Il faut que je vous dise quelque chose à propos de mon chien

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Tout le monde connaît le sketch de Raymond Devos « Mon chien se prend pour un être humain » : un petit bijou d’humour. Le génial humoriste dépeint avec talent les rapports que beaucoup de maîtres ont avec leur animal de compagnie, surtout lorsque celui-ci est un chien. Devos parvient à semer le doute dans notre esprit au point qu’à la fin du sketch on se dit que ce n’est pas le maître qui parle de son chien, mais que c’est bien le chien qui nous parle de son maître, et on finit par y croire. Son récit est si sublime que j’hésite à vous faire part de ma modeste expérience en la matière. Mais tant pis je me lance.

« Ils ne leur manque que la parole » dit-on couramment à propos des chiens. Et chacun reste persuadé que ce manque ne pourra jamais être comblé. À ceux qui pensent cela, je leur dis qu'ils se trompent lourdement. Cet adage est faux. Je voudrais témoigner aujourd’hui qu’en réalité, ce supposé manque est une contre-vérité. Je l’affirme, certains chiens, assez rares admettons-le, non seulement sont doués de la parole, mais savent aussi lire. Mais soyons honnête, je ne devrais pas généraliser si hâtivement, en fait je ne suis sûr que d’une chose, mon chien sait lire et parler, pour les autres, il faut voir.

Ce n’est donc pas mon chien qui se prend pour quelqu’un, c’est moi qui considère qu’il est une personne à part entière, d’ailleurs il est d’accord avec moi sur ce sujet.

Je dois dire que pour en arriver là, mon chien a disposé dès sa première jeunesse d’un environnement très favorable.

Il a toujours été entouré de livres, de beaucoup de livres. Ma bibliothèque prolifère comme le lierre rampant et occupe toutes les pièces de la maison : plus de 8000 livres au total. Il est donc impossible de faire un pas dans la maison sans être confronté à une pile de livres.

Ainsi mon chien qui possède plusieurs lieux de couchage, est systématiquement adossé à une rangée de livres quel que soit l’endroit qu’il adopte pour faire la sieste. Il aime poser son menton sur le bord des étagères du bas et s’endort ainsi tous les jours, le nez dans les bouquins.

Il a une prédilection pour les ouvrages anciens dont la reliure en cuir dégage une odeur particulière qui le plonge dans des rêves épiques où il s’imagine tel un fauve d’Afrique chassant les gazelles. Son imagination est décuplée par les mille effluves qui se dégagent de cette masse de livres. Cette compagnie constante avec la littérature, les livres d’aventure et d’exploration, cette familiarité avec les grands auteurs, cette communion de vie avec le savoir ont exercé chez lui une profonde influence.

Il faut admettre que ce simple contact permanent avec les livres n’aurait pas suffi à lui donner les capacités extraordinaires dont il est doté aujourd’hui, en revanche cela a certainement contribué à constituer un terreau favorable à l’acquisition des connaissances. Il est prouvé aujourd’hui que les enfants qui vivent dans un environnement peuplé de livres deviennent de grands lecteurs et réussissent mieux à l’école. Je pense que c’est aussi vrai pour les chiens.

Alors me direz-vous, qu’est-ce qui à produit le déclic final pour que mon chien passe d’une simple proximité avec les livres à une compréhension profonde de leur contenu ? Je ne vois qu’une réponse possible : l’imitation. Mon chien a passé tellement d’heures à me voir lire qu’il s’est intéressé encore plus aux livres, en particulier ceux que je tenais entre les mains. La plupart du temps, lorsque je lis il se place à mes côtés dans le fauteuil et je l’ai souvent surpris à jeter un œil sur les pages que je tournais. Au début il regardait sans avoir l’air de voir, puis progressivement je me suis aperçu que son regard était plus appuyé, plus précis et même que ses yeux semblaient suivre le méandre des lignes. De haut en bas et de gauche à droite. Constatant cette attention soutenue je me suis surpris à lui parler du livre.

— Ça t’intéresse cette histoire de voyage au centre de la Terre ? Tu aurais peur d’y aller, c’est peuplé de créatures féroces…

Il tournait alors son regard dans ma direction et je pouvais lire dans ses yeux comme une crainte.

Chaque fois que je lui parlais, mon chien hochait la tête et ses oreilles changeaient d’orientation pour capter la signification des mots que je prononçais.

Parfois je lui lisais des passages, puis comme il semblait suivre les histoires avec attention et intérêt, j'ai fini par lui lire des livres entiers. Ce rituel se déroulait chaque jour. Dès que je m’installais dans mon fauteuil, mon chien sautait à mes côtés et posait sa tête sur moi de manière à voir le texte imprimé.

C’est fou ce qu’un chien est capable de faire par amour pour son maître. Le mien a appris à lire afin de partager avec moi cette activité dévorante qui pouvait m'éloigner de lui. Mais je n’aurais jamais compris qu’il savait lire si un jour il ne m’avait pas dit qu’il en avait marre de Balzac et qu’il avait envie de lire Jack London.

J’aurais dû me douter bien plus tôt de ses capacités intellectuelles extraordinaires, rien qu’à la manière dont il se couvre les oreilles avec ses pattes chaque fois qu’il entend un discours de Trump à la télévision (et de quelques autres bien connus).

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