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Hôte : Kenji ; 21h58 – Chambre de Kenji, maison des Ashura, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Kenji. Allongé sur son lit, son regard fixe le plafond. « J’ai peur que des grikans attaquent Hanakaze… Ceux que Mizuki a affrontées étaient sûrement des éclaireurs… Henri est au courant d’après ce qu’elle m’a dit. Il fera le nécessaire pour les préparatifs. Cependant, je dois m’assurer de demander du renfort à l’aube. » Sa main se tend vers le haut, paume à l’extérieur. « Tu me manques tellement, Émilie… Ton sourire. Ta voix chaleureuse. Tes mots apaisants… » Brusquement, un souvenir me revient alors que la pensée de Kenji est encore dans mes réflexions. Dans cette même chambre, Émilie l’enlace sur ce même lit.

— Tu as encore fait ce cauchemar ?

— Oui…

Elle approche sa bouche de son oreille, souffle légèrement.

— Je suis là.

— Je sais.

— Libère-toi.

— Que veux-tu dire ?

— Chaque mot, je l’écoute.

— Ce n’est pas si simple.

D’une main, Émilie caresse le dos de Kenji.

— Non, ça ne l’est pas.

— C’est un souvenir douloureux pour moi.

— Oui, alors parle-m’en. Je veux partager ta souffrance.

Avec force, il étreint son épouse.

— Moi je ne veux pas te la faire vivre.

— Toi et moi, Kenji, dis-moi.

Il inspire très profondément. Un long soupir sort d’entre ses lèvres…

— J’avais sept ans le jour de leur venue… J’ai vu la mort frapper, sanglante, cruelle, humaine.

— Alors, je serais celle qui te montre l’amour, la joie, humaine. Continue, je t’écoute.

— Ma famille était simple, mon père peu instruit, mais doué de ses mains. Ma mère, ignorante, mais toujours attentionné. Tous deux connaissaient bien les travaux de la ferme et s’étaient réfugiés dans l’un des hameaux qui composent le marais d’Holestinia. Le jour de mon septième anniversaire… Un instant censé être de la joie… Ses hommes armés sont arrivés pour piller le village, sûrement dû à la facilité du lieu. Ils les ont tués, certes hors de mon regard, mais j’ai vu leurs corps encore chaud et saignant. Par la suite, pendant plusieurs heures, c’est moi qui les ai occupés avec ma chair. Puis l’un d’entre eux est arrivé par-derrière et les a tous tués.

Sans pleurer, Émilie enlace Kenji en silence.

— Ce moment traumatique, ne l’oublie jamais, il fait partie de toi, tout comme moi désormais.

— Je ne peux pas l’oublier, mais j’ai appris à vivre avec…

— Et j’en suis heureuse, sans cela, je ne serais pas là, et notre enfant dans mon ventre non plus. Le passé est désormais inéluctable, et même si on pouvait le modifier, cela apporterait autant, voire plus, de douleur, qu’en dis-tu ?

— En effet, je ne voudrais jamais prendre le risque de ne pas te connaître…

Ses sensations s’effacent… Mirina disait : le temps est une notion, absolue ? Qui sait ? C’est le jeu du paradoxe, mon cher Noran, réfléchis-y, moi j’ai la réponse…

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