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Hôte : Shana ; 06h50 – Place centrale de Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Shana alors que sa main droite appuie sur la poignée, pousse la porte ; la clochette tinte. D’un pas assuré, elle entre dans la boulangerie en laissant son regard parcourir les étagères, hume les odeurs sucrées, observe Samuel, qui, souriant, se tient derrière le comptoir.

— Bonjour ! Je m’appelle Samuel Ariin. Tu dois être Shana ? Kuroki m’a parlé de toi.

— C’est exact.

« Les nouvelles vont vite… Dire que je ne suis là que depuis hier soir. » Ses yeux bougent sur sa droite, fixent des gâteaux secs. « La pâte a l’air moelleuse… Il y a divers parfums, mais je sens surtout la cannelle et le gingembre. Les fruits sont variés : des raisins, des abricots, des figues, des dattes et tant d’autres. »

— Si tu veux, j’ai du bon pain tout frais. Hi, hi… mais peut-être préfères-tu des croissants.

— Non, merci. Je vais prendre vingt petits gâteaux aux fruits secs.

— Tout de suite, mademoiselle.

Avec assurance, Samuel se tourne vers l’étagère à sa gauche, met les gâteaux dans un petit sac en toile compartimenté, le dépose sur le comptoir.

— Deux pièces de bronze. N’hésite pas à me rapporter le sac, il est réutilisable.

— J’y penserai.

Glissant ses doigts sous son menton, Shana garde ses sourcils froncés.

— Tu as l’air de te poser plein de questions.

— Comment vous pouvez proposer des prix aussi bas ?

— C’est parce que les matières premières me sont toutes fournies gratuitement.

— Comment ça ?

— Je gagne de l’argent avec mes clients et mes fournisseurs se servent sur les produits finis.

— Est-ce que ça fonctionne vraiment ?

— Pour nous, oui. Kenji a mis en place ce système pour éviter les pertes inutiles.

Shana donne l’argent à Samuel, récupère le sac… De mon côté, il m’est évident que ce système est un principe similaire au troc. Bien qu’il soit uniquement entre fournisseur et fabricant.

— Ce modèle économique est étrange… Comment fonctionne-t-il ? Qui vous approvisionne ?

— C’est un échange équitable, et tout est produit au village.

Soudain, la clochette tinte, Shana se retourne vivement.

— De quoi vous parlez ?

James s’approche d’un pas calme, s’accoude au comptoir en souriant.

— Une nouvelle tête… Tu dois être Shana ?

— En effet, et vous…

— Je gère l’épicerie ! Je m’appelle James Tagart.

« Il a une sacrée barbe ! » Samuel soupire, James pose ses mains sur le comptoir, regarde Shana.

— On parlait des échanges de ressources.

— Les fermiers fournissent le blé au meunier contre de la farine !

— Laisse-moi lui expliquer !

— Bien sûr ! Je vais juste te prendre trois pains et deux croissants !

Serein, Samuel sert James rapidement, puis se tourne de nouveau vers Shana.

— Désolé pour l’interruption… Donc, le meunier donne une partie de la farine contre mes produits. Les vergers offrent les fruits dont on a besoin, puis on les sèche pour en avoir toute l’année…

Brusquement, la clochette tinte encore, Shana commence à se retourner. Camille court comme une furie vers le comptoir en la bousculant légèrement.

— Je veux du pain pour les oiseaux !

Caroline s’approche plus doucement, observe Shana.

— Bonjour et désolée pour la brusquerie de ma sœur cadette !

— Ce n’est pas grave…

Samuel sort un petit sac de sous le comptoir, le remet à Camille.

— Voilà, mademoiselle.

— On y va, Caroline ! Vite, avant que les oiseaux ne partent !

Les filles repartent en courant, la clochette tinte encore. Souriante, Shana se tourne vers Samuel.

— Elles sont pleines de vie !

— Exact, Camille et Caroline sont des petites furies.

James rit, Samuel s’accoude au comptoir.

— Surtout Camille.

— Bon, je reprends ! La ferme fournit les œufs, le lait et le beurre, les ruchers le miel. Tout le monde en ressort gagnant à la fin, car on a une cagnotte commune. Je fournis aussi gratuitement mes produits aux arboriculteurs, fermiers et apiculteurs.

Shana pose ses doigts sous son menton, incline la tête sur la droite.

— Ils ne payent pas vos produits ? C’est donc une relation de confiance.

— Oui, même si, à grande échelle, il y a peu de chances que cela fonctionne.

— Qui pourrait le dire sans essayer !

L’intonation de James est ferme pendant que Shana prend l’un des gâteaux et en mange un morceau avec un grand sourire. « Ils sont tellement moelleux ! Je peux sentir une légère touche de miel… Pas contre on dirait qu’il n’y a pas de sucre. »

— Depuis combien de temps faites-vous cela ?

— Ça va faire dix ans qu’on fonctionne ainsi.

James tapote sur le comptoir.

— Bon, moi, j’y vais.

— D’accord, repasse quand tu veux.

Il quitte la boulangerie d’un pas serein, Shana fixe Samuel en souriant.

— Merci pour l’échange. Tes gâteaux sont délicieux, mais je dois y aller aussi.

— De rien, reviens quand tu veux.

Shana se retourne, marche vers la porte. Ses sensations s’effacent… Me revoilà dans mon bureau mnésique, Naya est encore ici… Elle se tient dans ma salle de recherche, fouille mes notes…

Oh, ça va, arrête de vouloir garder tes secrets, ce n’est pas drôle !

Elle continue de lire mes pensées comme si c’étaient des mots…

Prononcés, oui, merci, je sais… Hum, tu as une autre connexion, bye !

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