Chapitre 3

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Après avoir tourné en rond autour du village, écoutait quelques mères lui ordonnaient de se cacher, Suan retrouva la ruine et son manteau de lierre. Les yeux dessinés sur les feuilles le fixaient répandant en lui la certitude qu’on lui voudrait du mal s’il restait. Le frottement des tiges formait un son pareil à une voix. À vrai dire, le bruissement était comme des murmures incessants, un chahut qui n’avait aucun sens.

Grenouille chercha à se défaire de ses bras, mais il serrait comme pour se réchauffer, pour se rassurer. L’air refroidissait vite et la semi-clarté qui baignait le lieu il y avait encore quelque instant se recouvrait d’un voile de ténèbres. La lune pour seul repère et ses pierres luisantes qui apparaissaient de moitié hors de terre guidaient Suan. Il repositionna le tissu sur sa tête et ses épaules comme l’aurait fait une vieille dame, chercha un repère, seulement la brume changée en tapis lui brouillait les pistes. Avec le courage qui lui restait, il contourna la ruine, incertain du chemin qui s’esquissait devant lui. Mais il n’y en avait pas d’autre, et l’idée d’attendre ne le réjouissait pas, alors il avança, s’éloigna des regards posés sur sa personne. Il suivit les pierres au sol qui offraient un brin de lumière sans savoir s’il retrouverait le potager et la délivrance de ce lieu. Entre des buissons aux fruits dodus, il fila dans une cadence plus soutenue. La sensation de pas derrière lui le poussa à marcher plus vite, quitte à se prendre les pieds dans des racines invisibles. Plus il longeait le sentier, plus la peur lançait au fond de ses entrailles. Elle circulait dans ses veines aussi rapidement que l’oxygène dont il manqua lorsque prit d’une vive panique, il se mit à courir. Des chuchotements provenant de partout à la fois, le fit tournoyer et emprunter un chemin de chèvre. Il retenait son voile et Grenouille, semblait voir mille ombres envoyer leurs mains vers lui. Il s’avérait que la vitesse qu’il prenait à chacune de ses accélérations rendait le paysage plus abstrait qu’il ne l’était déjà.

Le souffle court, le cœur battant à la déraison dans sa poitrine, la vision troublée par son imagination, Suan rappa le sol deux fois, à la troisième il chuta, glissant de tout son long sur un tapis d’épines et d’autre chose. Il lâcha Grenouille en tombant et cette dernière retrouva sa liberté. Elle sautilla entre les arbres et se percha sur une branche basse, observant Suan qui se relevait maladroitement. Un de ses bras était emberlificoté à quelque chose que Grenouille ne parvenait pas à voir. Le jeune homme se débattit, tira sur son bras. Il dansait, zigzaguant sur les chemins que formaient de grandes pierres taillées. Elles ressemblaient au tombeau au bas. Suan poursuivit son combat contre une étrange toile qui ressemblait plus à des cheveux qu’au fil tissé par une araignée géante. Quand il parvint enfin à se libérer, en tirant vivement, il disparut sous la brume. Un son mat détonna, suivi d’un juron qui s’éleva de par terre. Suan se redressa, le visage peint à la fois de colère et de détresse. Sans prêter attention au décor, il se dirigea vers Grenouille qui pour une fois l’attendait. Elle n’appréciait guère le lieu, elle aussi. L’atmosphère pesait sur leur tête à l’instar de ces logues mèches qu’elle distinguait au-dessus d’elle.

— Grenouille, monte vite sur mes épaules. Je n’aime pas ici. Il nous faut rejoindre le potager, commanda le jeune homme.

En recevant son poids qui n’était qu’un sac de plume pour lui, il constata les cheveux pendants, telles des guirlandes de lampions sur la végétation. Un froid perturbant s’abattit entre les os de Suan. Rien n’était à tirer de cet endroit. Il contempla le cœur au bord des lèvres, le cimetière dans lequel ils se trouvaient. Il ne manquait plus que le mort revenu à la vie pour accentuer l’horreur du décor. Il se détourna de ce spectacle terrifiant, qui éveillait bien trop de peur. Maintenant, il devait partir, rejoindre le bas, car il savait qu’il ne survivrait pas seul à moins d’un miracle.

