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Hôte : Noémie ; 22h29 – Auberge de Hanakaze, maison des Igunachi
Mes perceptions se connectent aux sens de Noémie, qui est assise à une table dans le fond et boit avec Elias, Mike et Katsuya, tandis que Takumi s’approche d’un pas rapide. Malgré l’heure tardive, l’auberge est animée de discussions.
— Noémie, peux-tu faire moins de bruit ?
— J’ai le droit ! D’abord, c’est qui cette fille avec Michel ? Vous l’avez vue aussi !
Tout en s’accoudant à la table, Mike se met à rire.
— Ouais, elle a une sacrée paire, Michel avait l’air hypnotisé.
— Moi, ce n’est pas mon truc, ceux de Mizuki sont parfaits.
Katsuya parle d’une voix plus posée, tout en rougissant un peu. Brusquement, le poing gauche de Noémie s’abat sur la table et les tasses tremblent.
— On s’en fiche ! Les seins ne définissent pas une fille ! Ça doit être une greluche de la capitale.
Elle hurle encore plus fort tout en massant sa main désormais endolorie. Reposant sa tasse, Elias tend une compresse froide à mon hôte.
— Je dirais plutôt une archère expérimentée, qui par ailleurs semble avoir eu une mauvaise journée.
Gardant la compresse contre sa main, Noémie se calme doucement, puis rougit un peu. Serein, Takumi lui ressert du vin pendant qu’elle pivote son cou sur sa gauche. Yuna, derrière le comptoir, sert un verre à Amélia, qui est assise sur un tabouret. Lentement, Noémie fixe James, qui est à une autre table en train de jouer aux cartes avec Kyle. Finalement, elle reporte son attention sur Walter et Tim qui sont sur le canapé près de l’entrée, puis soupire en se tournant vers Elias.
— Désolée, je me suis emportée, mais c’est de moi que Michel devrait être amoureux.
Takumi débarrasse l’assiette vide de Katsuya…
— Tu ne peux pas forcer Michel à t’aimer.
Mike repose sa tasse en souriant.
— Takumi a raison. Michel n’est pas amoureux de toi, mais t’es jolie.
Katsuya se frotte légèrement le cou.
— Je suis d’accord et Michel le pense aussi.
— Merci les garçons, mais demain je lui parlerai, à cette fille.
« Si cette greluche pense qu’elle peut me piquer le garçon dont je suis amoureuse ! » Lentement, Elias croise les bras.
— En tout cas, j’ai envie d’apprendre à la connaître.
— Moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
Alors que Mike termine son intervention ambiguë, tous portent un toast. Noémie boit une gorgée du vin à la cerise, tout en regardant, Aurélie, qui rit doucement avec Yuna avant de se faire resservir.
— Eh bien ! C’est tendu ce soir.
La voix d’Aurélie porte loin, malgré les diverses discussions, et Yuna sourit en reposant la bouteille.
— Oui.
— D’après toi, comment ça va finir ?
— Honnêtement, Mike va se faire frapper par Noémie.
« Ce n’est pas l’envie qui m’en manque… mais j’ai encore mal à la main. »
— Je suis entièrement d’accord ! Il pousse souvent trop loin. Un vrai petit obsédé.
— Toujours moins que Tatsuya, qui ne pense qu’au sexe.
— Je me rappelle que Mike voulait toujours me toucher les seins quand on était enfants.
— Moi, je me souviens que Tatsuya se masturbait en cours.
— Mais ce n’est pas toi qui as couché avec elle quand vous aviez treize ans.
— Et toi, tu as souvent laissé Mike te tripoter, avant de sortir avec Andy et d’avoir Alicia.
— C’est une évidence flagrante ! Oh, on dirait que James a encore perdu.
— Heureusement que personne ne parie, sinon il y aurait déjà laissé son pantalon.
— Oui, il n’a jamais eu de chance avec les jeux de cartes. C’est un vrai livre ouvert.
Rapidement, Noémie tourne son regard vers James et Kyle, qui sont assis à une autre table.
— Allez, une dernière partie, et après on arrête.
— Ok, je suis toujours partant.
Très vite, elle scrute Walter et Tim, qui discutent sur le canapé près de la porte.
— Demain, on plante des caradias le long de la route du moulin !
— Murad et Paul ont déjà fini les réparations ?
— Oui. Ils ont fait du super boulot.
— Ok, je ramènerai tout le matériel à l’aube.
Alors que mon hôte reprend une gorgée, un souvenir me revient… Noémie doit avoir dix-sept ans. Elle bande son arc, décoche, soupire longuement.
— Tu te débrouilles bien.
La voix de Michel derrière elle est calme, tandis que d’un sursaut son corps pivote.
— Ce n’est pas vrai, je ne fais que manquer ma cible.
— Ce n’est pas un échec pour autant.
— T’en sais rien ! Tu n’as jamais tiré à l’arc et tu n’es qu’un enfant.
Michel s’avance sur le pas de tir, récupère un arc d’entraînement et une flèche. Derrière lui le poste de garde est calme, une brise légère souffle en balayant les feuilles orangées du grand chêne. Il bande la corde à mi-tension, la relâche sèchement. Une, deux, trois, quatre secondes… Le tir fait mouche au centre.
— Comment tu…
— Je m’entraîne aussi. Tu es douée, prends plus confiance en toi.
Rougissante, Noémie fixe le regard de Michel, qui range l’arc.
— Tu veux bien m’aider ?
— Bien sûr.
La jeune femme se met en position de tir et patiente.
— Tu trembles légèrement, diminue la tension de la corde.
— Comme ça ?
— Oui
Elle décoche la flèche… Une, deux, trois secondes, un tir en plein centre. Un grand sourire sur ces lèvres… Me revoilà dans le temps présent, Noémie est affalée sur la table, « Ce n’est pas juste… » Ses sensations s’effacent… L’amour. Voilà un point de tension étrange. Qu’en est-il de moi ? Est-ce que cela m’est arrivé ? Mon père aimait-il ma mère ?

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