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Hôte : Mizuki ; 12h03 – Route vers Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki, qui continue sa course effrénée… Un grikan la charge avec sa dague. Son pied droit s’ancre dans le sol, son bassin pivote, un coup de genou retourné en plein visage, il s’écroule dans la boue. Un autre lui fonce dessus épée à la main. Un second surgit des buissons. Elle effectue un squat, se relève, un crochet sous le menton du premier, un saut par-dessus le deuxième, elle lui brise la nuque du plat de la main. Dans la foulée, elle reprend son déplacement. « Ça recommence… Je ressens cette rage m’envahir… »
Mon hôte se penche sans s’arrêter, ramasse quelques pierres. Avec des lancers précis, elle élimine plusieurs grikans à distance, passe devant chez Yumi. « On dirait qu’ils me cherchent, tant mieux. » Ils sont en effet plus intéressés par elle que par le village. « Le lupis me suit toujours, mais je m’en occuperai plus tard. » Le long des bois, il continue de la suivre en l’observant. « Ma priorité est de rejoindre le village. Je ne veux perdre personne. » Le sentier est couvert de boue, ses pas ne ralentissent pas. La pluie et le vent se déchaînent. Ses cheveux sont trempés. Son kimono lui colle à la peau. Les grikans continuent de l’attaquer. Elle esquive une flèche qui frôle sa joue. Une autre proche de sa jambe. Il l’encercle et elle s’arrête. « Ils sont vraiment têtus… Je n’ai pas le temps… Tout le monde est en danger… »
— Dégagez de mon chemin !
Elle hurle, mais les grikans la fixent sans reculer. Mizuki frappe le sol d’un pas ferme, s’élance… Ses sensations s’effacent… Me revoilà dans le salon mnésique de Naya… Assise sur le canapé, elle sirote un thé.
— Tu as eu une double connexion, tu en as conscience ?
Non, mes perceptions s’étaient déjà déconnectées de Shana.
— Partiellement… La perception élargie offre tant de possibilités, c’est une grande découverte, je suis très fier de toi, mon petit observateur. Il y a tellement de choses que j’ignore encore… Au fait, est-ce que tu as ressenti que Mizuki s’éveille ?
Impossible sans trauma… Et non, ses règles ne sont pas suffisantes.
— Elles ont été un déclencheur plus qu’adéquat, mais tu ne peux pas encore le comprendre.
Comprendre quoi ?
— Ha, ha, ha… Je ne compte pas encore te le révéler… Ah, elle est si spéciale… La première et la dernière de son espèce… Enfin, presque…
Pourquoi ne pas me le dire clairement ?
— Parce que l’information est ce qui vaut le plus cher en tout temps, mon petit Noran. Un peuple assoiffé s’en sortira s’il sait où est la source d’eau, une population affamée vivra si elle comprend où est la nourriture. Une guerre est gagnée plus facilement si tu disposes des technologies militaires et de la cartographie du terrain. La stratégie vient de la connaissance et de son utilisation.
Naya pose sa tasse sur la table basse, retire ses lunettes, les essuie…
— J’ai par ailleurs compris le plan de Hana… Elle ne gagne pas du temps pour toi, mais contre moi. Plus je m’humanise, plus j’ai envie de te laisser exister… Ton ancienne observatrice est une vraie petite futée… Cela me servira peut-être… Même si les probabilités sont basses… Hum… Ça pourrait marcher, je testerais cela.
Une autre connexion…

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