Chapitre 2

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Le lendemain soir, 19 h 30, j’étais au restaurant depuis dix minutes.

Dix minutes. C’est le temps exact de mon avance. Je suis le genre de personne qui arrive en avance partout — aux rendez-vous médicaux, aux réunions de parents, aux entretiens d’embauche — parce que dans ma tête, arriver à l’heure c’est déjà être en retard. Mais là, dix minutes, c’était juste de la panique.

J’avais changé de tenue quatre fois avant de partir. Quatre ! Je le sais parce qu’il y avait quatre looks rejetés sur mon lit quand je suis sortie de la chambre, et que si Emma avait été là, elle aurait dit : « Maman, t’as fait exploser ton armoire. »

Finalement : jean noir, chemisier blanc, sandales à talons. Simple. Élégant. Le conseil de Léa, qui a toujours raison sur les fringues et jamais sur le reste — pardon Léa, je t’aime. Un trait d’eye-liner. Du mascara. Du rouge à lèvres nude. Mes cheveux bruns détachés, en vagues naturelles sur les épaules, parce que de toute façon ils ne font jamais ce que je veux alors autant céder.

Le restaurant, c’était un petit endroit en bord de mer que j’aimais bien. Chaleureux sans être chic. Des tables en bois. Des bougies. Une terrasse qui donnait sur l’océan avec le bruit des vagues en fond sonore. Le genre d’endroit où l’on peut parler sans crier et où la lumière est assez douce pour être belle mais pas assez pour tricher.

J’étais assise à ma table. Face à la mer. Un verre d’eau pétillante que je ne touchais pas. Les mains qui tremblaient légèrement. Le cœur qui battait beaucoup trop fort pour un mardi soir.

Calme-toi, Chloé. C’est juste un deuxième rendez-vous.

Oui. Sauf que le premier a duré six heures et que t’as pensé à lui toute la journée.

La ferme.

19 h 30 pile. Il est arrivé.

Et j’ai compris un truc : sur la plage, dans la pénombre de l’aube, je ne l’avais pas vraiment vu. Pas complètement. Là, en pleine lumière du soir, avec la mer derrière lui et le soleil couchant qui faisait le job, c’était autre chose.

Il traversait la terrasse. Grand. Décontracté. Sûr de lui sans être arrogant. Un jean bleu foncé. Une chemise blanche aux manches retroussées sur des avant-bras bronzés. Ses cheveux bruns légèrement en bataille, comme toujours. Et ses yeux noisette qui souriaient avant même sa bouche.

Il m’a vue. Il a souri. Le sourire de pub. Celui qui devrait être interdit dans l’espace public.

Mon cœur a fait un truc qui ne devrait pas être légal.

Il s’est approché. S’est penché. M’a embrassée sur la joue. Ses lèvres chaudes. Son parfum — boisé, masculin, juste assez.

— Salut.

— Salut.

— T’es magnifique.

J’ai rougi. Moi. Trente-cinq ans. Professionnelle de l’immobilier. Capable de négocier un prêt sur vingt-cinq ans sans ciller. En train de rougir parce qu’un type m’a dit que j’étais magnifique.

— Merci. Toi aussi. Enfin… tu vois ce que je veux dire.

Il a ri. J’ai ri. On était ridicules. Et c’était parfait.

* * *

On a commandé du vin blanc. Deux bars grillés. On n’a même pas ouvert la carte — on s’est regardés par-dessus les menus pendant trente secondes et il a dit :

— Le poisson ?

— Le poisson.

Le serveur a dû nous trouver flippants.

Et on a parlé. Encore. Comme si la plage n’avait été qu’un échauffement et que le vrai match commençait maintenant.

Sa séparation. La mienne. Ses fils. Ma fille. Nos galères de co-parentalité, nos dimanches soirs de transition où l’on rend les enfants et où l’on rentre dans un appartement vide avec l’écho de leurs voix encore dans l’air.

On a parlé de son boulot — il organisait les plus beaux jours de la vie des gens avec un enthousiasme contagieux. De mon boulot — j’aidais les gens à trouver leur refuge, leur cocon, l’endroit où l’on pose ses valises et où l’on se dit : ici, je suis chez moi.

