CHAPITRE 63 : La cage d’escalier

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Un mois passa.

Un mois entier où les journées s’enchaînèrent sans qu’aucun d’entre eux ne s’en rende vraiment compte.

Une vraie routine s’était installée, les cours du professeur Vael devinrent de plus en plus exigeants.

Les entraînements de l’après-midi, eux, devinrent presque sacrés pour Léo, Charlotte et Alizée.

Et Yuri… Yuri devint malgré lui une référence de l’académie.

Les rumeurs sur le “majordome prodige” n’avaient pas cessé.

Elles s’étaient même amplifiées.

Dans les couloirs, on entendait souvent :

– C’est lui, Mercury.

– Il a dépassé Ryoma Van Astrean. – C’est vraiment un majordome ce type ?

Yuri faisait semblant de ne rien entendre, mais intérieurement, il mourait un peu plus chaque jour.

Surtout que pendant ce mois, il avait fait des efforts indéniables pour le contrôle de son mana et l’appréhension de nouveaux sorts. Et même préparé plusieurs stratégies pour une potentielle confrontation verbale avec le Conseil.

Reyna, elle, n’avait pas digéré ses défaites.

Pas une seule fois.

Chaque matin, elle arrivait en classe avec des cernes monstrueuses, preuves qu’elle s’entraînait jusqu’à l’épuisement.

Et chaque fois que son regard croisait celui de Yuri, une étincelle meurtrière s’allumait dans ses yeux écarlates.

Fripon, de son côté, avait passé le mois à alterner entre deux activités : manger… et s’entraîner.

Contre toute attente, et surtout contre toute logique, il avait réellement fait des efforts. Il avait arrêté de viser systématiquement l’entrejambe (enfin… presque arrêté).

Il avait amélioré sa précision, appris à encore mieux stabiliser son mana, et même commencé à réfléchir avant d’agir. Juste un peu.

Il restait Fripon bien sûr : bruyant, dramatique, et parfois complètement à côté de la plaque. Mais il était devenu plus sérieux, plus appliqué, et surtout… un peu moins idiot.

Même Yuri avait dû l’admettre à demi-mot.

Yuri : (Bon… Il progresse. Lentement. Très lentement. Mais il progresse. Après 33 ans c’est pas trop tôt…)

Charlotte avait lu tout son livre d’hydromancie en une semaine. Puis elle en avait lu un autre, puis un troisième. Elle posait désormais des questions à Vael auxquelles même lui devait réfléchir avant de répondre.

Léo avait enfin compris comment stabiliser un sort sans se l’exploser au visage.

Il ratait encore, mais il ratait proprement.

Et pour lui, c’était déjà un miracle.

Alizée, elle, avait changé.

Elle ne tremblait plus quand elle lançait un sort.

Elle parlait un peu plus fort.

Elle souriait plus souvent.

Et surtout, elle ne baissait plus les yeux quand quelqu’un la regardait.

Les semaines s’étaient enchaînées ainsi, rythmées par les cours du matin, les entraînements de l’après-midi, les lectures, les repas, et les petites discussions.

Petit à petit, sans qu’ils ne s’en rendent compte, les quatre élèves étaient devenus un vrai groupe d’amis, un groupe soudé, complémentaire et presque inséparable.

C’est donc lors du 2ᵉ jour du 2ᵉ mois de l’an 1000 de l'ère Taurine que nous récupérons nos protagonistes pour continuer la suite de l’histoire.

Yuri et Fripon montaient tranquillement les escaliers pour rejoindre la chambre de Yuri.

Le reste du groupe était parti à la bibliothèque pour récupérer des livres, laissant les deux garçons seuls pour régler une affaire importante.

Fripon parlait comme d’habitude, les mains derrière la tête.

Fripon : Et du coup, tu voulais me parler de quoi exactement ? Un truc supra méga secret ? Un pouvoir inconnu ? SI C’EST ENCORE UNE CONSOLE RÉTRO C’EST NON !

Yuri : Pour rappel, VOUS êtes celui qui aviez voulu cette console. Moi j’étais contre.

Fripon : C’est pas parce que c’est vrai que t’as raison.

