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11/08/415 – Matin – Rivière dans la forêt
Dans la forêt verdoyante, s’écoule la rivière où les aquinas nagent au milieu des poissons. Haut dans le ciel azur, le soleil rayonne et se reflète dans l’eau. Mon hôte incline sa tête, ses yeux croisent les iris ébène de Michel, qui croise les bras. Chacun d’un côté, seul un passage de pierre plate permet de traverser. Il ne me laisse aucun doute que cette mémoire épisodique est celle de Hana. Donc les fragments rouges ne sont pas liés à ma partie sémantique… Une erreur de ma part…
— Allez, tu peux le faire, ce n’est pas si loin.
La voix de Mizuki est douce et enfantine.
— Je vais le faire, je prends juste le temps de calculer la distance.
— Ce n’est pas la peine de calculer, les pierres sont à bonne distance.
— Très bien, je vais sauter, mais si je me mouille, tu devras prendre soin de moi !
— D’accord ! Je tiens le pari.
Michel prend une profonde inspiration, se penche en avant, s’élance avec un saut long, enchaîne un petit, un moyen, un court, un grand. Dès que son pied se pose sur l’herbe, tous deux se mettent à rire de bon cœur.
— J’avais raison ! Alors j’ai gagné quoi ?
— Rien, je n’ai pas parié moi !
— Ce n’est pas juste !
Michel sourit, saisit la main de Mizuki.
— D’accord, je te laisse mon dessert ce soir.
— Vraiment !
— Oui.
— Trop cool !
Ils avancent dans la forêt avec calme. Les oiseaux chantent. Les furvius sautillent. Un cerf coupe devant eux. Mizuki fixe un buisson de ronces.
— Regarde, des mûrs.
— Mûre comme un mur, les murmures sont bien mûrs.
— Arrête de jouer les poètes, je veux en cueillir plein.
— Tu veux les mettre dans quel récipient ?
— Euh…
— On peut en fabriquer un avec ses feuilles si tu veux.
— Oui, on fait ça, tu le fabriques et je cueille !
— Compris.
Le souvenir s’estompe en un instant. Me voilà de retour sur la place, ses sensations s’effacent… Le salon mnésique de Naya, elle est assise dans le canapé, la télé allumée sur le fragment mémoriel…
— C’est fascinant, même en plein combat, tu récupères des souvenirs calmes du vécu de Hana.
Tu as accès à tout ce que je récupère ?
— Bien sûr, et tu ne peux rien me cacher. Dis-moi, te souviens-tu à quel âge Hana est morte ?
Dix-huit ans…
— Sous tes yeux qui plus est… Mais qui l’a tuée ?
J’ai durant toute mon existence pensé que c’était mon père, mais c’est impossible…

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