Chapitre 49 - Rémy

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Rémy avançait lentement dans la ruelle, la respiration courte, le cœur battant à tout rompre. Il avait quitté le cimetière il y a à peine quelques minutes, mais les images qu’il venait de voir refusaient de quitter son esprit. Nathan, assis sur le muret, entouré de quatre personnes. Deux d’entre elles semblaient le réprimander avec véhémence, un autre le taquinait, tandis que la troisième silhouette… l’une des têtes blondes… lui renvoyait un frisson. Son cerveau tentait de mettre de l’ordre dans ce qu’il voyait, mais chaque geste, chaque regard, chaque chuchotement s’inscrivait comme une énigme qu’il n’était pas sûr de pouvoir résoudre.

Le vent frais lui fouettait le visage, mais il ne le sentit presque pas. Son attention était entièrement captée par la scène devant lui. Et puis, il perçut les mots, à peine murmurés, mais suffisamment clairs pour glacer son sang. La tête blonde s’adressa à Nathan :

— Tu ne devrais jamais… Tu n’aurais jamais dû…
— Je sais, répondit Nathan à voix basse, comme s’il se parlait à lui-même, mais il ne dit rien d’autre.

L’autre tête blonde reprit, le ton tranchant :

— Tu as fait une erreur… Tu dois la réparer. Et crois-moi, tu vas en payer les conséquences.

Rémy sentit son cœur manquer un battement. La troisième tête blonde, elle, se contenta de sourire d’un air mauvais, presque moqueur, en croisant les bras. Le quatrième, un brun qu’il ne connaissait pas vraiment, restait en retrait, observant la scène, mais l’air tendu. Nathan semblait… accablé, presque écrasé par la pression de ces mots, incapable de répondre, les yeux baissés, les poings serrés.

Rémy recula d’un pas, la migraine lui montant instantanément derrière les yeux. Il connaissait Nathan. Il savait que ce dernier était quelqu’un de bien, quelqu’un qui avait tout fait pour les aider, pour réparer ce qui avait été brisé. Mais maintenant… la scène qu’il avait sous les yeux mettait tout en doute. Le ton, les murmures, les regards : tout semblait signifier que quelque chose de grave, d’irréversible, allait arriver, et que Nathan n’était pas en position de le contrôler.

— Pourquoi… pourquoi ils disent ça ? murmura Rémy pour lui-même, le souffle court. Pourquoi Nathan doit-il payer ?

Les mots résonnaient dans son esprit comme une mise en garde silencieuse. Il sentit son estomac se nouer, sa poitrine se serrer, et son souffle devenir irrégulier. Il voulait s’éloigner, fuir, mais quelque chose le retenait, une curiosité morbide mêlée à la peur. Était-ce Nathan l’erreur ? Ou l’erreur était-elle ailleurs ? Et ces trois têtes blondes… quel rôle jouaient-elles dans tout ça ?

Un frisson glacé lui parcourut l’échine. Il savait, instinctivement, que cette scène était plus qu’une simple altercation. Il venait de capter une information qu’il ne devait pas, et maintenant il portait un poids énorme sur ses épaules. Il sentit que son monde commençait à se flouter, que chaque détail qu’il avait observé devenait de plus en plus flou dans son esprit, et pourtant impossible à oublier.

Il ferma les yeux un instant, tentant de reprendre son souffle, et murmura :

— Nathan… qu’est-ce que t’as foutu ?

Mais aucune réponse ne vint. Nathan ne le voyait même pas, absorbé dans ses propres pensées, visiblement hanté par ce qu’il venait d’entendre. Rémy sentit une migraine sourde monter derrière ses yeux. Il fallait qu’il quitte la ruelle. Il avait besoin d’air, de lumière, de recul. Il avançait à petits pas, essayant de mettre une distance entre lui et cette scène oppressante.

De retour dans son appartement, Rémy s’effondra sur le canapé, le téléphone tremblant dans sa main. Ses pensées s’entrechoquaient, mélangeant la scène qu’il avait vue avec Nathan et les quatres têtes blondes, les deux Arthur, et la crainte sourde qui montait en lui. Chaque mouvement de Nathan semblait maintenant lié à quelque chose de plus vaste, quelque chose qu’il ne pouvait pas encore comprendre. Il sentait que le danger approchait, mais il ignorait encore sous quelle forme.

C’est à ce moment-là que le téléphone vibra. Rémy sursauta. Son souffle se coupa, ses mains tremblèrent. Était-ce le numéro inconnu ? Était-ce quelqu’un qui allait confirmer ses pires craintes ? Avec hésitation, il décrocha.

— Rémy… murmura la voix au bout du fil, calme mais ferme.

Il reconnut immédiatement le ton. Le numéro inconnu.

— Je… je… balbutia-t-il, incapable de trouver ses mots.

— Écoute bien, dit la voix. Ce que tu as vu… ce que tu as entendu… ce n’est pas un hasard. Nathan… ce qu’il a tenté de faire… il ne pouvait pas tout contrôler. Et maintenant, quelque chose se prépare. Quelque chose que tu dois savoir.