Yuri : Oui, maître.

Ils montèrent encore quelques marches.

Puis un bruit sourd résonna dans la cage d’escalier.

Un coup.

Puis un autre.

Puis un gémissement étouffé.

Yuri s’arrêta net.

Yuri : … Vous avez entendu ?

Fripon plissa les yeux.

Fripon : Ouais. Et ce n’est pas le bruit d’un élève qui tombe dans les escaliers… ça, c’est le bruit d’un élève qui se fait défoncer.

Ils accélérèrent le pas.

Arrivés au palier du troisième étage, ils virent la scène.

Un jeune homme-bête, un renard aux cheveux roux, recroquevillé contre le mur.

Son sac éventré.

Ses livres au sol.

Ses bras levés pour se protéger.

Et devant lui…

Lucius Malfait avec un sourire mauvais, et Béatrice Van Boeken les bras croisés, l’air dédaigneux.

Malfait donna un coup de pied dans les côtes du renard.

Lucius Malfait : Alors ? On fait moins le malin maintenant ?

Béatrice soupira.

Béatrice Van Boeken : Lucius, fais attention. Si tu le casses trop, on va encore devoir le traîner jusqu’à l’infirmerie.

Le renard étouffa un sanglot.

Homme-bête : P… pitié…

Fripon sentit son sang bouillir.

Fripon : Oh non… Pas encore ces deux-là.

Il fit un pas en avant, poings serrés.

Fripon : Hey ! Les deux déchets de la société ! On vous a jamais appris à taper quelqu’un de votre taille ?!

Malfait se retourna, surpris.

Lucius Malfait : Comment ? Comment vous êtes ici ?

Fripon haussa un sourcil.

Fripon : Bah… en marchant ? Tu veux un dessin ?

Mais Yuri, lui, comprit immédiatement.

Et son expression se durcit.

Cet escalier n’était pas l’escalier principal. C’était la cage d’escalier de service, celle que personne n’utilisait jamais.

Un escalier étroit, sans fenêtres, sans décorations, sans passage.

Un endroit oublié de tous, sauf du personnel de nettoyage.

Un endroit parfait pour…

Yuri : (… Pour frapper quelqu’un sans témoin.)

Lucius fronça les sourcils, comme s’il venait de réaliser quelque chose.

Lucius Malfait : Personne n’utilise cet escalier. Il n’est même plus sur les plans du château. Alors comment vous–

Fripon éclata de rire.

Fripon : Ah bah ça, c’est simple ! Yuri doit rester discret sur le fait de monter à l’étage car sa chambre est au 5ᵉ avec la directrice et les invités et…

Il se tut.

Fripon : (Je viens de faire une boulette là.)

Yuri soupira longuement, plaçant sa main droite sur son visage avec résignation.

Yuri : (Je retire mon avis sur lui… Il est toujours aussi con.)

Béatrice sourit, dangereusement.

Béatrice Van Boeken : Alors comme ça… le petit majordome a une chambre au cinquième étage, avec la directrice et les invités de marque ?

Elle croisa les bras, son regard brillant d’une lueur dangereuse.

Béatrice Van Boeken : Intéressant. Très intéressant même.

Yuri : (La meilleure solution serait de les supprimer tout de suite. Mais voyons d’abord où la discussion peut mener.)

Fripon : Bref, vous foutiez quoi avec l’homme-bête là ?

Un silence lourd tomba dans la cage d’escalier.

Lucius et Béatrice échangèrent un regard.

Un regard qui disait clairement : “On s’est fait choper.”

Puis Béatrice éclata d’un rire sec, hautain, presque théâtral.

Béatrice Van Boeken : On lui apprenait sa place. C’est tout.

Le jeune homme-bête trembla, les oreilles plaquées contre son crâne.

Homme-bête : J… je n’ai rien fait… je voulais juste… juste monter…

Lucius ricana.

Lucius Malfait : Ouais, ouais. Tu voulais juste monter. Comme si t’avais le droit d’utiliser les mêmes escaliers que nous.

Fripon serra les dents.

Fripon : Vous êtes vraiment des sous-merdes.

