CHAPITRE 35 : Un Aveu Inattendu

7 minutes de lecture

La nuit était complètement tombée, nos deux frères étaient assis face à face dans une petite taverne à l’ambiance chaleureuse. Les murs de pierre étaient soutenus par une charpente en bois visible de l’intérieur. Des chandeliers étaient suspendus un peu partout au plafond ainsi qu’aux murs, et de petites bougies étaient disposées sur chaque table.

L’intérieur de la bâtisse était bondé, il n’y avait plus une table de libre. La moitié des clients, déjà ivres, leur chope à la main, créaient un brouhaha qui permit à la discussion des jumeaux de passer inaperçue.

Les jumeaux mangeaient calmement un bon morceau de viande accompagné d’un bouillon et de quelques patates vapeur.

Fripon : Du coup ? Comment on fait pour la suite ?

Riwalo : - reposant son bol de bouillon - Je vais devoir me faire passer pour plus con que je ne le suis… Ça ne me plaît pas, mais je n’ai pas vraiment le choix.

Fripon : Ouais, mais c’est plus prudent. Et moi je dois changer quelque chose ?

Riwalo : De manière générale, non. Tu fais déjà gamin.

Fripon : Je ne sais pas comment le prendre…

Riwalo : Cependant, fais quand même attention. Tout comme moi, tu as certains réflexes que même des enfants entraînés n’ont pas.

Fripon : - parlant la bouche à moitié pleine - Je vois… Mhm, j’essaierai de faire gaffe.

Riwalo : Au fait, c’était sympa ta balade avec père ?

Fripon : Génial ! On s’est bien amusés et il nous a fait plein de compliments.

Riwalo : - sirotant son verre d’eau - Ça ne me surprend pas de lui. Je présume que vous vous êtes aussi affrontés.

Fripon : Comment tu sais ?!

Riwalo : Disons que c’est difficile d’imaginer le contraire quand tu laisses seuls des masochistes du combat ensemble dans une forêt.

Fripon : Je te permets pas ! (Même si c’est vrai…)

Les jumeaux finirent leur repas, puis après avoir payé, ils quittèrent la taverne.

Riwalo : Je te laisse rentrer à l’auberge. Je vais marcher un peu, je te rejoins après.

Fripon : Oki pas de problème ! À toute !

Fripon partit en direction de l’auberge en sautillant gaiement, satisfait de son repas.

Riwalo, lui, continua de marcher pendant une bonne vingtaine de minutes, déambulant dans la ville sous le ciel étoilé de ce monde.

La Lune comme seule compagne, il poursuivit sa marche, plongé dans ses pensées, jusqu’à atteindre la grande avenue principale de pavé blanc, encadrée de ses arbres de glycine majestueux.

Notre protagoniste s’assit sur un banc en pierre, sous l’un de ces magnifiques arbres, le contemplant avec émerveillement.

Les reflets de la Lune qui perçaient entre les sublimes grappes de fleurs violettes illuminaient les cheveux blancs de Riwalo, leur donnant des mèches argentées.

Ses yeux hétérochromatiques étaient comme hypnotisés par le mouvement des fleurs au rythme du vent.

Riwalo : Et maintenant… que faire… ?

??? : J’ai presque envie de te demander de ne pas bouger pour pouvoir te peindre, tellement cette scène te met en valeur.

Riwalo reconnut la voix féminine qui s’adressait à lui. Il baissa la tête en direction de l’avenue pour voir Céléna s’approcher de lui, un sourire tendre sur les lèvres, ses cheveux écarlates se balançant sous la brise.

Riwalo : Je ne m’attendais pas à te croiser ici…

Céléna Crimson : Moi non plus. Je peux ?

Riwalo : Oui, bien sûr.

Céléna s’assit à côté de Riwalo sur le banc de pierre. Elle se positionna plutôt près de lui, faisant comprendre à ce dernier que ce moment relevait du cadre intime et non d’une quelconque formalité.

Céléna Crimson : On ne peut pas dire que tu sois la personne avec le visage le plus expressif du monde… mais je t’ai rarement vu avec une mine aussi abattue. Tu veux m’en parler ?

Riwalo : À quoi bon… ? Ça ne changerait rien à la situation…

Céléna posa sa main sur le sommet de la tête de Riwalo avant de caresser doucement ses cheveux. Ce dernier ne réagit pas spécialement, ce qui était étonnant venant de quelqu’un qui évitait tout contact physique non nécessaire.

Céléna Crimson : - d’une voix douce - Peut-être en effet. Mais tu auras au moins vidé ce que tu as sur le cœur. Vouloir tout affronter seul n’est pas la solution, Riwalo. Accepte de faire confiance pour montrer tes faiblesses.

Il tourna la tête, croisant le regard écarlate de Céléna. Il lui répondit d’une voix faible, presque vulnérable.

Riwalo : Je te fais confiance… même si je ne saurais pas dire pourquoi…

Un petit sourire se dessina sur les lèvres rosées de l’elfe.

Céléna Crimson : Je le sais.

Elle attrapa gentiment la tête de Riwalo et la plaça sur ses jambes, continuant de lui caresser doucement les cheveux.

Céléna Crimson : Dis-moi ce qui te tourmente tant.

Riwalo : Si je t’en parle… tu me promets de le garder pour toi et toi seulement… ?

Céléna Crimson : Tu en as ma parole.