Rémy sentit son cœur s’emballer encore plus, son corps tressaillir sous l’intensité des émotions. Chaque mot semblait frapper son esprit comme un coup de marteau. Il savait que ce qu’il avait vu avec les trois têtes blondes et Nathan n’était pas anodin, que chaque mot murmurant cette “erreur” et ces “conséquences” avait un sens qu’il devait comprendre.

— Qui… qui ? demanda-t-il finalement, la voix tremblante.

Rémy serra le téléphone contre son oreille, incapable de respirer correctement. La voix, calme et froide, résonnait dans sa tête :

— Tu n’aurais jamais dû revenir à la vie.

Les mots tombèrent comme un éclair. Chaque synapse de son cerveau s’embrasa d’un électrochoc brutal. Tout ce qu’il avait ressenti jusque-là, toute l’angoisse qui montait depuis le cimetière, prit soudain un sens dévastateur.

C’était lui. L’erreur de Nathan. L’élément qui n’aurait jamais dû exister. Le vertige le prit, son corps se raidit. Les images des têtes blondes, de Nathan assis là, la pression des mots murmurés… tout s’alignait dans une vérité qu’il n’était pas prêt à accepter.

— Qui… ou… qu’est‑ce que… demanda-t-il, la voix tremblante. Qu’est‑ce que Nathan est pour contrôler ça ?

Mais aucune réponse ne vint. L’autre termina la conversation d’un geste sec, et le téléphone cliqueta, froid et silencieux dans la main de Rémy.

Rémy resta là, immobile, le regard vide, le souffle court. Ses mains tremblaient. Chaque pensée semblait tourner sur elle-même, répétitive et sans fin : Nathan… l’erreur… je suis l’erreur… Nathan… qu’est-ce que ça signifie ?

Le monde autour de lui semblait se dérober. Les murs de sa chambre, le canapé sur lequel il s’était affalé, tout s’estompait, comme si l’air lui-même refusait de lui laisser la moindre stabilité. Son esprit voulait hurler, mais aucun son ne sortait. Il savait désormais que tout ce qu’ils avaient vécu, tout ce retour à la vie… avait un prix. Et il venait de découvrir qu’il était ce prix.

Rémy porta une main à sa tête, essayant de chasser les pensées brûlantes et oppressantes. Chaque fibre de son être refusait de comprendre, mais le choc avait été trop fort, trop direct. Le silence après le raccroché était assourdissant. Il se rendit compte que rien n’allait plus être pareil. Nathan, ce qu’il représentait… les conséquences de ce retour à la vie… tout était désormais une menace personnelle, un poids qu’il ne pourrait jamais ignorer.

Il ferma les yeux, inspirant profondément, mais chaque respiration semblait impossible, trop lourde, trop chargée. Rémy savait qu’il allait devoir affronter cette vérité… mais il ignorait encore comment ni quand. Et dans un coin de son esprit, une crainte sourde, presque viscérale, commença à se former : Nathan était lié à tout ça… et il ne savait pas si Nathan était un allié ou une force qu’il ne pourrait jamais contrôler.

Le choc de la révélation le laissa figé, tremblant légèrement, les yeux rivés sur le téléphone éteint, comme si le simple fait de le toucher pouvait déclencher une réponse qu’il n’aurait jamais. Le monde autour de lui restait flou, irréel, et une certitude brûlante s’imposa : il venait de découvrir qu’il était l’erreur, et que cette erreur n’allait pas passer inaperçue.

Rémy se réveilla avec un goût métallique dans la bouche. Sa tête tambourinait, chaque pulsation résonnait dans son crâne comme un coup de marteau. La lumière blanche des néons de l’hôpital le fit cligner des yeux, aveuglé. Il porta une main à son front et sentit le bandage, une blessure qu'il c'était fait sur le rebord de la table, là où il avait chuté.

— Rémy… enfin éveillé.

La voix de Camélia lui traversa l’esprit. Il tourna lentement la tête et vit sa sœur penchée sur lui, les yeux humides mais soulagés. Elle serra sa main avec force, incapable de retenir quelques sanglots.

— Tu m’as fait peur… Deux jours… je n’ai pas arrêté de… de t’attendre, murmura-t-elle, la voix brisée.

Rémy voulut parler, mais sa gorge était sèche, comme si les mots avaient été avalés par un puits sans fond. Il inspira profondément, et le flot de pensées se précipita, incontrôlable : l’appel, la voix inconnue, la vérité… je suis l’erreur de Nathan.

Quelques instants plus tard, des silhouettes familières apparurent dans la chambre. Colin, Clark, Anita et Kelvin franchirent la porte, leurs visages figés par l’inquiétude. Tous retinrent un souffle en voyant Rémy éveillé, visiblement fragile.

— Rémy… tu vas bien ? demanda Colin, les traits tendus.

