CHAPITRE 6 : UN DERNIER COMBAT

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Le passeur et l’enfant étaient encore loin de se douter du danger qui planait au-dessus de leurs têtes. Pierre fut le premier à remarquer que de la cendre s’échappait du corps de l’Ankou. Inquiet, il lui demanda :

- Vous allez bien ?

L’Ankou revint à lui et comprit ce qui se passait. Il se tourna vers Pierre, le visage grave.

- Cours !

- Qu’est-ce qui se passe ? Interrogea Pierre, paniqué.

- Cours ! Répéta l’Ankou avec plus de vigueur.

Pierre ne se le fit pas dire une troisième fois et suivit l’Ankou qui l’emmenait en direction du cercle de menhirs, duquel s’échappait une épaisse brume fantomatique. L’Ankou jeta un bref regard derrière lui et vit l’Archange Michel atterri. Il s’avait qu’il n’avait plus le choix ; s’il voulait protéger Pierre, il devrait se battre une dernière fois. Il s’arrêta et fit face à son adversaire, prêt au combat.

- Va dans le cercle ! Cria-t-il à Pierre.

L’enfant s’arrêta et se retourna.

- Et vous ?

- Va !

Pierre obéit et couru le plus vite possible vers la demeure de l’Ankou.

Michel lui aussi, était prêt au combat. Mais contrairement à leur première rencontre, Pierre ne l’intéressait plus. Toutes ses pensées et sa force étaient concentrées sur l’Ankou et l’affront de tantôt.

Le combat débuta dans une violence inouïe. Les coups de Michel étaient d’une rapidité que l’on pourrait qualifier de divine. L’Ankou quant à lui, était affaibli, lent et prévisible. De plus en plus de cendre s’échappait de son corps, l’affaiblissant encore un peu plus.

Pierre ne se trouvait qu’à deux-trois mètres du cercle de menhirs. A peine eut-il passé l’entrée, que Michel asséna un coup fatal à l’Ankou, coupant sa lame à faux inversée en deux. La lame de granit vint se planter sur la pointe du Roc’h Trevezel.

Pierre se trouva alors face à une silhouette encapuchonnée, qui nous est maintenant familière : La Mort. Terrifié, il la vit lever lentement ses mains pâles jusqu’à sa capuche et se découvrir. Il fut surpris par la beauté de la femme sans âge qui se trouvait devant lui. La pâleur de son visage faisait ressortir ses yeux vert émeraude et sa longue chevelure rousse tombait sur ses reins. Elle s’approcha et s’agenouilla devant lui, et passa sa main sur la joue de l’enfant.

- N’ai pas peur Pierre… Tu ne crains rien.

Elle n’avait pas ouvert la bouche, les mots résonnaient dans la tête de Pierre. Il sait qu’il aurait dû être effrayé, mais la voix était tellement douce, tellement pure, que dès les premières syllabes, il se trouva en paix.

Pourtant, malgré son calme retrouvé, il ne put s’empêcher de se détourner de cette magnifique apparition pour voir ce qu’il advenait de l’Ankou. Il s’approcha de l’entrée du domaine de l’Ankou, suivit par La Mort qui posa avec grâce ses deux mains sur ses épaules.

Le passeur fut donc mortellement touché. Quand il vit au loin que Pierre avait atteint sa demeure et qu’il était maintenant sous la protection de La Mort, un léger sourire se dessina sur son visage émacié et il tomba à genoux dans les dernières lueurs du jour, devant un Michel au comble de la joie.

- Tu as perdu vieil homme !

- J’ai accompli mon devoir.

Michel se retourna vers la demeure de l’Ankou et vit que Pierre était hors d’atteinte. La honte du serviteur mit en échec se lisait sur son visage, mais l’orgueil du guerrier vainqueur la dissipa.

- Peu importe ! Notre Seigneur a vaincu. A partir de ce soir, toi et les tiens cessez d’exister !

L’Ankou écoutait sans réelle attention. Il ne détachait pas son regard de Pierre. Il était ému de voir toute la foi qu’avait l’enfant en lui. Il sourit et sans détourner le regard déclara :

- Oui il a vaincu… Mais il ne nous fera pas disparaître. A partir de ce soir, nous deviendrons des Légendes. Des histoires que les enfants se racontent pour se faire peur, pleurer, rire et rêver.

Des larmes coulèrent sur ses joues maigres.

- Et lorsque viendra le temps où notre histoire sera contée, elle ne parlera pas de ma défaite… Mais de ton échec.

Il insista sur ce dernier mot en regardant Michel droit dans les yeux, un sourire moqueur en coin. Puis il reporta son regard sur Pierre et La Mort.

- Au revoir Pierre… Adieu ma vieille amie…

Et comme Bidenn ou Ene avant lui, il se dispersa en cendre avant que son corps ne touche le sol qui se mélangèrent aux cendres de la faux à lame inversée, sous le regard de Pierre, les yeux baignés de larmes.

Michel regardait les cendres lui aussi, mais avec mépris. Il repensa aux dernières paroles du passeur et il était troublé. Il regarda ensuite La Mort et essaya de soutenir son regard.

D’un geste de main, elle lui indiqua une direction.

- Tu as du travail ! Ordonna-t-elle d’un ton qui n’appelait aucune réponse.

Michel baissa les yeux et s’envola dans la direction indiquée.

La Mort regarda Pierre et sourit.

- Nous y allons ? Demanda-t-elle de sa voix douce.

- Allons-y. Répondit Pierre en souriant.

Il n’avait plus peur maintenant, il était prêt. La Mort remit sa capuche et ils se donnèrent la main. Tous deux franchirent le mur de brume.

Alors que la brume se dissipait après leur passage, les feux follets s’éteignirent et le trône de l’Ankou s’effrita jusqu’à devenir poussière.

Ce qui était le domaine de l’Ankou n’était à présent plus qu’un simple cercle de menhirs.

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