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Il commençait à faire nuit quand je rouvris les yeux.

Je me relevai doucement, un goût de vomi dans la bouche et de la terre dans les narines. Mes mains étaient sales, mon polo était sale, j’étais sale.

Brusquement, je m’éveillai complètement : quelle heure était-il ?

Je changeai aussi vite que possible de polo et sortis de la dépendance sans même me rincer, ne parvenant que difficilement à contrôler les tremblements de mon corps.

Au bord de la piscine, ne restaient que des verres encore pleins, des assiettes vides et des bouteilles renversées, éparpillées sur la pelouse.

En quelques gestes, je ramassai, passai le jet d’eau, réarrangeai les transats. En allant vers la cuisine, les bras chargés, je vis la silhouette de Philippe à la fenêtre de son bureau. Je me figeai quelques secondes. Il dut remarquer que je l’avais vu car il disparut.

Tout était enfin nettoyé, rangé. J’allais sortir de la cuisine quand j’entendis la voix de Philippe derrière moi.

— Rémi, dans mon bureau.

Je déglutis, fermai les yeux une seconde et vidai mon esprit. Je le suivis jusqu’au bureau qui était au premier étage, juste en face de l’escalier.

— Rémi, venez près de la fenêtre.

De là, on surplombait la piscine et la grande pelouse.

— J’ai vu ce qui s’est passé tout à l’heure au bord de la piscine… Marc me désespère, il est médiocre en tout.

Nous restâmes en silence quelques secondes. Je fixai les transats impeccablement alignés au bord de la piscine, les serviettes que j’avais soigneusement pliées. Ce fut la première fois qu’il me vouvoya. Je n’osai pas le regarder.

— Je dirai à Marc que je vous ai puni pour ce qui s’est passé tout à l’heure. Jouez le jeu.

Et après un silence.

— Vous avez ce qu’il faut pour passer en section 2, Rémi. Vous pourriez être intendant ici…

Je tournai la tête vers lui et bafouillai un remerciement.

— Allez, filez.

En retraversant le jardin, je levai les yeux vers la fenêtre éclairée du bureau. Et puis, je contemplai le jardin, mon jardin, l’ombre de la villa et enfin, les branches noires des grands pins qui se détachaient sur le ciel étoilé.

Intendant.

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