l’un des exemples qu’elle m’avait donnés… Un pistolet, une arme conçue pour tuer, n’est-elle adaptée qu’à cela ? Si tu m’expliques son fonctionnement, ma réponse devient évidemment, oui, sans nuances, car certes tu peux t’en servir comme outil de dissuasion, mais dans ce cas elle n’est pas utilisée. En revanche, le marteau est conçu pour frapper, peu importe la cible, il effectue son rôle. Ce n’est pas une arme, mais dans sa conception il tue plus silencieusement hors de toute méfiance. Alors que ma pensée m’accapare un peu trop, ses sensations s’effacent…

Voyons un peu le…

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