— Tout le monde a besoin d’un refuge, il a dit.

— Toi, c’est quoi le tien ?

— La montagne. Les sommets. Le silence. Et toi ?

— Les livres. Les histoires. Et…

J’ai hésité.

— Et ?

— Et les gens qui me font sentir que je suis au bon endroit.

Il m’a regardée. Longtemps. Avec ses yeux noisette qui riaient.

— Tu te sens au bon endroit, là ?

— Oui. Vraiment.

On a mangé notre bar grillé au citron et au thym. On a partagé un fondant au chocolat avec deux cuillères et on a failli se battre pour la dernière bouchée. On a bu trop de vin blanc. Pas assez pour perdre la tête, juste assez pour perdre la prudence.

Et vers 22 h 30, on a quitté le restaurant.

On a marché le long de la plage. Pieds dans le sable. Nos chaussures à la main. La nuit était douce. Le ciel étoilé. La lune presque pleine se reflétait sur l’eau.

Nos mains se frôlaient. Presque. Pas tout à fait.

Et puis il a pris la mienne. Simplement. Naturellement. Ses doigts entrelacés aux miens. Sa paume chaude contre la mienne. Mon cœur qui s’emballait dans le noir.

— C’est dingue, il a dit.

— Quoi ?

— Ça fait une semaine qu’on se parle. Et j’ai l’impression que t’as toujours été là.

— Moi aussi.

On a marché. En silence. Juste le bruit des vagues. Le vent doux. Nos pas dans le sable. Sa main dans la mienne.

Il m’a raccompagnée à ma voiture. On est restés là. Sous un réverbère. Incapables de se quitter. À se parler encore, à rire encore, à trouver des excuses pour rester cinq minutes de plus.

Et finalement, il m’a regardée, et il a dit la chose la plus simple et la plus dévastatrice du monde :

— Je me sens bien avec toi, Chloé. Vraiment bien.

Pas de déclaration. Pas de grands mots. Juste ça. Et c’était immense.

* * *

LA PREMIÈRE NUIT

La quatrième fois qu’on s’est vus, c’était chez lui.

Un petit appartement. Deux chambres. Simple. Masculin. Des photos de ses fils partout. Des dessins sur le frigo. Des Lego dans un coin du salon. Un bordel joyeux, vivant, qui sentait le café et l’après-rasage.

— Désolé pour le désordre.

— C’est pas du désordre. C’est une maison vivante.

Il m’a cuisiné des carbonara. Parfaites. Des vraies, avec les jaunes d’œufs, le parmesan, le lard qui croustille. On a mangé en écoutant de la musique. On a bu du vin. On a ri. Beaucoup.

Et puis on a fini sur le canapé. Ses lèvres sur les miennes. Ses mains dans mes cheveux. Les miennes sur son torse. Nos corps qui se rapprochaient comme deux aimants qui en ont marre de résister.

— Chloé ?

— Ouais ?

— J’ai envie de toi.

Mon cœur a fait un bond de trois étages.

— Moi aussi.

Sa chambre. Un grand lit. Des draps blancs. Une fenêtre ouverte qui laissait entrer l’air frais de la nuit et le bruit lointain de la rue.

On s’est déshabillés. Lentement. En se regardant. En découvrant. Lui : beau. Bronzé. Des cicatrices ici et là qui racontaient des histoires que je ne connaissais pas encore. Moi : le cœur à deux cents, la peau qui frissonne, et cette voix dans ma tête qui disait : c’est vraiment en train d’arriver.

Au début, c’était… difficile. Trop de pression. Trop d’envie que ce soit parfait. Il n’arrivait pas.

— Merde. Désolé.

— C’est pas grave.

— Si. Je… je sais pas ce qui se passe.

— C’est normal. On est stressés. On se met pas la pression, ok ?

On s’est embrassés. Doucement. Sans urgence. Juste à se découvrir. À s’apprivoiser. J’ai laissé mes mains explorer. Il a fait pareil. On a pris notre temps. Tout le temps du monde.

