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Hôte : ??? ; 22h40 – Clairière de l’autel du dernier sacrifice
Mes perceptions se connectent aux sens de… Un grikan boiteux… Celui qui observait Mizuki dans la clairière de l’autel depuis les fourrés. Il serait donc resté aussi longtemps ici ? La vision qui s’offre à moi depuis son regard est entièrement grise et pendant qu’il scrute les corps mutilés de ses compagnons, aucune larme ne coule. De par ma connexion avec lui, comprendre que les grikans ne disposent pas de glandes lacrymales m’est possible. Lentement, ses yeux pivotent vers l’autel et son visage se contracte avec véhémence.
« Moi, bien caché ! Pas très malin, mais avoir compris. Femme forte. Elle est celle que veut le Skar. Moi faire mon rapport… Peut-être avoir droit à femme pour accouplement. Peut-être avoir enfin enfants. Moi pas aimer violence, mais sa loi grikan. Moi doit m’y plier si pas vouloir mourir. Cependant, moi espoir. Elle forte, chance. Peut-être… J’espère. » D’un geste tremblant, il se retourne, commence à partir en boitant sur sa droite. Quelques pas, il se faufile entre les buissons tout en restant silencieux. La lune attire un instant son regard, mais en moins de trois secondes sa marche reprend à travers les fourrées.
« Guerre stupide. Pas aimer. Moi toujours trouver ça bête. Dieux idiots. Mirina mieux. Elle, pas jugée. Pas sang. Pas violence. Jamais. » Donc il connaît Mirina ? « Moi lu texte sacrée sur elle. Aventurier le possédait. Lui blesser moi autrefois, mais pas tuer, pas rage dans son regard, calme, lui-même soigner moi, mais dur comprendre langue humain. Mirina dit… Je ne juge pas, vous libre. Moi vouloir ça ! »
Au rythme de ses pas, des firins viennent éclairer son chemin, mais cela lui est inutile, car sa vision est diurne et nocturne. Son système olfactif s’agite brusquement, le faisant stopper son avancée. Son regard fixe un cerf endormi. Cela me laisse comprendre qu’ils ont un odorat prévu uniquement pour la chasse des proies. Ce qui explique pourquoi il m’était impossible de sentir d’autre odeur.
« Créature inoffensive, comestible, pas de besoin nourriture… » Aucun effluve neutre ou esthétique ne lui parvient, et sa salive n’a pas plus de goût. Ses doigts griffus frottent doucement une pierre, ce qui réveille de suite le cerf.
— Mota, pak fam, pak dakena.
« Moi, pas faim, pas danger. » Doucement, l’animal referme les yeux, le grikan reprend sa marche en passant près de lui. Chaque minute s’écoule en silence au rythme de ses pas lents. Son ouïe aussi ne perçoit visiblement que les sons jugés hostiles, car aucun ne me parvient. Finalement, arrivant au niveau du sentier, il s’assure d’un regard prudent que personne ne l’emprunte avant de le traverser pour continuer sa route par les sous-bois. « Moi calculé temps pour maison, long, mais prudence importante, même nuit. Danger parfois caché, pas voir. » Brusquement, ses sensations s’effacent…
Me voilà totalement déconnecté… Aucunes perceptions, donc, il ne me reste qu’à patienter… Cependant, est-ce moi où Naya, qui as coupé le lien ? Une question bien peu utile finalement. Les secondes silencieuses s’écoulent toujours dans le néant le plus total. Près d’une minute…
Retour à mon bureau mnésique… Si le Skar recherche Mizuki et que ce grikan l’informe le village sera en danger sous peu, mais ce n’est pas comme s’il m’était possible d’agir. De plus, il reste à espérer que la personnalité militaire de Mizuki ne s’éveille pas entièrement, car les conséquences seront imprévisibles.
Par ailleurs ce grikan n’était relié à aucun fragment de ma mémoire et le lupis non plus… Pourquoi ces connexions ? Elles viennent de moi vu la baisse en ERA… Naya me laisse libre d’agir… Dans ce cas, c’est incompréhensible… Encore et toujours des mystères qui s’ajoutent… Si ma conscience était habitée d’émotion cela me rendrait fou de rage…

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