Trop

Une minute de lecture

Un corps de plus s’écrase à ses pieds. Calciné celui-ci. À côté une tête, dans une marre de sang.

Il pose la main sur son ventre, retient un hoquet acide qui lui remonte dans la gorge. Il la connaît bien sûr, l’horreur de la guerre. Mais d’habitude, il est au loin, aux commandes, pas en première ligne.

Il est descendu pour couvrir la retraite de ses hommes. Son plan, une débâcle totale, a déjà tué des milliers de soldats par sa faute. Voilà que pour en sauver quelques-uns, il doit en tuer d’autres. Le doute rampe, s’installe, distribue ses graines dans son esprit fatigué.

Il lève pourtant son bâton une dernière fois, l’abat sur le sol dans un fracas épouvantable. Une tempête de feu se lève, la brise automnale se fait ardente, insupportable. Les vents se lèvent, emportent tout sur leur passage. Le sol se fissure, les hommes épouvantés reculent, sonnent la retraite.

Des cavaliers qui ont passé la plaine foncent à toute allure sur Azelyr, qui ferme les yeux. Il a presque envie de les laisser faire. Par réflexe, ou par instinct, il incante. Leurs jambes gisent à ses pieds, l’autre moitié désintégrée par le sortilège.

Il s’agenouille, des larmes roulent sur ses joues juvéniles.

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