Lucius se tourna vers lui, toujours avec son sourire mauvais aux lèvres.

Lucius Malfait : Tu parles beaucoup pour quelqu’un qui n’a même pas le courage de se battre sans viser les—

Yuri : Lucius.

Lucius se figea.

Le ton de Yuri n’était pas menaçant.

Il n’était même pas élevé.

Il était… plat.

Vide. Glacial.

Yuri : Tu vas répondre à la question de mon maître. Pourquoi l’avez-vous agressé ?

Béatrice leva les yeux au ciel.

Béatrice Van Boeken : Parce qu’il nous a bousculés. Voilà. Fin de l’histoire.

Le renard secoua la tête, paniqué.

Homme-bête : N… non ! Je… je vous ai juste croisés ! Je n’ai même pas—

Lucius Malfait : TA GUEULE.

Il leva la main pour le frapper à nouveau.

Fripon bondit.

Fripon : TOUCHE-LE ET JE TE—

Une main se posa sur son épaule.

Yuri.

Encore.

Yuri : Maître. Reculez.

Fripon ouvrit la bouche pour protester… mais il vit l’expression de Yuri.

Et recula.

Le majordome s’avança tranquillement vers les deux ordures.

Yuri : Inutile de vous salir les mains.

Lucius sourit, croyant avoir gagné.

Lucius Malfait : Voilà. C’est mieux comme ça. Maintenant, dégagez avant que je—

Yuri disparut.

Une fraction de seconde.

Un souffle.

Un battement de cœur.

Puis—

BAM

Yuri agrippa le visage de Lucius avant de le plaquer violemment au sol.

Pas de magie, pas de technique martiale sophistiquée.

Juste un simple coup.

Lucius gisait au sol, grimaçant et gémissant de douleur, sa tête ayant heurté violemment la pierre.

Yuri, lui, se redressa et se tapota les mains, comme pour essuyer ses gants d’une saleté.

Yuri : Bon, ça c’est fait.

Béatrice regarda le résultat, horrifiée.

Béatrice Van Boeken : Non mais tu es complètement malade ?!

Yuri se tenait là, immobile.

Son regard était glacial.

Aucun tremblement.

Aucune hésitation.

Yuri : Je t’avais dit de le lâcher.

Fripon resta bouche bée.

Fripon : … BORDEL YURI TU L’AS DÉMOLI, ON VA AVOIR DES PROBLÈMES.

Yuri : Eh bien qu’ils viennent. La plaisanterie a assez duré. Je n’ai fait qu’appliquer le règlement de l’école. Aucune discrimination ne sera tolérée.

Il s’accroupit près du jeune renard, l’aidant doucement à se relever.

Yuri tendit la main sur les blessures du garçon, et un cercle runique bleuté fit perler de petites gouttes d’eau.

Yuri : Hydromancie érudite : Eau réparatrice.

Béatrice, elle, tremblait de rage.

Béatrice Van Boeken : Tu vas le payer ça, majordome de pacotille. Tu vas le payer très cher.

Yuri leva les yeux vers elle.

Et elle recula.

Yuri : Tu vas te plaindre au Conseil ? Pour dire quoi ? “On a tabassé un gamin car on est débiles et le méchant majordome nous en a empêchés” ?

Elle serra les dents et les poings, frustrée.

Béatrice Van Boeken : Espèce de petit…

Yuri : Au fait, un mot sur le fait que je me rende au 5ᵉ étage… et je peux vous garantir que c’est la dernière fois que vous parlerez de votre vie.

Le majordome simula un ciseau avec ses doigts, faisant clairement allusion au fait de leur couper la langue.Béatrice déglutit difficilement.

Elle se dépêcha de porter Lucius sur son dos et de dégringoler les escaliers vers l’infirmerie, mettant fin au conflit.

Le jeune garçon remercia Yuri et Fripon un bon millier de fois en s’inclinant, avant d’également redescendre au rez-de-chaussée.

Yuri : Bien. Nous avons pris du retard, maître.

Yuri reprit donc calmement sa montée vers sa chambre, suivi de près par Fripon.

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