Les humiliations d'Emma - 4
Est-ce que Christophe est plus contrarié que les autres jours, a-t-il eu des soucis au travail ? Ou bien est-il juste lui-même, un homme mauvais qui passe ses doutes et peurs en humiliant sa femme. Est-ce pour lui la seule façon de se sentir viril ?
Peu importe, quelle que soit la raison, il n’a aucune excuse pour ce qu’il s’apprête à faire. Il lève le bras au-dessus de lui et d’une geste rapide, gifle violemment celle qu’il a juré d’aimer et protéger pour la vie. Sous la brutalité du choc, la tête de sa femme bascule en arrière.
Le temps semble s’arrêter. Emma, les yeux écarquillés, pose la main sur sa joue déjà rouge. Elle ressemble à un animal blessé. Christophe la contemple, toute rage et colère enfuies, ne croyant pas en ce qu’il vient de faire. Il a franchi une limite, même lui le devine. Mal à l’aise, il se dandine d’un pied sur l’autre comme un enfant pris en faute. De grosses larmes bordent les cils d’Emma. Christophe devient livide, c’est à son tour de s’excuser.
— Je suis navré, je ne sais pas ce qui m’a pris. Tu m’as énervé, mais ce n’est pas une raison bien sûr. Je ne le referai plus. C’est vrai que des fois je m’emporte, mais c’est ta faute aussi, tu fais n’importe quoi. Pardonne-moi, je t’en prie. Tu sais que je t’aime et que je ne te ferai jamais de mal.
Il s’avance vers sa femme, les bras tendus en signe d’apaisement, l’air implorant. Cette dernière cependant paraît encore trop secouée, toujours en proie à l’émotion qu’a suscité un tel acte, pour vouloir tenter un geste de réconciliation.
La gifle semble avoir agi comme un déclic. Emma cesse de se frotter la joue, redresse les épaules, et d’une voix, qui, malgré des trémolos n’a jamais était aussi forte, dit :
— Jamais plus tu ne me toucheras.
— Bien sûr mon amour. Je suis désolé.
— Jamais plus tu ne m’insulteras, ne me rabaisseras.
— Oui, bon n’exagérons pas non plus. Je ne suis pas un tyran non plus, maugrée Christophe de mauvaise grâce.
— Si, mais tu ne t’en rends même pas compte. C’est ma faute également, je l’assume. Jamais je n’aurais dû te laisser me parler comme ça. Dès la première fois où tu m’as manqué de respect, j’aurais dû partir.
— Arrête, Emma s’il te plait. Nous sommes tous les deux bouleversés et tu vas finir par dire des mots qui dépassent ta pensée. Passons une petite soirée tranquille et oublions tout.
Emma ne peut retenir un ricanement de dédain. Son cœur tambourine dans sa poitrine. Elle a peur, et en même temps est étrangement excitée.
— Toi et moi, c’est fini. De toute façon, c’est terminé depuis longtemps. Nous ne voulions juste pas nous l’avouer. Notre relation m’a fait beaucoup de mal et je décide qu’à partir d’aujourd’hui tout ça doit cesser.
— Je te promets de changer.
Pour une fois, c’est Christophe qui semble atteint par les paroles de sa femme.
— Je ne crois pas que tu puisses et même si tu y arrivais, ce serait trop tard, je ne veux pas. Je ne suis plus amoureuse et depuis longtemps.
— Emma ! Tu n’as pas le droit de dire ça !
— Oh, arrêtons de nous mentir, de toute façon, pour me traiter comme tu faisais, tu ne devais pas m’aimer beaucoup non plus.
Christophe tente de reprendre le dessus, il n’accepte pas la situation. Il a eu un moment d’égarement, le reconnait, mais hors de question qu’il perde le contrôle de sa vie, de son couple, d’Emma. Il se fait menaçant.
— Si tu franchis cette porte, je te tue.
Le cœur d’Emma a un raté, pendant quelques secondes elle redevient l’épouse craintive du tyran. Sauf qu’elle ne veut plus de ce rôle. Elle respire un grand coup. Elle sait que si elle doit partir c’est maintenant, sans affaire, sans papier, sans se retourner. Si elle commence à faire sa valise, le cran lui manquera peut-être, et résignée, elle restera finir ses jours avec cet homme, qui a osé lever la main sur elle. Cet homme qu’elle a jadis aimé et qu’aujourd’hui elle hait. Non, demeurer ici n’est plus possible. Elle marche vers Christophe, le dépasse sans lui accorder un regard et s’approche de la porte d’entrée qu’elle ouvre.
La nuit est tombée, une lune ronde et blanche éclaire le quartier tranquille. Qui parmi ses voisins pourrait se douter du choix qu’elle est en train de faire ? D’ailleurs, elle-même, que sait-elle de ses personnes qui ne vivent qu’à quelques pas de chez elle ? Pour Emma, le moment n’est pas à toutes ces inutiles interrogations. Elle laisse la fraîcheur du soir caresser son visage. Fermant les yeux, elle s’enivre des odeurs du dehors. La jeune femme est presque heureuse. Enfin, elle a osé l’affronter. Après ça, elle n’aura plus peur de rien et surtout pas de l’avenir qui l’attend.
— Je pars. Tue-moi si tu veux, si je reste je meurs aussi de toute façon.
Et sans un regard en arrière, Emma quitte Christophe, son quotidien, ses habitudes, pour aller vers ce qu’elle ne connait pas. Elle fait un pas, un second et doucement elle ferme la porte derrière elle. Elle reste immobile quelques instants, puis une pensée réconfortante lui vient : elle est libre.
FIN

Annotations
Versions