Merci pour les roses, merci pour les épines
Les étoiles m’ont toujours fasciné. Petit, je montais sur le toit, télescope en position, explorant ce qui se trouve à des années-lumière d’ici. Jamais je ne me serais attendu à ce que la plus belle d’entre elles puisse être si près de moi. Et pourtant, la voilà. Celle qui illumine chaque pièce lorsqu’elle y entre, qui rend l’atmosphère plus légère, plus douce. Cette même beauté que je cherchais dans le ciel nocturne, je la retrouve dans chaque tendre regard que je lui adresse. Je ressens cette fameuse gravité qui bouscule toutes les notions de temps. Ses yeux portent tous nos souvenirs passés : le jour où la faire sourire est devenu ma vocation, ces moments où l’on dansait maladroitement sur une musique, ces multiples échanges de poèmes et de baisers en guise de promesses de ne jamais s’oublier. Mais ils portent aussi toutes les vies dans lesquelles nous nous sommes projetés : les voyages main dans la main en quête de nouvelles histoires, le vaste univers prêt à accueillir notre propre constellation, les rides ainsi que la lenteur des gestes qui apparaissent, mais les cœurs battant avec autant d’intensité que le jour où l’on s’est rencontrés. Dorénavant, il est inutile de chercher là-haut, elle est ici-bas, l’étoile qui me guide dans le froid et l’obscurité. Et pourtant, jamais je ne me suis senti aussi déboussolé. Je ne manquais de rien jusqu’au jour où je l’ai rencontrée. Depuis, chaque fois qu’elle s’éloigne, son odeur me manque. Son sourire me manque. Nos discussions me manquent. Elle m’empêche de me suffire, car en son absence, ma vie manque d’amour. Sans même le savoir, elle est devenue cet être qui justifie le monde, qui aide à vivre par sa simple existence. Dans cet univers absurde et indifférent, elle m’apporte sens et importance. Je me dois d’être reconnaissant envers cette jardinière qui fait fleurir mon âme. Merci pour les roses.
Or, comme le disait Sigmund Freud, « nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons ». Bien qu’on s’efforce à ce que l’amour soit avide de rupture, cette dernière nous attend prête à bondir au moindre faux geste. Et lorsqu’elle me saute à la figure et me vole mon âme, me voilà plongé dans le néant. L’étoile, qui jadis me guidait, a laissé place à un trou noir, plus rien n’a de sens sans sa présence. Les couleurs ne le sont plus, tout me semble gris. La nourriture n’a plus de goût parce qu’elle n’est plus partagée. L’odeur de la pièce n’est pas aussi envoûtante sans la sienne. Endormi dans mon lit, je ne rêve que d’elle. Le confort de ma demeure ne sait plus comment me réconforter. Vite vient ce besoin de sortir car tout, au sein de la maison, me rappelle les moments qu’on a passé ensemble. Les souvenirs que je n’oublierai jamais, qui me feront pleurer et parfois sourire. J’entreprends une marche sur le bord de la mer tout en souhaitant que la brise emporte avec elle ce sentiment amer. Un regard vers le coucher de soleil suffit à me rappeler les yeux dans lesquels je me perdais. Un chant d’oiseau suffit à me rappeler les moments où sa voix me berçait. J’ai mal. Dans l’incapacité de continuer d’avancer, je m’allonge sur le sable en espérant qu’il me rapporte la chaleur qu’elle a prise en quittant. Des larmes sont versées à flots et, par-dessus mes sanglots, je chuchote à la mer qu’il est possible de se noyer même sur la terre ferme. Ne serait-ce pas là la plus belle preuve d’Amour? La souffrance qui suit la rupture. Lorsque mon cœur bat toujours pour la même personne, mais qu’à présent c’est extrêmement douloureux, car les roses sont fanées et les épines s’enfoncent dans mon cœur. L’Amour est autant magnifique que tragique. Merci pour les épines.

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