La solitude du parfum

Une minute de lecture

Je suis le clou de l'attente. Pas de marteau pour m’enfoncer, pas de planche pour m'offrir un corps. Ma vie n'est pas une chute, c'est une renonciation.

On m'a arraché alors que je rêvais de devenir fleur. On m’a jeté sur les nattes, sous un soleil qui ne nourrit plus mais qui dévore. J’ai senti ma chair se vider, ma sève se changer en amertume, mes pétales se pétrifier en une tête de bois sombre. Je suis devenu cette petite momie odorante, ce vestige de parfum que l'on oublie au fond d'un bocal.

Mon traumatisme n’est pas un cri étouffé par le bois, mais un silence consumé par la chaleur.

Le fer, lui, connaît l’union dans la douleur. Moi, je ne sers qu’à la saveur d’un instant. On me plonge dans les bouillons, on m’enfonce dans la chair d’un fruit ou d'un rôti, non pour m’unir à eux, mais pour que je leur donne mon essence jusqu’à l'épuisement. Je ne crée pas de lien, je diffuse ma mort pour masquer leur fadeur !

Une fois que j’ai tout rendu, que mon huile a brûlé le palais des vivants, on me recrache. Je finis sur le bord de l'assiette, débris inutile, noir et vidé.

Le fer reste dans l'œuvre, moi je disparais dans le goût.

C’est là ma solitude : je suis le seul clou qui ne laisse aucune trace, sinon le souvenir d’une piqûre sur la langue.

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