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Hôte : Kenji ; 11h05 – Place centrale de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Kenji, souffle court, au centre de la place face au Chog. Brusquement, il soulève sa lourde hache, l’abat en diagonale. « Ça va être dur vu mon état, mais je peux encore y arriver si je me concentre. » Avec une pression contrôlée, le fil de son épée glisse sur celui de l’arme adverse, qui est déviée vers l’extérieur. Son poignet pivote au dernier moment. Cela dirige la pointe de son arme vers le cou du Chog, qui intercepte l’attaque d’un revers de la main gauche, puis abat sa hache vers Kenji, qui recule d’une impulsion alors que l’impact fracture le sol. « Il a brisé la pierre comme si de rien n’était… Il va falloir que je fasse attention aux gravats. »
— Ta xe dequit bin poar uta uma, mas ar pok etin fi fal ed xee coro fraga.
« Tu te défends bien pour un humain, mais je peux entendre la faiblesse de ton cœur fragile. » Son adversaire sourit. « Je savais que l’ouïe d’un Chog était développée, mais qu’il devine que j’ai une maladie cardiaque. » Seuls les pas de Henri, Richard et Michel résonnent désormais au milieu des cris gutturaux des grikans. « Shana vient de partir au poste de garde… on est donc sur la phase trois. Pour le moment notre stratégie est encore réalisable. Nous n’avons pas subi de perte majeure et réduit d’environ cinquante pourcents le nombre des ennemis. »
— Repi uma, ar ene ga pak fii tro vet.
« Respire, humain, je ne veux pas finir trop vite. » Mon hôte prend de longues inspirations, de courtes expirations. Son front est couvert de sueur. Ses vêtements entaillés en de nombreux points. Le sang colle sur sa peau, sous ses chaussures. Ses pieds se placent entre les gravats, au milieu des fissures.
— Jue uma.
« Jouons humain. » Le Chog saisit le cadavre d’un grikan d’une main et le lance. Il percute un des piliers en pierre de l’épicerie.
— Ha, ha ha. Fei cada ed meti sola aer pulve fei sruc ed xee vige.
« Ha, ha ha. Les cadavres de mes soldats vont pulvériser les structures de ton village. » Kenji expire doucement. « Il a endommagé lourdement le pilier, mais si je réponds à sa provocation, je perds. On est ici sur un combat de longue haleine, il faut que je ménage mon cœur, donc que je prenne les répits qu’il m’accorde… Notre meilleur avantage vient que les grikans aiment se battre tant qu’ils pensent être supérieurs. Ce qui m’inquiète le plus reste le Skar… Où est-il ? » Alors que les pensées de Kenji passent, il est probable que la réponse à sa question me soit perceptible… Il me suffit de regarder ce qu’il perçoit de manière plus large… L’ennemi n’est pas dans son champ de vision, mais Michel derrière lui lutte encore farouchement, Henri et Richard près de la boulangerie tiennent difficilement, son audition me laisse percevoir les cris et les assauts métalliques des armes.
On dirait que loin au sud, un individu scrute la place centrale… Ses sensations s’effacent… Il ne me sera donc pas possible d’en savoir plus… Naya est toujours assise au bureau…
— Tu veux que j’oriente ta connexion ?
Orienter ?
— Je ne te dirai pas où…
Ai-je le choix ?
— Bien sûr, oui ou non…
Oui…

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