Pas une. Pas deux. Il tira sur le voile et couvrit tout son corps ainsi que celui de Grenouille au souvenir des paroles d’Analoum. Il entreprit de rebrousser chemin lorsqu’il sentit un mouvement entre ses sandales. Il avait également la sensation d’un regard accroché sur lui. En temps normal, il n’aurait pas pris le risque de bouger, et pour la première fois, il enfila la témérité de ses sœurs. Il brava le mouvement et décampa sur le champ le regard rivé sur les cheveux serpentants, mais inoffensifs.

Suan s’éloigna au plus loin que son souffle lui permît et s’arrêta aux abords d’un lac. Adossé à un arbre, il écouta battre son cœur tout en fixant le lieu. S’il devait mettre un nom dessus, il choisirait miroir. Tout se reflétait dans l’eau opaque et offrait au paysage une immensité que Suan savait fallacieuse. Ce n’était pas pour lui déplaire. Au moins, ici, on y voyait plus clair. La brume restait à la surface de la terre sans taquiner le liquide dansant.

Perdu dans son admiration des ondes, il ne prit pas garde à Grenouille qui gesticulait sur ses épaules. L’instant suivant, elle était par terre sautillante dans le brouillard qui la dévorait de moitié. Suan s’élança précipitamment à sa suite, horrifier qu’il puisse lui arriver un nouveau malheur. Il ne la rattrapa pas, mais il réussit à contenir sa curiosité en lui interdisant le bord que lui-même aurait bien embrassait pour y puiser une gorgée d’eau.

— Nous sommes perdus. J’aurais dû rester dans ce village et demander à quelqu’un de me ramener. J’ai été idiot et impulsif. Tout ça pour éviter les problèmes. On y est jusqu’au cou.

Suan laissa la déprime valser avec lui, tandis que Grenouille épier l’ondulation de l’eau. Elle ne désobéit pas aux recommandations se hissant sur une pyramide de pierre. Là-haut, elle fixa une ombre qui se figea. Son silence et sa fixation intense obligèrent le jeune homme à observer ce qu’elle ne semblait pas vouloir quitter des yeux. Il ne détermina pas de quoi il s’agissait, mais ne chercha pas à s’y attarder. Parfois, il était mieux d’ignorer le danger, cela évitait qu’il nous prenne en chasse. L’ignorance pouvait sauver bien dès fois au péril des personnes qui y étaient confrontées. S’il faisait mine de ne pas s’intéresser à l’ombre, alors il aurait une chance de contourner un triste destin, car ici, il ne s’attendait guère à trouver une main chaleureuse lui venir en aide. Peut-être était-ce une question de karma, de toutes ses fois où il avait fermé les yeux, abandonnant à leurs sorts des connaissances ou mêmes des amis ? Quelques semaines avant les premières pluies, alors que la famine rendait fou, il avait à trois fois détourner le regard de mauvais agissements. Et pas des moindre, il en était conscient. Ceux-là lui avaient valu de vifs cauchemars et la pesante présence de son sens moral.

La pluie qu’il songeait éternelle, la mort de ses sœurs, les cris de Shi-Huan, les tremblements de sa mère et ce monde d’en haut, n’étaient-ce pas là, une punition ? Cette solitude qui lui mordait à vif les os, n’était-ce pas la conséquence de son désintérêt pour ces femmes et ces hommes exploités dont le regard avait croisé le sien ?

Il commençait à y croire, quand son regard se reporta sur les environs. Il y avait du mouvement sur la rive. Suan osa à peine lever la tête et planta ses yeux dans ceux d’une femme. Ils n’étaient pas rouges, mais d’un vert presque blanc. La force magnétique qui en sortait étourdit Suan qui se perdit dans la contemplation de cette inconnue au visage fantomatique. Plus que la surprise, se fut l’attirance qui surgit de lui. Inquiétante, dévorante et déséquilibrante. Son esprit se vida. La femme était d’une telle beauté qu’il aurait pu endurer tous les supplices pour lui susurrer un mot. Son corps ondulait sous les deux tresses que formait sa chevelure brune. Nue, elle avançait sereinement, capturant les émotions qui émanait du jeune homme. Celui-ci se figea à chaque pas qui rapprochait l’étrangère de sa position. Captive de sa seule présence, il ne vit pas l’ombre qui dormait sous l’opacité de l’eau se hisser sur le sol et glisser ses bras décharnés jusqu’à ses pieds. Grenouille tenta de le prévenir à plusieurs reprises. Elle se jeta même sur le visage spectral de la chose, pour repartir un bond en arrière quand la créature ouvrit la bouche dévoilant des piques argentés aussi tranchant que la lame d’une dague. Grenouille revint cependant à l’attaque sans approcher trop près l’être d’outre-tombe. Elle lança des petits cris tout en tirant sur le pantalon de Suan pour le réveiller. Elle s’y acharna, hélas, la chose agrippa la cheville du jeune homme resté statique au contact.