Et naturellement, ça s’est débloqué.

Nos corps ont trouvé leur rythme. Leur accord. Pas parfait comme dans les films. Parfait comme deux personnes qui se découvrent. Qui s’apprennent. Qui s’aiment déjà un peu sans encore oser le dire.

Après, on était allongés. Enlacés. Nos corps moites. La fenêtre ouverte. Le bruit de la rue au loin.

— Reste cette nuit, il a murmuré.

— Vraiment ?

— Vraiment. Je veux me réveiller avec toi.

Mon cœur a fondu. Littéralement. Si un cardiologue m’avait examinée à ce moment-là, il aurait trouvé une flaque.

— Ok.

On s’est endormis. Enlacés. Ses bras autour de moi. Ma tête sur son torse. Le bruit régulier de son cœur sous mon oreille, comme un métronome qui battait la mesure de cette chose nouvelle, fragile, immense, qui était en train de naître entre nous.

Je n’avais pas dormi avec quelqu’un depuis ma séparation.

Et c’était étrange. Mais bon. Vraiment bon.

* * *

Les semaines qui ont suivi ont été un tourbillon. On se voyait dès qu’on pouvait. On s’envoyait des messages à toute heure. On se découvrait encore et encore et c’était chaque fois comme déballer un cadeau dont on ne voyait pas le fond.

Des pique-niques improvisés au parc. Des soirées canapé où on ne regardait jamais la fin du film. Des matins où le réveil sonnait trop tôt et où ni l’un ni l’autre ne voulait bouger en premier.

Et un matin, il m’a envoyé un message :

« On part où pour le week-end ? »

* * *

SAN SEBASTIÁN

Un mois après notre rencontre, Erwan m’a proposé San Sebastián.

Un week-end. Juste nous. Emma chez son père. Tom et Lucas chez leur mère. Deux heures de route. L’Espagne. L’aventure.

J’ai dit oui avant qu’il finisse sa phrase.

Samedi matin, 8 h. Sa voiture. Lui au volant. Moi passagère. La route qui longeait la côte, l’océan d’un côté, les montagnes de l’autre, le soleil qui brillait et la musique à fond et nous qui chantions faux — les deux, affreusement faux, comme si c’était une compétition de qui chanterait le plus mal.

C’était une journée où tout brillait. Le ciel. L’océan. Ses yeux noisette quand il me regardait en coin au feu rouge. Tout.

San Sebastián était magnifique. Des bâtiments colorés. Des rues pavées. Une baie turquoise encadrée de montagnes vertes.

On a fait les touristes. Complètement. Sans aucune honte.

Le petit train touristique — oui, le petit train, assis côte à côte comme des gamins, main dans la main, à écouter un guide parler en espagnol dont on ne comprenait qu’un mot sur trois mais on s’en fichait.

Un musée d’art moderne où on a commenté les œuvres avec beaucoup de sérieux.

— C’est quoi selon toi ? il a demandé devant une toile abstraite.

— Un chat qui a marché sur de la peinture.

— Ou l’âme torturée d’un artiste incompris.

— Ouais. Ça aussi.

On a ri. Discrètement. Ou pas.

À midi, des pintxos dans le vieux quartier. Un bar bruyant. Un comptoir encombré. Du jambon, du fromage, des croquettes, des anchois, du poulpe, du foie gras. On a tout commandé. Tout goûté. Tout partagé. On mangeait avec les doigts, on buvait du vin blanc local, on riait avec le serveur qui nous chambrait en espagnol.

— C’est trop bon, j’ai dit la bouche pleine.

— Attends. Goûte celui-là.

Il m’a tendu un pintxo. Je l’ai croqué. J’ai fermé les yeux.

— Ouahou.

— Je sais.

On était heureux. Simplement, absolument, ridiculement heureux.

* * *

L’ÎLE

L’après-midi, on a pris le bateau pour l’île de Santa Clara. Une petite île au milieu de la baie. Un phare. Une plage. Quelques arbres. Presque déserte.

— On fait quoi ? j’ai demandé.

— On se baigne.

