CHAPITRE 44 : Sardénia, la ville portuaire

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La calèche ralentit enfin, ses roues crissant contre les pavés blancs qui annonçaient l’entrée de Sardénia. Fripon écarta légèrement le rideau de velours et resta bouche bée.

Sardénia n’avait rien d’un simple port.

C’était une cité prospère, ordonnée, lumineuse, bâtie sur plusieurs niveaux de terrasses qui descendaient en pente douce jusqu’à la mer intérieure.

Les rues pavées formaient un quadrillage presque parfait, bordées de bâtiments élégants aux façades claires, ornées de balcons en fer forgé et de grandes fenêtres à croisillons.

Les toits, d’un bleu ardoise uniforme, donnaient à la ville une harmonie presque artistique.

Yuri, accoudé à la vitre, observa la scène avec un calme analytique.

La calèche descendit une large avenue bordée de colonnes sculptées.

Des marchands en habits colorés discutaient devant leurs échoppes, où s’alignaient des étoffes fines venues de Sylphis, des épices de Pyranxine, des bijoux nains et même quelques artefacts magiques venus des contrées démoniaques.

Tout respirait la richesse.

Pas la richesse ostentatoire de la noblesse, mais la richesse du commerce, du mouvement et des échanges.

Fripon : On dirait une ville de carte postale.

Yuri : Une ville de la Renaissance, oui. C’est propre, organisée, prospère et surtout armée.

Fripon leva les yeux.

Sur les toits, il aperçut des silhouettes en armure légère, patrouillant avec une discipline impeccable.

Les gardes de Sardénia, réputés pour être les plus stricts du royaume de Sardon, scrutaient l’entièreté de la cité.

La calèche poursuivit sa route jusqu’à une petite place où se trouvait l’hôtel de ville, avant de s’arrêter.

Yuri : Nous sommes arrivés.

Il se leva et ouvrit la porte, laissant Fripon descendre avant de le rejoindre en se plaçant légèrement derrière lui.

Leur moyen de transport quitta alors les lieux.

Fripon : Tu fous quoi ? Rapproche-toi, je vais choper un torticolis pour te parler.

Yuri : Un majordome ne peut se tenir au même niveau que son maître.

Fripon : Détends-toi… On n’est pas encore à l’académie.

Yuri l’ignora totalement.

Yuri : Vous voyez le bâtiment à droite de l’hôtel de ville ? C’est notre lieu de repos pour ce soir. Nos affaires pour Revery nous y attendent. Je vous propose d’explorer la ville et de nous coucher tôt pour être en forme demain matin.

Fripon : Hein ? Explorer la ville ? Mais on vient d’arriver, j’ai faim, j’ai mal au dos, j’ai les jambes en compote et—

Yuri : Vous êtes un Charlorieux. Vous survivrez, Monsieur. - dit-il avec un calme insolent, les mains derrière le dos -

Fripon : Je vais t’en mettre une un jour, je te jure…

Yuri : Vous menacez votre majordome en public. Très élégant. Très discret. Très… Fripon.

Fripon : T’es vraiment insupportable.

Yuri esquissa un sourire à peine perceptible, puis se tourna vers la rue principale.

Le soleil commençait à descendre, projetant une lumière dorée sur les façades blanches de Sardénia.

Les ombres s’allongeaient, les marchands rangeaient leurs étals, et les lanternes magiques s’allumaient une à une, donnant à la ville une atmosphère chaleureuse et presque festive.

Yuri : Nous avons quelques heures devant nous avant que la nuit ne tombe. Je vous conseille de vous familiariser avec les lieux. Sardénia est vaste, mais elle est construite de manière logique. Si vous vous perdez ici… je n’ose imaginer ce qui vous arrivera à Revery.

Fripon : C’est bon, c’est bon… On va visiter. Mais si je tombe dans l’eau, tu me repêches.

Yuri : Je vous laisserai flotter quelques minutes. Pour la leçon.

Fripon : … Je te déteste.

Ils commencèrent à marcher dans les rues pavées, entourés de passants élégants, de marchands pressés et de voyageurs venus des quatre coins du continent.

Fripon tournait la tête dans tous les sens, émerveillé par chaque détail.

Yuri, lui, observait tout avec une précision chirurgicale : les gardes, les ruelles secondaires, les enseignes, les flux de mana, tout.

Mais c’est en continuant leur chemin qu’ils croisèrent un groupe d’individus portant un uniforme deux pièces.

Des chaussures en cuir marron, un pantalon gris clair, une chemise blanche, une veste de costume vert foncé et une cravate rouge.

Sur l’épaule gauche, on pouvait voir quatre barres horizontales brodées.

Fripon : Oh… On dirait des élèves de Revery, non ?

Yuri : Affirmatif. Quatre barres… Ce sont des quatrième année.

Le groupe avançait d’un pas assuré, presque trop assuré.

