Là où commence mon vrai visage
Ce premier chapitre pose la question fondamentale de l'identité : comment devient-on ce que nous sommes ? Pour Dominique Carden, tout commence par un paradoxe. Enfant "accident" né tardivement, il est le fruit d'une déception maternelle qui le travestit en fille durant ses trois premières années. Ce premier masque imposé ne laisse aucune cicatrice apparente, mais il installe d'emblée une distance avec la réalité commune. Évoluant dans une solitude profonde entre le tumulte parisien et une maison de campagne salvatrice, Dominique trouve ses premiers confidents dans une ménagerie hétéroclite d'animaux et dans les effluves printaniers des jardins.
Son éducation est double, oscillant entre l'atelier paternel, lieu de métal et d'étincelles où il apprivoise la technologie, et le salon maternel où son oreille absolue le propulse dans la rigueur de la musique. Malgré ces talents, un vide affectif immense se creuse. Ses parents, absorbés par leur entreprise, ne perçoivent pas sa détresse sociale. Privé d'argent de poche par un père rigoureux, il devient un paria à l'école. Pour acheter sa place parmi ses pairs, Dominique commet ses premiers larcins dans le porte-monnaie maternel. C'est le début de sa vie clandestine.
Sa quête de tendresse se tourne vers une institutrice bienveillante, mais une rencontre fortuite entre sa mère et l'enseignante brise ce lien fragile. La sanction est radicale : l'exil vers une institution religieuse stricte. Ce qui devait être une prison devient le théâtre de sa révolution personnelle. Face au sadisme d'un surveillant, Dominique déploie une ingéniosité hors norme. Il ne se contente pas de subir ; il pirate le système. En devenant le faussaire du pensionnat, capable d'imiter parfaitement les signatures rouges des "bonus" de sortie, il annule l'autorité de l'école et finance sa liberté.
Pourtant, une ombre plane sur cet éveil : son père refuse de soutenir ses ambitions en médecine, jugeant son propre âge trop avancé pour de longues études. Désabusé, Dominique se réfugie dans la musique. Sa rencontre avec le grand orgue de Saint-Eustache est un choc mystique, une résonance absolue avec son besoin de grandeur. Sous l'aile d'un facteur d'orgues, il se lance dans la construction de son propre instrument, prouvant une fois de plus sa maîtrise de l'invisible. Ce chemin sinueux, entre rébellion technique et quête spirituelle, le mène finalement à un émoi inédit : la rencontre avec Catherine, le premier battement de cœur d'une vie qui refuse désormais de rester silencieuse.

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