— J’ai pas de maillot.

— Moi non plus.

— Alors on fait quoi ?

Il a souri. Ce sourire malicieux. Ses yeux noisette qui pétillaient.

— On se baigne quand même.

On est descendus sur la plage. On a enlevé nos vêtements. Lui en boxer. Moi en lingerie. On s’est regardés. On a ri.

— On est ridicules.

— Ou géniaux.

— Les deux.

On a couru vers l’eau. Glaciale. J’ai crié. Il a crié. On a plongé quand même.

L’eau était transparente. Des poissons. Des algues qui dansaient. Le ciel bleu au-dessus. Et cet homme à côté de moi, trempé, rieur, beau comme un acteur de cinéma espagnol dans un film qu’on regarderait en se disant : ça n’arrive que dans les films.

Sauf que ça m’arrivait à moi.

* * *

LE CATACLYSME AMBULANT

On est retournés au parking vers 18 h. En marchant. En se tenant la main. En parlant de où on mangerait ce soir.

Et là, on a vu.

Une grille. Fermée. Cadenassée.

— Putain, il a dit.

— C’est quoi ce bordel ?

Un panneau. En espagnol. Qu’il a traduit lentement, péniblement, avec la tête de quelqu’un qui réalise l’étendue du désastre.

— Le parking ferme à 18 h. Rouvre à 8 h.

— Sérieux ?

— Sérieux.

— Et notre voiture ?

— Est coincée jusqu’à demain matin.

Silence.

Et on a éclaté de rire.

— Comment t’as fait pour pas voir le panneau ?

— Y’avait pas de panneau ! Enfin… j’ai pas vu de panneau.

— Évidemment.

— Quoi, évidemment ?

— T’es tête en l’air. Ça m’étonne même pas.

Uber. Quarante minutes d’attente. Un banc à côté du parking fermé à clé. Deux heures de trajet retour.

Et c’est dans cet Uber, sur la banquette arrière, quelque part entre San Sebastián et le Pays Basque français, que tout a basculé.

Il s’était endormi. La tête contre la vitre. Les yeux mi-clos. Fatigué de la journée. Beau. Même fatigué. Surtout fatigué.

Et je l’ai regardé. Longtemps.

J’ai pensé à notre journée. Le petit train. Le musée. Les pintxos. Le bateau. La baignade en sous-vêtements. La voiture coincée.

Tout était chaotique. Spontané. Imprévisible.

Comme lui.

Et j’ai réalisé quelque chose.

Cet homme est un cataclysme ambulant. Il lui arrive toujours des galères. Parce qu’il est tête en l’air. Parce qu’il ne voit pas les panneaux. Parce qu’il fonce sans réfléchir.

Mais c’est exactement ça qui me plaisait. Cette spontanéité. Cette légèreté. Cette capacité à transformer une galère en aventure.

Je suis amoureuse de lui.

Complètement. Irrémédiablement. Follement amoureuse.

Il a dû sentir mon regard. Il a tourné la tête. Ses yeux noisette dans le noir de l’habitacle.

— Ça va ?

— Ouais. Ça va.

— T’as l’air bizarre.

— Je te regarde, c’est tout.

— Pourquoi ?

— Parce que t’es beau. Même coincé à l’arrière d’un Uber après avoir merdé avec un parking.

— Surtout coincé à l’arrière d’un Uber après avoir merdé avec un parking.

On a ri. Dans le noir. Bas. Pour ne pas se faire remarquer par le chauffeur qui devait déjà nous prendre pour deux idiots, sérieusement qui ne lit pas les panneaux de parking…

* * *

LE PREMIER « JE T’AIME »

Ce soir-là, chez lui. Pizzas commandées. Série qu’on ne regardait pas. Canapé. Ses bras autour de moi. Ma tête sur son épaule.

Et puis, dans le silence, ça m’est sorti. Sans réfléchir. Sans prévenir. Comme un éternuement émotionnel.

— Je t’aime.

Il s’est figé.

J’ai eu envie de mourir. De rembobiner. De faire semblant que je n’avais rien dit.

— Quoi ?

