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Hôte : Mizuki ; 22h15 – Chambre de Mizuki, maison des Ashura, Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Ses paupières closes et son souffle calme me laissent comprendre qu’elle est encore endormie… Sa main droite immobile sur le ventre dénudé de Shana dégage une chaleur douce, tandis que l’air frais emplit la chambre d’une température proche de dix-sept degrés. Toutefois, la couverture maintient son organisme à un stade optimal.
Quant à moi, il me faut m’interroger… Qui est vraiment Naya ? Une Chishiki, sans aucun doute, en fait la mienne c’est certain. Cependant, elle ne connaissait pas encore Hanakaze. Ces souvenirs viennent de Hana… Si elle est en vie, il me faudra trouver où. Toutefois, sans contrôle de mes déplacements, ce sera difficile.
En tout cas, mon ERA est plein. Il est aussi rassurant de savoir qui est mon Chishiki. Les secondes défilent. Attendre n’est cependant pas un souci. Il y a beaucoup de détails à observer même dans le noir. Le bruit de feuilles dans les arbres. Le goût salé de sa salive. La douceur de la peau de Shana… Attendre… Patienter… Réfléchir…
Serait-il possible que ma conscience s’ennuie en ce moment de vide ? N’y a-t-il pas de souvenir qui me revienne ? Ne serait-ce qu’un fragment. Déjà plusieurs minutes… Il serait bon de contrôler mes déplacements de perceptions. Dans tous les cas, la nature continue de vivre paisiblement.
Excepté l’attente, il n’y a rien à faire… Un instant solitaire…
De légers mouvements proviennent brusquement du corps de Shana… Une contraction machinale de l’abdomen. Sans être certain de cela, il me paraît évident qu’elle ressent un besoin de se soulager. Cependant, il n’y a pas encore d’urgence visible.
Soudain, sur le visage de Mizuki, les pattes d’un moustique me deviennent perceptibles, cependant, malgré son sommeil paradoxal, elle émet un souffle vif, qui le fait décoller de suite. La main de Mizuki est légèrement déplacée et le poids sur le lit change. Des pas légers sur le tapis en laine, puis la porte qui s’entrouvre… C’est étrange… Mizuki est toujours en sommeil paradoxal, pourtant mes perceptions restent actives. Cela est sûrement lié aux gènes Eien…
Tout cela n’aura pris que cinq minutes… mais les secondes défilent toujours dans ce moment chargé de silence… Doucement un souvenir me revient : Mizuki est encore petite et allongée dans ce même lit, Yumi près d’elle lui fait boire à la cuillerée un bouillon de légumes au goût riche en gingembre et ail. Soudain, la petite tousse, recrache un peu avant de vivement éternuer.
— Est-ce trop fort ?
— No… Atchoum… J’ai av… Atchoum
— Ne bouge pas autant.
Yumi lui fait alors boire une tisane, le goût amer et terreux de l’echinacea ressort rapidement. Elle sort ensuite un gant de toilette chaud pour le plaquer sur le nez de Mizuki. Cela lui permet de sentir un fort effluve camphrée et frais qui provient de l’Eucalyptus.
Brusquement, Michel entre dans la chambre, son nez coulant déjà… Il s’approche du lit et se glisse sous les couvertures pour se coller à sa sœur. Elle rit légèrement pendant que Yumi soupire, puis se tourne vers le pas de la porte.
— Réunir des malades n’est jamais bon, Kenji.
— Je sais, mais il voulait être près de sa sœur.
— Je ne vais pas tomber malade deux fois de toute façon !
— Oui, Michel peut pas… Atchoum !
Ses sensations s’effacent…

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