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Hôte : Tom ; 07h40 – Lavoir de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Tom, contre son nez, la culotte de Mizuki qu’il renifle intensément. L’odeur est étrange, perturbante, mais agréable. Ses sentiments m’empêchent d’être objectif, mais il m’est toujours possible de garder une certaine neutralité. Mirina disait :
Neutre ? Non, je ne le suis pas du tout. Tout me touche. Disons juste que je me mets à la place des autres pour améliorer mon point de vue. Personne, aucun être ne sait tout, chaque point de vue est contestable. Notre regard ne représente qu’une des faces d’un sujet. C’est seulement en l’analysant sous toutes ces formes qu’on le comprend. Toutefois, même ainsi, il reste possible de se tromper. Rien n’est binaire et les certitudes évoluent en permanence.
Cela me rappelle qu’elle m’a cité un exemple : celui de la Terre. D’abord dites plate. Puis Ronde. Finalement ellipsoïdale. Ou plutôt ellipsoïdale oblique… ou sphéroïde. Elle disait :
Pourtant qui te prouve que dans un siècle des savants n’en changeront pas le nom ? De plus, en fonction de notre perspective visuelle, il ne fait nul doute qu’elle est plate. Le monde est bien plus complexe que nous le concevons. La science offre des possibilités de compréhension. Cependant, elles ne sont pas des vérités absolues.
Tom inspire fortement ce qui me sort de ma mémoire. Sa langue frôle le tissu. Un goût salé se répand. « Je t’aime Mizuki… »
Ses sensations s’effacent… mais un souvenir d’un fragment rouge se déverrouille… Tom n’a encore que treize ans, il est caché dans un buisson près de l’auberge, Alice et Chloé fouillent le périmètre. « Elles ne trouveront pas, ma cachette est parfaite ! »
— Trouvé !
Tom se retourne vivement, tombe sur les fesses.
— Mizuki, comment tu as su ?
— Hum… Oh, désolée, c’est ce caillou que je cherchais.
— Tu fais encore un pari avec Michel ?
— Oui, il était sûr que je ne le trouverai pas, regarde il la… Mince, ce n’est pas le bon…
— Encore un de ses pièges ?
— Et je suis tombée dedans…
Devant le regard de Tom, l’ouverture du maillot de Mizuki laisse apercevoir sa poitrine, son nez se met soudain à saigner sur l’herbe qui se tache de rouge. Il bloque rapidement le flux, Mizuki sort un mouchoir de sa poche arrière et le place sous le nez de Tom.
— Je t’emmène chez Yumi…
— Non, je… Euh… Je ne dois pas bouger…
« Mizuki est si belle, je ne l’avais jamais vue ainsi. L’ébène de ses cheveux, ses iris émeraude, son doux visage, son nez fin, ses lèvres attirantes… Sa poitrine… » Soudain, Mizuki lui saisit la main.
— Laisse-moi regarder si tu saignes encore.
Tom hoche la tête, Mizuki écarte un peu le mouchoir mais le sang coule toujours.
— Penche la tête en arrière… On va attendre un peu, mais si ça ne s’arrête pas, on va chez Yumi.
— D’accord…
Non loin, Alice et Chloé continuent leurs investigations, mais me revoilà dans le présent, avec ce nouveau fragment déverrouillé. C’est sûrement le jour ou Tom est tombé amoureux de Mizuki… L’amour… C’est vraiment incompréhensible.

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