Ne m'en voulez pas
Chaque main tendue,
Chaque regard perdu,
Chaque « je t’aime » ému,
Chaque geste soutenu.
Ces gestes modestes
Font parler mon cœur en fête.
Si je suis une peste,
D’où vient la chaleur sous ma veste ?
Mon souffle est témoin
Des âmes en chagrin,
Qui n’attendent aucun matin,
C’est pour cela que je me plains.
La savante m’a dit un jour :
« Écris sans détour,
Dis ce qui pèse trop lourd,
Le silence n’apporte jamais de bonjour. »
Cette douleur devient féroce,
Quand on découvre sa force,
À ne pas refaire le même gosse,
Déchiré dès l’âge précoce.
Pourtant, dans chaque mot écrit,
Dans chaque plainte que j’ai traduit,
Se cache un souffle de vie,
Un éclat de lumière qui survit.
Chaque vers devient une onde,
Qui traverse le monde,
Pour apaiser la ronde
Des cœurs qui se morfondent.
Ne m’en voulez pas pour ma plainte,
Si elle s’étire parfois sans fin ;
Elle est la trace, fragile empreinte,
De ce qui fut mon unique chemin.
Ne m’en voulez pas pour ce masque,
Fissuré par la tempête des combats ;
Sous la sueur et sous le casque,
Je cherchais juste un peu de joie.
Ne m’en voulez pas si je bégaie,
Si les mots trébuchent en sortant ;
Mon cœur, lui, sait l’effet, il sait
D’un cri étouffé trop longtemps.
Ne m’en voulez pas d’être miroir,
De refléter ce qu’on veut taire,
D’allumer, dans le noir le plus noir,
Une bougie de vérité amère.
Si je pointe du doigt la dame,
Si je refuse d’être son pilier,
Ce n’est pas pour brûler son âme,
Mais pour cesser d’être lié.
Ne m’en voulez pas d’être en vie,
D’avoir survécu au dîner
Où mon enfance fut servie
Sur un plateau de fleurs fanées.
Ne m’en voulez pas si je pars,
Vers un horizon plus clément,
Emportant avec moi mon art,
Et mes poussins doucement.
Je rends le masque et le costume,
Le tapis rouge s’efface derrière moi ;
Ma plume s’élance dans la brume,
Ne m’en voulez pas… je suis moi.

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