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Hôte : Henri ; 09h05 – Clairière de l’autel du dernier sacrifice
Mes perceptions se connectent aux sens de Henri… et depuis les fourrés, il observe les nombreux grikans, qui inspectent les corps de leurs compagnons. Malgré tout, la clairière est calme… Près de l’autel, un Kariss scrute le périmètre. Au loin, les cris stridents des vulturis sont en approche.
— Teuk fei trae, itt nor falo fi fim qet ga fe Skar !
« Cherchez les traces, il nous faut la femme que veut le Skar ! » On dirait qu’il traque Mizuki, mais le grikan boiteux est absent… « Je ne comprends toujours pas leur fichue langue. »
Will, près de Mike, s’exprime déjà d’un murmure.
— À cinq minutes près, ils nous auraient vus.
— Heureusement que les vulturis ont attiré notre attention.
— Carrément, mais on n’est pas sortis d’affaire.
Mon hôte tourne son regard vers Will.
— Avec Mike, partez devant en passant par les bois, restez discrets. Il faut réunir les villageois.
— D’accord, on les amènera sur la place centrale.
Près de Henri qui ouvre déjà la bouche, Richard observe la clairière en silence.
— Je compte sur toi pour ramener la charrette au village, mais ne prends pas de risque.
— Je vais me débrouiller, mais il faut attendre que les vulturis arrivent pour faire diversion.
— Exact ! Je vais partir devant en coupant par les bois pour prévenir Kenji au plus vite.
— Vulture, aer ariva, fii vet fei tie poar nor mor.
« Vulture vont arriver, finissez vite les rites pour nos morts. » Will fixe Henri, hoche la tête, se tourne vers Mike.
— On bouge, par le petit bois, tiens bien ton fourreau.
— C’est quoi cette situation pourrie !
Will et Mike partent par le sud-est. Richard patiente. Henri commence à bouger discrètement par le nord-est, ses pas sont lents. Il assure chaque mouvement. « La situation n’est vraiment pas bonne et on a peu de chances d’avoir des renforts à temps… Leurs éclaireurs allaient déjà vers Hanakaze… Heureusement on aura un délai, ils ne vont pas attaquer sans alerter leurs meutes. » Ses sensations s’effacent… Me revoilà dans mon bureau mnésique. Seul… Une envie étrange. Me voilà à me plonger dans un fragment bleu de ma mémoire ; Sur les genoux de ma mère, l’enfant qui fut moi sourit, ce n’est qu’une comédie qu’il joue, un semblant d’affection, mais il me fait du bien de le ressentir… Ou est-ce encore une simulation de ma part…
Dans le canapé, près d’elle, mon père nous regarde, mais en réalité, en ce moment même, il observe de nombreuses autres personnes. Bien sûr lui aussi simule… Mais ce souvenir, bien qu’il me soit personnel, n’a aucune incidence sur le présent… Tout comme mon existence actuelle, il est fugace.
— Nuance, mon cher observateur…
Naya est de nouveau là, dans le canapé, un thé en main…
— À la différence d’un souvenir, tu existes sur le temps actif, laisse-moi t’expliquer la nuance. Tu as le temps passif, les souvenirs des événements devenus inaltérable, dans la continuité, n’en déplaise aux puristes, celui en cours où tu agis en permanence, même par ton inactivité et même si tu es mort depuis longtemps, et on conclut avec celui à venir qui n’est que la conclusion de ce qui se produit sur l’ensemble du reste. La temporalité n’est rien de plus que des mathématiques, addition, division, multiplication, soustraction, variables, tangente… et tu as une autre connexion.

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