Lettre à Editis
Monsieur Watelet,
Nous sommes les orphelins de l'Atelier des Auteurs. Abandonnés, livrés à nous-mêmes dans les ruines de ce qui fut un foyer, notre refuge, notre matrice littéraire. Vous avez géré ADA, puis vous l'avez laissé dépérir, tel un parent indigne délaissant son enfant sur le bord de la route.
Mais savez-vous ce qui est né dans les entrailles de ce site ? Des vocations. Des rêves. Des amitiés indéfectibles forgées dans le feu de l'écriture. Je suis l'un de ces enfants d'ADA, l'un de ces écrivains qui ont poussé leur premier cri entre les lignes des forums, qui ont fait leurs premiers pas hésitants dans les défis de la communauté.
Mes livres publiés portent l'ADN de l'Atelier, mes personnages sont nés dans ce bouillonnement créatif permanent. La petite fille, mon alter ego de papier, a vu le jour ici-même, dans le bouillonnement créatif des micros-nouvelles, tendant ses mots vers d'autres auteurs pour quémander un peu de leur talent.
Et que dire des liens créés au fil des échanges ? Fred, Bruno, Étienne, Shephard... Tant de noms, plus de noms encore, tant d’amitiés parfois silencieuses mais jamais oubliées.
Nous avons grandi ensemble, Auteurs en devenir liés par la passion et le partage. Nos joies, nos peines, nos victoires, nous les avons vécues main dans la main, un clavier sous les doigts. Nos voix se sont mêlées pour ne former qu'un seul cri, puissant, assourdissant : nous sommes écrivains, conteurs, poètes, et nous existons non pas grâce à ce site, mais souvent grâce aux envolées lyriques qui nous le permettent, grâce à la force d’une communauté qui nous a poussé, challengé, et toujours encouragé !
Mais aujourd'hui, notre cité des lettres n'est plus que l'ombre d'elle-même. Silence dans les forums, portes closes des ateliers d'écriture, défis orphelins, lectures orphelines … L'ardeur créative laisse place aux cendres de la désolation. Et nous, pauvres écrivains esseulés, contemplons avec horreur la mort programmée de notre communauté.
Monsieur Watelet, vous qui tenez entre vos mains le destin de ce lieu unique, entendez notre supplique. Nous ne sommes pas une variable d'ajustement, un dommage collatéral que votre position vous autorise à ignorer. Nous sommes des êtres de chair et d’encre, des artistes qui ne demandent qu'à exprimer leur art au sein de ce lieu.
Ne laissez pas le silence triompher. Ne laissez pas l'indifférence l'emporter sur la création. Chaque auteur qui se détourne, chaque projet qui avorte, c'est un rêve assassiné, un livre mort-né. Ne soyez pas le fossoyeur. Soyez celui par qui la flamme perdure. Celui qui transmet aux générations futures cet héritage de plumes et de pixels.
Redonnez-nous notre agora. Rendez-nous notre île au trésor littéraire. Faites revivre l'Atelier des Auteurs, pour que d'autres après moi connaissent le frisson incomparable de voir leurs mots prendre vie sous le regard bienveillant de leurs pairs.
Nous sommes votre plus belle réussite. Ne nous abandonnez pas.
Noureddine Qadiri
Un enfant d'ADA

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