— Il est là-bas, hurla une voix derrière eux. Jeckm n’a pas menti. Son pouvoir serait plus utile face aux oiseaux noirs ! Ma parole. Ne pouvait-elle, t-il, pas voir leur arriver plutôt que celle de ce voyageur ? C’est fou ! Je ne me serai pas douté qu’elle soit un homme. Si tout nos garçons pouvaient lui ressembler !

L’inconnue sous le rideau de brume était une silhouette mal définie qui braillait sans qu’on y comprenne quoi que se soit.

— Trysol, joue de la harpe avant qu’il finisse à l’eau. On a besoin de lui. Il a plus de chance qu’on le soudoie qu’une mère nous laisse un de ses fils.

Enfin, deux jeunes femmes apparurent. L’une d’elle parlait sans cesser, l’autre tenait le silence. Dans les mains de la seconde un instrument d’un vert pur se mouva. Un son strident sortit du pincement qu’elle exerçait sur les cordes. La cacophonie qui jaillit de l’objet était échoïque. Il semblait que jamais cela ne puise s’arrêter. Grenouille fila dans un buisson loin de ce charivari quand elle vit Suan plaquer ses doigts contre ses oreilles. Les créatures replongèrent sous l’eau, là où le son dissonant ne pouvait pas les atteindre.

— Arrête-moi ce truc, Trys ! C’est insupportable. Jack aurait pu prévenir du vacarme que ça produit ! J’espère qu’on ne croisera pas des horreurs tout au long du chemin. La tête finira par exploser avant. D’ailleurs pourquoi on ne l’a jamais utilisé contre les oiseaux noirs ? C’est vrai ça !

— Parce que la harpe ne produit pas le même son en face des hommes. Elle a ressenti la créature. Les oiseaux noirs n’en sont pas, répondit la fille à la cape d’une voix monotone.

Rapidement ses lèvres se fermèrent sur ses mots pour laisser la parole à son amie.

Suan les observa un instant, les reconnues. Un léger haussement d’épaules et il vrilla le regard sur le lac, soupira, puis chercha Grenouille sous les herbes hautes.

— Qu’est-ce que tu cherches garçon d’en bas ? Si je peux te conseiller un truc, reste en retrait de l’eau. Les filles de la Yamabu sont voraces. Si tu entends encore leurs murmures bouches-toi les oreilles.

Suan aperçu Grenouille un peu plus loin dégustant de nouveaux fruits dans des bosquets. Elle n’en finissait pas de se goinfrer. Soulager de l’avoir en vue, il demanda par simple vigilance :

— Qui sont-elles ?

— Des esprits de l’eau. Des ondines qui ont mal finit. Prends garde ! Elles demanderont à manger, si tu n’as personne à tuer, ne t’y approche plus.

— Je ne suis pas un assassin pourquoi ferais-je ça ?

— Je dis ça comme ça. Il y a une croyance qui dit que si on emmène un être mourant ici ou qu’on répand le sang dans le lac, un vœu nous est accordé. Si tu savais tous les parents qui sont venu ici avec leurs enfants agonissant. Leur vœu était souvent le même. Qui leur soit rendu dans l’année.

Analoum s’avança prenant sa voix de conteuse.

— Concernant les ondines, elles n’ont pas toujours été ces créatures cauchemardesque…Enfin, elles ont été comme nous des villageoises. Mais, elles vivaient reculées, dans une maison recouverte de lierre. Une histoire sordide qu’était la leur. Ça date de nos grands-parents. Leur mère était une sorcière du Mont de Grydia.

Elle montra la montagne esquissait derrière la brume.

— Elle volait des enfants en bas âge, les cuisinait pour nourrir ses filles et développer leur pouvoir. Avant qu’on ne la tue, elle avait absous ses crimes en disant que seuls de grands pouvoirs pourraient éradiquer le créateur de cendre. Tu penses bien que les villageois n’ont eu guère satisfaction à ses « excuses ». Ce n’est pas notre combat ni notre royaume. On subit, mais il y a pire à craindre sur nos terres que ce guerrier des terres flottantes.