— Je… je crois, répondit Rémy, la voix tremblante. Mais il y a quelque chose que vous devez savoir…

Il raconta tout, chaque détail, lentement mais avec une clarté glaçante. Le moment où il avait vu Nathan entouré des quatre personnes, l’angoisse qui l’avait submergé, l’appel de ce numéro inconnu, et surtout :

— La voix… elle m’a dit que je n’aurais jamais dû revenir à la vie… que j’étais l’erreur… l’erreur de Nathan.

Un silence glacial s’installa. Chacun des revenants sentit la pièce se vider de chaleur. Anita, habituellement la plus vive, se figea, les bras le long du corps. Kelvin serra les poings, incapable de prononcer un mot. Clark baissa les yeux, son esprit en alerte, tandis que Colin fronçait les sourcils, songeant à tout ce que cette révélation impliquait pour eux tous.

— L’erreur… ? murmura Colin, presque pour lui-même.

Rémy hocha la tête, le visage blême, la voix à peine audible.

— Oui… moi… je suis… l’erreur.

Anita inspira profondément, brisant finalement le silence :

— Et… il y a autre chose, annonça-t-elle d’une voix tendue. Nathan… il a disparu. Depuis deux jours.

Tous se tournèrent vers elle, incrédules. Kelvin porta une main à sa bouche, Clark sentit son cœur s’emballer, et Colin resserra ses poings.

— Disparu ? répéta Rémy, incrédule, les yeux écarquillés.

— Oui… dit Anita. Et je suppose que tu es l’un des derniers à l’avoir vu, ajouta-t-elle, le regard fixe sur Rémy.

L’atmosphère devint encore plus lourde. Les respirations s’accélérèrent, et l’inquiétude devint palpable, presque tangible. Chacun comprit que ce n’était plus simplement une affaire de mystères ou de soupçons : Nathan, celui qu’ils pensaient peut-être protéger, celui qui avait agi pour eux, était désormais introuvable, et Rémy portait un lien direct avec sa disparition.

— C’est… énorme, murmura Kelvin. Et si… et si ce qu’il a fait pour nous n’était pas seulement de l’aide ?

— On doit être prudents, intervint Clark, le regard dur, fixant Rémy avec intensité. Chaque geste, chaque indice compte. Nathan a disparu… et nous devons comprendre pourquoi.

Rémy hocha la tête, incapable de parler davantage. Il sentait son corps encore trembler, ses mains moites sur les draps, son esprit en feu. Chaque seconde qui passait lui rappelait l’appel, cette phrase qui résonnait : tu n’aurais jamais dû revenir à la vie. Et maintenant, avec Nathan disparu, le monde semblait plus dangereux, plus imprévisible que jamais.

— On doit réfléchir… murmura Anita, rompant un silence de plomb. Tout ce que Nathan nous a donné… toutes les informations… tout ce qu’on a vu… ça doit nous servir. Mais on ne peut pas agir à l’aveugle.

— Et si quelqu’un d’autre… ? commença Kelvin, hésitant.

— On ne sait pas encore, coupa Clark, la voix ferme. Mais chaque détail qu’on a observé doit être mis en ordre. On doit anticiper. On ne peut pas se permettre une erreur.

Les regards se croisèrent. La gravité de la situation s’infiltra dans chaque recoin de la pièce. Chacun savait que ce qui allait suivre ne serait pas juste une enquête : c’était désormais une question de survie, et peut-être même de destin.

Rémy baissa les yeux, serrant ses genoux contre sa poitrine, la voix brisée :

— Je… je n’aurais jamais dû revenir… je comprends maintenant… je suis l’erreur.

Anita s’approcha de lui, posa une main sur son épaule, un mélange de fermeté et de douceur dans le geste :

— Et c’est pour ça qu’on est là. On va comprendre, on va veiller les uns sur les autres. Personne ne reste seul dans ça.

Rémy releva les yeux, la gorge nouée. Le poids qui pesait sur ses épaules était immense, mais la présence de ses amis, l’assurance dans leurs yeux, lui donna un peu de courage.

— Et Nathan… ? demanda-t-il, sa voix à peine un souffle.

— Il faudra qu’on le retrouve, dit Clark. Et pas seulement pour nous. Pour lui.

Kelvin hocha la tête, ses poings toujours serrés. Colin respira profondément, une tension visible dans ses mâchoires. Anita serra légèrement l’épaule de Rémy, l’incitant à ne pas flancher, à tenir face à ce chaos qui ne faisait que commencer.

— On commence maintenant, conclut Clark, déterminé. On note tout. On observe tout. Et on reste unis.

Rémy sentit une part de soulagement, mêlée à la peur. La vérité venait de s’abattre sur eux, lourde, impitoyable, mais le groupe était là, et pour la première fois depuis l’appel, il sentit qu’ils pouvaient affronter ce qui allait suivre.

Le silence retomba, pesant, mais cette fois il n’était pas vide. Il était rempli d’une promesse tacite : ils allaient chercher Nathan, découvrir la vérité, et comprendre ce que signifiait être l’erreur dans ce monde devenu instable.

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