— Je t’aime, Erwan.

Silence. Long. Trop long. Mon cœur battait tellement fort que le chauffeur Uber l’aurait entendu à deux kilomètres.

Et puis il a souri. Souri avec ses yeux, avec sa bouche et m’a embrassé tendrement.

— Je t’aime aussi, Chloé.

Mon cœur a explosé. Implosé. A fait des choses qui n’existent pas dans les manuels de médecine.

— J’osais pas le dire. J’avais peur que ce soit trop tôt.

— Moi aussi. Mais je le ressens depuis des semaines.

— Moi depuis aujourd’hui. Dans l’Uber. En te regardant. En réalisant que t’es un cataclysme ambulant mais que je t’aime quand même.

Il a ri.

— Un cataclysme ambulant ?

— Ouais. Mais MON cataclysme ambulant.

— Je prends.

* * *

LES MOIS SUIVANTS

Après San Sebastián et le premier « je t’aime », tout s’est accéléré. Comme quand on pousse un rocher du haut d’une colline et qu’il ne s’arrête plus. Sauf que le rocher, c’était nous. Et la colline, c’était le bonheur. Et on dévalait.

On se voyait tous les jours. Ou presque. Quand je n’avais pas Emma, j’étais chez lui. Quand il n’avait pas ses fils, il était chez moi. On s’adaptait. On se trouvait. On se construisait autour de nos enfants, de nos emplois du temps en Tetris, de nos vies d’avant qui refusaient de disparaître complètement mais qui faisaient de la place, doucement, pour ce « nous » qui prenait toute la lumière.

Les enfants se sont rencontrés.

Emma, du haut de ses six ans, a regardé Erwan avec ses grands yeux bleus — les mêmes que les miens, en plus exigeant — et a demandé :

— C’est ton amoureux ?

— Oui, ma puce.

— Il est gentil ?

— Très gentil.

— Il sait faire des crêpes ?

Erwan s’est agenouillé. L’a regardée. Avec un sérieux absolu.

— Je fais les meilleures crêpes du monde.

Emma l’a fixé. A jugé. A décidé.

— Ok. Tu peux rester.

Et c’était réglé.

Tom, neuf ans, et Lucas, sept ans, étaient plus timides. Mais au bout de trois week-ends, de deux parties de foot dans le jardin et d’une soirée pizza où Emma leur avait expliqué avec autorité comment faire la meilleure margherita (« faut mettre le basilic APRÈS la cuisson, c’est ÉVIDENT »), ils l’avaient adoptée comme petite sœur. Et elle les avait adoptés comme grands frères.

* * *

Six mois après notre rencontre, un soir, les enfants dormaient. On était dans sa chambre. À chuchoter pour ne pas les réveiller.

— Erwan ?

— Ouais ?

— J’ai réfléchi à un truc.

— Quoi ?

J’ai pris une grande inspiration.

— Et si on emménageait ensemble ?

Il s’est redressé dans le lit. M’a regardée avec ses yeux noisette grands ouverts.

— Sérieux ?

— Complètement sérieux. Toi, moi, nos enfants. On cherche une maison. Assez grande pour nous cinq. On construit quelque chose. Ensemble. Pour de vrai.

— T’es sûre ? Six mois, c’est…

— Six mois. Et je sais. Je le sens. T’es la personne avec qui je veux construire ma vie.

Un silence. Long. Mais pas le silence angoissant de San Sebastián quand j’ai dit « je t’aime ». Un silence chaud. Plein. Le silence de quelqu’un qui reçoit une nouvelle qui est trop belle pour être vraie.

— C’est oui, Chloé. C’est tellement oui.

Il m’a prise dans ses bras. M’a fait basculer sur le lit. M’a embrassée partout.

— On va être heureux. Tellement heureux.

— Ouais. On va être heureux.

Et je le croyais.

Vraiment.

Profondément.

Le lendemain, on a commencé à chercher une maison.

On avait six mois d’amour, trois enfants, et l’idée folle qu’une maison suffirait à nous rendre invincibles.

On ne savait pas encore que les maisons aussi, ça s’effondre.

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