Ils discutaient entre eux, riant fort, ignorant totalement les passants qui s’écartaient sur leur chemin.

Leur attitude respirait la confiance… ou l’arrogance.

L’un d’eux, un garçon blond aux cheveux tirés en arrière, tourna la tête vers Fripon et Yuri.

Ses yeux bleu acier se posèrent sur eux, les analysant en une fraction de seconde.

Il ralentit. Ses camarades aussi.

??? : Tiens, tiens… On dirait qu’on a des nouveaux.

Fripon : Hein ? On a une pancarte sur la tête ou quoi ?

??? : Pas besoin. Tu dégages l’odeur du petit noble fraîchement débarqué. Et lui - pointant Yuri du menton - … L’odeur du majordome qui se prend trop au sérieux.

Yuri ne broncha pas.

Pas un muscle ne bougea.

Il resta droit, mains derrière le dos, expression neutre.

Yuri : Je vous remercie pour votre analyse. Elle est… fascinante.

Fripon : (On peut dire qu’il a un très bon odorat.)

Le blond arqua un sourcil, surpris par le ton parfaitement poli de Yuri.

??? : Vous êtes drôles, vous deux. Je me présente : Lucius Malfait.

Une fille du groupe, rousse, aux yeux verts, s’approcha d’un pas.

Lucius Malfait : Elle, c’est Béatrice Van Boeken.

Béatrice Van Boeken : Vous allez à Revery demain, n’est-ce pas ? On reconnaît les nouveaux à dix kilomètres.

Fripon : Ouais. Et alors ?

Elle sourit, un sourire un peu trop confiant.

Béatrice Van Boeken : Alors… bonne chance. La première année, c’est toujours un carnage.

Un autre élève éclata de rire.

??? : Surtout pour les petits nobles qui pensent que leur nom va les sauver.

Fripon : Désolé de vous décevoir, mais nous on arrive directement en deuxième année. Comme ça, pas de carnage.

Lucius Malfait : Hein ? Attendez, sérieusement ?

Béatrice Van Boeken : Vous plaisantez ? Ça n’arrive presque jamais !

Fripon se mit à sourire.

Fripon : Non, je ne plaisante pas. C’est l’autre petite elfe qui m’a invité ici, avec mon esc… mon majordome.

Yuri : Maître, montrez un peu plus de respect envers Dame Rosethorn, je vous prie.

Les trois élèves devinrent livides.

Le troisième garçon avança.

Il était brun, aux yeux marron, plus grand que les deux autres.

??? : Je refuse de croire que vous parlez de notre Directrice comme ça. C’est impossible qu’elle vous ait invités… Elle ne l’a fait que trois fois en deux cents ans. La dernière fois, c’était pour le prodige, mais même lui a dû commencer par la première année.

Le garçon s’avança vers Fripon en essayant de l’attraper par le col.

Mais avant même qu’il ne le remarque, il sentit un unique doigt se poser sur sa glotte.

Yuri était devant lui.

Yuri : Avec tout le respect que je vous dois, je ne peux vous laisser vous en prendre à mon maître.

??? : Pour qui tu te prends, sous-race ! Les domestiques ne valent pas mieux que des esclaves ici ! Et tu oses me menacer ? Moi ?! Le grand Aaron de Saint-Arc !

Les yeux de Yuri s’ouvrirent avec surprise, avant de reprendre son calme habituel.

Yuri : Je vois. Je vous présente mes hommages.

Aaron de S.A : Co… Comment ça… ?

Yuri : Eh bien, pour la mort de Frédéric.

Le groupe se figea instantanément.

Aaron de S.A : Comment sais-tu ça, toi ?!

Yuri : Vous lui ressemblez. La même arrogance. J’espère pour vous que vous avez au moins son niveau. Car sinon, je crains que notre affrontement soit déjà en votre défaveur.

Aaron de S.A : Espèce de sale—

Béatrice Van Boeken : Aaron, ça suffit ! On s’en va.

Il serra les dents avant de rejoindre le reste du groupe. Ces derniers partirent sans ajouter un mot.

Fripon : Ils étaient lourds…

Yuri : Mais surtout… de Pyranxine.

Fripon : Bon bah on fait quoi, du coup ? On a perdu beaucoup de temps, il va déjà commencer à faire nuit.

Yuri : Restons-en là pour aujourd’hui. Rentrons nous reposer.

Ils entamèrent la route du retour sans un mot.

Ce n’est qu’une fois arrivés à leur auberge, sous les dernières lueurs du soleil, que Fripon parla.

Fripon : Par contre je ne comprends pas… On a eu une vue globale sur la ville… On en a même visité une partie. Et pourtant aucune académie super stylée. C’est quoi cette arnaque !

Yuri : Vous êtes un cas désespéré…

Yuri soupira puis pointa le ciel du doigt. Fripon leva la tête et aperçut une énorme île flottant haut dans le ciel.

Fripon : OH MAZETTE, POUDLARD !

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