Chapitre 0 - Le Feu Intérieur
Je brûlais vivant, mais ce n'est pas ce qui me tuait. Il m'avait déjà consumé et m'enlevait déjà la vie. Je me sentais seul, et c'est - et cela le sera toujours, je pense - le cas, je me débattais déjà et pourtant, de l'autre côté, mes muscles, mes mouvements, ma pensée, mon être et mon esprit se mirent en accord pour dire qu'il était trop tard. Je ne me suis jamais senti aussi énergique dans mes mouvements et toutefois tellement faible face au feu consommant dorénavant mon sweat à capuche bleu, mon tee-shirt simple blanc, mon jean noir, mon sac à dos et surtout... Mon corps. Le feu ne me faisait pas mal, il me mangeait, pour moi, j'étais maintenant à quelques minutes de ma tombe, une sensation bizarre quand on est jeune. Je me suis senti comme dépouillé, enlevé de mes moyens, brisé, inanimé, rejeté par la vie, seul dans ce monde.
Je ne pouvais mourir, je ne pouvais pas me permettre de mourir avant l'heure. Pas ce jour-ci. Je ne pouvais me dire de perdre contre cette chose qui ne vient chercher que ces personnes dont l'existence de vie ne se résume désormais qu'à vivre pour mourir qu'est la mort. Elle n'était pas loin. À côté de moi. Comme un paternel, cette personne qui nous ramène à la vraie vie. Lui, me ramenait à la mort. Cette dernière n'est pas crainte, la crainte est plutôt celle de tout perdre. C'est pour cela que les personnes qui n'ont rien ont moins peur de mourir.
Mais, la mort est-il un portail vers une autre vie ? La mort, sert-elle à profiter de la vie ? Je ne pense pas, la mort est une sorte d'échappatoire.
Je n'avais pas le temps de me poser de questions. Je cherchais l'issue. L'issue de cette scène macabre et affolante. L'issue de la mort. L'issue de l'invisible. Cet invisible qui est pourtant une issue bien visible pour certains. L'issue de la vie. L'issue de ce monde dont on ne connait pas l'aspect ni le fonctionnement. Cette vie dont les personnes des siècles derniers ont dû certainement rêver.
Je m'en posais quand même. Je me dis que c'est peut-être la dernière chance de trouver les réponses.
Le monde réel est celui qui me plaisait le moins, après tout. La culpabilité me rongeait dans le véritable monde, je n'étais pas le bienvenu dans celui-ci. Les dieux m'offriraient-ils un repos pour mon arrivée dans l'au-delà ? Existe-t-il ? Sûrement que je n'étais pas voulu par ceux-ci ? Est-à cause des dieux ou de mon entourage ? Que sais-je après tout ?
Je me désobéissais, me posant de plus en plus de questions.
Toutes ces questions auraient une réponse, si j'avais eu le temps de respirer, dans ce feu m'asphyxiant. Si j'avais eu le temps. Si on me l'avait accordé, si on ne me l'avait pas pris.
Elles me consument, devenant de plus en plus épaisses. Je suis si petit face à ces flammes que je me tais quelques secondes intérieurement.
Je ne vois toujours pas la sortie, je ne la verrai jamais, certainement. Les bruits ne se faisaient que de moins en moins fort, comme si le bruit incessant de la vie m'accordait enfin un silence. Ce silence dont j'ai tant rêvé pendant ma vie. Je le voulais, car j'en avais besoin. Besoin de ce temps de repos accordé par un silence assourdissant certaines pensées, mais qui pour moi, libérait les miennes me donnant le droit de m'exprimer. Celui-ci avait été créé par le brouhaha de la ville. Si le bruit n'existait pas, le silence non plus. S'il n'y avait pas eu de bruit, s'il n'y aurait pas eu de silence, nous serons dans l'incapacité de s'exprimer, et l'évolution ne se serait sûrement pas faite.
"Je me battrai jusqu'au bout !", me dis-je. Mais je n'avais pas vraiment de raison de me dire cela. Je suis non loin de me dire que j'ai gardé ma force. Le feu m'empêchait de respirer. Je filtrais le maximum d'air avec mes vêtements. J'essayait de trouver la sortie avant de mourir. Je me posais une dernière question : pourquoi suis-je ici ? Je ne savais pas, je ne savais plus. Je m'étais évidemment retrouvé ici sans aucun hasard, avec certitude, en fonction de ma volonté personnelle. Je me sentis si faible face au courant de la vie que je m'endormis, peut-être pour toujours, je pense.
Mais, l'instant d'un espoir, je me questionnais : est-ce que j'allais mourir ? Vais-je finir dans un beau cercueil ou dans une vielle tombe aux abords non raffinés ? Ou bien est-ce que je vais disparaître sans jamais être retrouvé ? Vais-je me réveiller ?
Les brûlures me tenaient éveillé, l'instant de quelques minutes. Je me questionnais à nouveau.
Où étaient-ce les questions qui frappent à ma porte ? Je ne comprenais même pas pourquoi j'étais là. Je ne comprenais pas. Je venais de comprendre que je ne comprenais pas. Et c'est pour cela que je veux comprendre. Je veux comprendre tout ce que je ne comprends pas. Je veux savoir tout ce que je pense depuis que le bruit est arrivé. Je veux tout savoir depuis que je n'ai pas plus réfléchi sur mon esprit.
J'arrive à rester éveillé. Je ne sais pas vraiment si je le suis.
Une lourde brûlure me ramène à la réalité. Je suis vivant, malheureusement, je le suis. Vais-je mourir ? Je cours et me rends compte d'une chose : Je suis éveillé pendant plus de dix minutes dans un feu me consumant. Suis-je fort, car je résiste ou extrêmement faible puisque je n'arrive pas à trouver la sortie ? L'histoire n'est pas de force ou de faiblesses, mais plutôt de mort. Vais-je survivre ou mourir ? Je ne sais qu'une chose. Je vais rester dans un temps indéterminé inanimé. Je ne peux pas écrire la moindre chose, et le papier ne ferait qu'augmenter la flamme. Mes vêtements avaient disparu avec ces entités dansantes que sont les flammes.
La lumière me rappelait mon premier regard sur le monde.
Ma première sortie m'avait marqué, vous savez ? C'est grâce à celle-ci que j'ai appris à faire toutes ces choses devenant banales avec le temps, mais pourtant primordial. J'avais appris à lire en lisant la page de couverture du livre Anne... La maison aux Pignons Verts, car je savais déjà parler, faire du vélo (plutôt de la draisienne), le parc m'avait appris toutes ces choses.
Je rouvrais les yeux, avec une brûlure sur ma jambe droite.
Je me sentis faible cette fois. Je savais que cela allait être fatal pour moi. Vais-je errer ou m'en aller ? Je m'endormis après le combat que j'aurais perdu. Perdu ?
Je ne noterais pas cette défaite.

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