Riwalo hésita un instant. Lui qui ne vivait que par la logique, sa raison lui hurlait de ne rien dire, que c’était beaucoup trop risqué.

Mais dans sa vie antérieure, jamais, jamais personne n’avait pris le temps de le réconforter ainsi.

Personne ne lui avait jamais tendu la main de cette manière, ni même pris le temps d’écouter ce qu’il ressentait…

Alors peut-être que… juste une fois, une seule toute petite fois…

Il pouvait laisser le masque de côté et être le vrai lui.

Riwalo appuya un peu plus sa tête sur les jambes de Céléna avant de prendre une grande inspiration.

Riwalo : Je… j’ai menti… Cet après-midi, c’était un mensonge…

Céléna sourit, touchée par l’honnêteté de Riwalo et le courage qu’il lui avait fallu pour s’ouvrir. Elle continua ses légères caresses, avec un mélange d’affection et d’envie de le rassurer. Et lui répondit d’une voix calme et douce.

Céléna Crimson : Je le sais. Et j’ai été impressionnée par tes talents de comédien. Elemethia et Aliénore n’y ont vu que du feu.

Riwalo : Oui, à ta réaction je m’en étais douté… Qu’est-ce qui m’a trahi ?

Céléna Crimson : En soi, rien d’apparent. Les elfes ressentent plus facilement les émotions des gens qui les entourent. Moi particulièrement. Et je sentais que derrière tes larmes, il n’y avait pas la moindre tristesse.

Riwalo : Je vois… Décidément, c’est tellement différent ici…

Céléna Crimson : Encore cette formulation ? Mhm… Quelle est la vérité derrière tout ça alors ?

Riwalo : Si je te le disais, tu ne me croirais pas…

Céléna Crimson : Vu l’honnêteté dont tu fais preuve, je n’ai aucune raison de ne pas te croire, Riwalo.

Il hésita une nouvelle fois à répondre.

Riwalo : La raison derrière mon “intelligence”, ma maturité ou encore mes analyses… c’est parce que… parce que… - il inspira profondément - Fripon et moi… on ne vient pas de ce monde…

Céléna s’arrêta, surprise par ce que venait de dire Riwalo. Puis après un court moment de réflexion, elle afficha un grand sourire et reprit ses caresses.

Céléna Crimson : Je vois… En effet, ça explique bien des choses.

Riwalo ne comprit pas la réaction de Céléna. Ça défiait toute logique.

Riwalo : Pourquoi me crois-tu… ?

Céléna Crimson : Pourquoi me mentirais-tu ?

Riwalo ne sut pas quoi rétorquer… Il décida donc de continuer son histoire.

Riwalo : On vient d’un monde sans magie. Fripon et moi étions deux amis de 21 ans tout à fait ordinaires qui vivions ensemble… Mais à cause d’un accident dans notre logement, nous sommes tous les deux morts. Après ça, nous nous sommes fait réincarner dans la peau de deux bébés qui venaient de naître. C’est comme ça que nous sommes devenus les enfants de Vahélor et Aliénore.

Céléna l’écoutait avec attention. Elle ne savait pas quoi répondre, partagée entre surprise et curiosité.

Riwalo : - souriant, amusé - Comme on a gardé tous nos souvenirs, c’était très dur au début de devoir faire les bébés qui ne savaient pas parler… Surtout avec cet imbécile heureux. Mais c’est pour ça que je suis si “mature”, et c’est aussi pour ça que je comprends la magie différemment. Car j’utilise un raisonnement qui n’existe pas dans votre monde.

Céléna Crimson : Ça répond à quasiment toutes les questions que l’on avait depuis tout ce temps… Et je suppose donc que cette langue bizarre dont parlait Aliénore, c’est votre langue de votre monde ?

Riwalo : Oui, en effet. - parlant en français - Je t’apprécie énormément, Céléna.

Céléna Crimson : Que viens-tu de dire ?

Riwalo laissa échapper un léger rire amusé.

Riwalo : Ça, c’est un secret !

Céléna gonfla les joues en faisant la moue, vexée de ne pas pouvoir comprendre. Et la discussion continua ainsi un long moment, chacun parlant de son monde respectif.

Sans exagération, Céléna et Riwalo étaient sûrement les deux personnes les plus froides et fermées émotionnellement aux yeux des gens. Et pourtant, c’est quand ils se retrouvaient tous les deux qu’ils étaient les plus humains.

Céléna Crimson : Et c’est un lieu magnifique ! Tu ne trouves pas ?

Un léger silence s’installa. Céléna baissa alors la tête vers ses jambes pour y voir un Riwalo endormi, plus calme et détendu qu’elle ne l’avait jamais vu.

Un sourire attendri se forma sur son visage.

Céléna Crimson : Petit idiot… Tu vas attraper froid à dormir dehors comme ça.

Elle porta Riwalo et se leva du banc, le ramenant à l’auberge. Après quelques minutes de marche, elle entra dans la chambre de Riwalo et allongea ce dernier dans son lit. Elle prit soin de le recouvrir délicatement des draps, puis elle déposa un léger baiser sur son front.

Céléna Crimson : Repose-toi bien, Riwalo.

Elle quitta la pièce et partit de son côté, laissant Riwalo au bras de Morphée, qui se chargea de le reposer de cette longue et fatigante journée… pour entamer de plus belle celle de demain.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Les deux Otakus ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0