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Hôte : Michel ; 10h45 – Petit pont

Mes perceptions se connectent aux sens de Michel. Sa lame pénètre la chair d’un grikan, s’enfonce, la résistance des os se fait ressentir. Ses muscles se contractent, il appuie avec force sur la garde, le bras tombe au sol. Son adversaire hurle avant de s’écrouler sous une lacération qui laisse sortir plusieurs organes. La scène est très proche, mon hôte est couvert du sang de son opposant. Un goût amer et pimenté en bouche… Un autre s’élance sur lui, il esquive d’un pas chassé, pivote, tranche dans les chairs du dos entre les omoplates. « L’odeur est vraiment horrible… » Encore un ennemi, puis un second et un troisième. Il continue de les repousser, mais ils approchent du pont avec férocité. « C’est le moment… pile trente minutes… » Un pas en arrière, d’un geste précis, il tranche les cordes du pont. Les grikans grognent en le regardant. La rivière n’est pas profonde, mais ils savent que l’eau les ralentira et que Shana aura le temps de les abattre.

— Il faut qu’on rejoigne la place centrale.

— Il reste encore des grikans, on devrait les tuer d’abord.

— Mizuki s’en occupera, on peut lui faire confiance.

Shana les fixe, ses sourcils froncés, ses yeux contractés, son poing serré.

— Je te suis.

Michel monte au nord d’un pas vif. Shana le talonne. Derrière eux les grikans passent la rivière. Aucun d’eux ne les suit. Shana se rapproche de Michel.

— Ils partent vers la grotte !

— J’ai remarqué… Ils visent les villageois.

— Dans…

— Non, Mizuki s’en chargera.

Ses sensations s’effacent… Me revoilà de nouveau dans mon bureau mnésique, Naya est toujours là et continue de noter sur informatique…

— Tu n’as même pas conscience des données que je dois traiter. Si les tiennes sont en milliards par seconde, les miennes… Disons juste qu’aucun chiffre n’est assez grand pour les quantifier ; et je n’ose même pas imaginer ce que Mirina doit traiter en ce moment. Tu n’en as pas conscience, mais elle visualise bien plus loin que Terra, ou le système solaire. Par exemple, en cet instant, à Célestia, une petite fille prend un bain avec son amie, un homme boit du saké, un autre finalise un contrat, une mouche est sur ce même document. À Pelichia, un chat s’incruste sur un bateau, il suivait un rat. Un garçon déclare ses sentiments à un autre, pendant qu’une fille serre l’angle du mur de la ruelle en pleure. À Mercia, une femme se fait enterrer, deux hommes rient, des enfants sont violés le long d’une route, aucun héros pour les sauver… Et tout cela, et bien plus, se passe en une fraction de la même seconde, voilà pourquoi il est nécessaire que les Chishiki n’aient aucune émotion.

Naya sourit…

Sauf que moi, j’aime en avoir, parce qu’en ce moment, les deux hommes ne rient plus, une note anonyme et voilà les gardes royaux… Hé, hé… Mais toi, tu ne peux pas intervenir…

Que désire…

Je t’arrête, mon cher observateur, pour le moment on ne discute pas, mais tu peux décrire si tu en as envie… Moi j’ai encore des tas de données à classer et numéroter… Au passage, j’ai repris l’idée de ton code couleur, mais je l’ai amélioré.

La vitesse de frappe de Naya est exceptionnelle, ses doigts dansent sur le clavier, tapant les mots en une fraction de nanoseconde… Mais c’est parce qu’elle ne tape pas, c’est une image mentale…

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