Analoum ne s’arrêta que lorsque Trysol impatiente de poursuivre leur chemin tapa du pied contre le sol. Elle s’approche de son ami dont la cape grandissait la silhouette et murmura à son oreille.

— Jeckm a dit qu’il possédait le pouvoir d’épier sans se mettre en danger. Il nous sera plus utile que notre vendetta comme nous l’avons conçu en quelques minutes et avec le sang chaud.

— Ses visions ne sont pas fiables. Et ton gars m’a tout l’air dans les choux. Je veux retrouver Nyim.

Analoum posa la main sur l’épaule de Trysol qui prenait sur elle pour avaler ses émotions.

— Je sais combien il te pèse ce jour où on t’a volé tes trois frères aînés, mais on n’a une chance de savoir ce qui se trame dans le château et ce qu’on fait de nos garçons. Il est ce qu’on attend depuis des années. Laisse-moi gérer.

Analoum replaça une mèche de cheveux roux derrière l’oreille de Trysol et se rapprocha de Suan. Le jeune homme donnait des coups d’œil vers le sentier comme s’il guettait un prochain danger.

— Je n’aime pas votre pays. On n’y voit pas à deux mètres, et j’ai appris de mon père que là où tout demeure invisible, notre ennemi est en place prêt à nous fendre en deux. Je souhaiterais que vous m’emmeniez jusqu’à l’escalier de lierre.

— En contrepartie de quoi ? Pourquoi nous t’aiderions ?

— Parce que ce n’est pas mon combat. J’ai déjà de quoi risquer ma vie en bas.

— Ah ! Alors pourquoi vouloir redescendre ? Si tu nous aides, tu pourras au moins repartir avec cette fiole.

La fille à la longue tresse brune sortit le contenu de sa poche comme un trophée.

— Chez toi, tu pourrais mourir de faim avant d’avoir marché deux pas. Avec ça, tu pourras conserver un aliment une année entière. Tu auras le temps de récolter nombreux mets avant qu’il te manque de la nourriture.

— Tien, on me l’a déjà présentée.

Suan reconnu la fiole, pour autant il n’était toujours pas convaincu de former alliance avec ces étranges villageoises. Même si elles disaient vrai, qu’est-ce qui lui prouvait qu’une fois leur être venu en aide, elles tiendraient leur promesse ? Puis il y avait Grenouille. Il ne risquerait pas encore sa vie, quoi qu’elle fût désormais.

Analoum sentit le scepticisme du voyageur face à ses dires, alors elle sortir une pomme de sa besace. Elle la mit entre les mains du jeune homme qui la regardait faire avec un froncement de sourcils. Une goutte d’un liquide jaunâtre tomba sur le fruit. En un instant elle disparut absorbée par la chair polie de la pomme.

— Une semaine pour qu’elle pourrisse, disons même trois jours vus que nous sommes en zone humide. Garde-la et ressort là quand tu le voudras. Tu verras que je ne mens pas.

Trysol pencha la tête dans la direction de son amie. Son regard foudroyant était explicite : « je n’attends pas une semaine pour prendre la route ! »

Analoum agita sa main pour temporiser la rouquine. Trysol ne se contenterait pas de ce seul geste, alors, la brune revint vers elle, laissant Suan a son analyse.

— Moi aussi, j’ai des frères à récupérer, s’énerva-t-elle tout en baissant le son de sa voix. Ce garçon est bouffé de curiosité. Il n’est pas idiot. Il sait qu’il mourra en redescendant. Il faut attendre, un jour ou deux.

— Puis quoi encore ?!

— Je suis sérieuse. On a besoin de lui.

Analoum planta ses yeux rose veinés de jaune dans ceux de son amie.

— Je sais combien tu as mal. Je t’entends hurler à l’intérieur. Ce garçon pourrait changer bien des choses, à savoir ce qui nous vole nos hommes.

— C’est la démone, assura Trysol en serrant la mâchoire.

— Qu’est-ce qu’on en sait en vérité ? C’est ce qui se raconte depuis les deux dernières décennies. Quelque chose se met en place. L’univers nous a peut-être écouter et c’est pour ça qu’il est là, que Jeckm nous a dit tout ça sur ses visions. Je pense à nous, aux gamins qui sont encore trop jeunes, à ceux qui naîtront et aussi à ceux qui ne naîtront pas. Y’a pas que nous dans l’histoire. Tu le sais, parce que c’est toi qui me là fait remarquer, y’a pas si longtemps.

Elle glissa sa main sur le dos de la rouquine et frotta. Ses doigts se perdirent un instant sur ses reins. Elle marqua un arrête au souvenir d’un baiser échangé un soir où les cheveux terrorisaient la ville d’où elles venaient.

— J’en ai marre de me cacher, de fuir, comme beaucoup d’entre nous. Chaque saison notre nombre diminue. Essayons. L’impatience n’a plus ça place à nos côtés.

— Et c’est toi qui dis ça ?

— Exactement. Alors, tu marches ?

Trysol répondit par un hochement de tête désabusée. Le feu qui brûlait en elle servait qu’à attiser ses craintes, perdre jusqu’au dernier de ses frères. La solitude l’attraperait alors et prise dans une habitude, elle s’éloignerait des autres. Quand le calme reprendrait le contrôle de ses émotions, elle relativiserait à son tour. Pour le moment il était trop tôt. Trysol s’enferma dans sa bulle et serra les poings. Il y avait une chose qui la terrifiait plus que les autres, c’était de ressembler à ses parents, de se délasser du monde, des gens et de claquer la porte derrière elle, puis disparaître. Son père était parti en premier, suivit de près par sa mère. Le mécanisme de leur cœur avait sauté, peut-être une pièce était venue à se rouiller, se perde dans la machine qu’était leur corps. Finirait-elle comme eux détruite par les pertes ?

Elle jeta un regard conciliant à Analoum et se laissa entraîner par le plan élaborait par les soins de son unique amie. Elles étaient parties avec une idée précise en tête. Une idée qui tapissait leur pensée depuis bien des semaines.

La rouquine s’approcha du jeune homme qui fixait la pomme. Lui aussi, il avait perdu du monde. On voyait la peine et le chagrin qui imbibaient ses yeux brun mordu d’un éclat doré. Que fallait-il pour amadouer un pauvre homme dont le cœur pleurait si fort sans qu’il ne parvienne à l’entendre lui-même ?

Analoum enfouit la fiole dans sa poche attirée par le mouvement de Trysol. Rares étaient les fois où elle allait d’elle-même vers les gens. Ce n’était jamais sans conséquence. La brune s’inquiéta du tremblement qui s’empara des bras de la jeune femme aux veines plus bleues que le gel. Inconsciemment, elle chercha à la dissuader de s’approcher trop près de Suan, mais avant qu’elle ne puisse l’attraper Trysol agrippa le coude du jeune homme.

— Quelles sont tes chances de périr avant même de retrouver ton sol ? Si tu nous aide, sois certain qu’on te donnera la force nécessaire pour ta descente.

— Je n’ai pas besoin de votre force pour descendre. Je n’en ai pas eu besoin pour monter.

— Si c’est là ta réponse, bien à toi de trouver ton chemin seul.

Trysol crispa les poings. Ses veines commencèrent à scintiller, rien qui ne présage une accolade et un bon vent sans une flèche entre les deux yeux.

— Si on retrouve ton cadavre d’ici quelques lieux, on prendra la peine de te mettre en terre, intervint Analoum. Enfin, les charognards sont nombreux de nos jours. Pas sûr qu’il reste quelque chose. Mais bon, tu seras déjà mort. Je te souhaite de ne plus tomber sur des créatures du même acabit que ces ondines maudites. Trysol ! On y va.

Les filles s’éloignèrent sous le regard tracasser de Suan. Il les vrilla sur Grenouille qui, les joues encore pleines, secoua la tête en roulant les yeux.

La cape de la rouquine voleta sous une bourrasque, puis disparut.

— Je ne leur courais pas derrière. Elles n’ont rien à nous offrir de valable. Je me suis trop de fois battue pour les autres, sans avoir un remerciement. Notre père est mort des souffrances dû à la guerre. On ne lui a jamais rien donné que des plaies ouvertes. Je n’ai plus le cœur suffisamment tendre pour me laisser embobiner. Et tu devrais en faire de même. N’ai pas tant de pitié pour n’importe qui. Dois-je te rappeler ce qui s’est passé la dernière fois que tu as voulu aider.

Grenouille se détourna de Suan. Elle le faisait chaque fois qu’il en reparlait.

— Me diras-tu un jour ce qu’on t’a fait endurer dans cette forêt maudite ? Et pourquoi tu m’es revenue ainsi ?

Grenouille s’éloigna du lac, avalant sa dernière bouchée de framboise. Suan lui emboîta le pas. Aucun d’eux ne savait s’ils empruntaient le bon chemin.

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