Merci Renée !

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Installé à mon bureau, j’essaie de me concentrer, sans succès malheureusement, sur le tableur que j’ai ouvert et qui doit m’aider à faire ce rapport d’activité que je dois rendre pour la fin de la semaine. Il faut dire que Laura, ma voisine du bureau, est assise en face de moi et que toute mon attention est tournée vers elle. Depuis qu’elle a rejoint l’entreprise, je suis attiré par elle et mon rendement a grandement diminué suite à son arrivée.

Elle a tout pour plaire, cette jolie jeune femme. Ses cheveux bouclés d’un blond cendré sont comme une auréole autour de son visage d’ange. Ses pommettes bien dessinées que j’effleure chaque matin lorsqu’elle me salue sont une invitation aux caresses et ses lèvres pulpeuses me donnent des envies de baisers fougueux et passionnés. Et que dire de ses yeux malicieux dont le bleu profond me fait penser à l’océan, avec ses reflets changeants en fonction de ses humeurs ?

J’ai beau tourner et retourner la question dans tous les sens, il n’y a pas de doute, je suis amoureux. L’amour au premier regard comme disent les anglo-saxons, un vrai coup de foudre. Quand elle entre dans mon champ de vision, je perds tous mes moyens. Moi qui suis d’habitude plutôt du genre à bien m’exprimer, à animer des réunions ou faire des présentations sans avoir à chercher mes mots, quand elle est là, je ne sais plus aligner trois phrases. Elle doit penser que je suis un complet idiot, un collègue gentil mais incompétent et surtout pas du tout intéressant.

Une légère odeur de vanille se fraie son chemin jusqu’à mon cerveau et quand je me redresse, je constate que Laura se tient juste derrière mon épaule. Elle pose une main sur mon bras pour me faire arrêter de travailler et me sourit avec un air un peu taquin que je trouve adorable.

— Renée m'a dit que tu en pinçais pour moi, Vincent et que tu rêverais de m'inviter à boire un verre, mais que tu es trop timide pour le faire. Ce serait dommage qu'elle se trompe car je te trouve très mignon.

Je ne sais plus où me mettre et je dois être rouge du bout de mes orteils à la pointe de mes oreilles. Non seulement, je suis grillé sur l'attraction que je ressens pour elle mais en plus, elle me trouve mignon ? Merci Renée.

— Renée ne se trompe pas, parviens-je à énoncer doucement.

Pathétique, cette réponse… Mais cela ne décourage pas ma jolie collègue.

— Eh bien, pourquoi pas demain, après la réunion d'équipe, alors ! Je te laisse choisir l'endroit.

Je n'ai pas le temps de lui répondre que déjà elle repart à sa place et qu'il ne me reste que cette délicieuse odeur de vanille pour me rappeler que ce qui vient de se passer n’est pas une hallucination. J'hésite à aller la voir et inventer une raison de ne pas l'inviter demain, mais je n'en trouve aucune de valide et je me résigne à affronter mon destin. Vraiment, merci Renée.

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Lorsque je me retrouve dans ce bar du centre-ville le lendemain face à elle, après cette interminable réunion d’équipe, je dois une nouvelle fois lutter pour trouver mes mots. Elle a revêtu une petite jupe sombre et un chemisier cintré de couleur claire qui épouse magnifiquement ses courbes et semble ravie de passer ce petit temps en ma compagnie. J’ai l’impression de n’être que la moitié de moi-même et en plus, pas la meilleure moitié. C’est comme si me retrouver en sa compagnie enlevait tout ce qui fait mon originalité, mes aspérités et différences.

— Tu es vraiment un grand timide, n’est-ce pas ?

Grillé de chez grillé. Encore une fois, je rougis et j’aimerais me transformer en petite mouche pour pouvoir m’enfuir loin de son regard si pénétrant et pour autant sans jugement.

— Je ne le suis pas d’habitude… Si tu veux tout savoir, me lancé-je, c’est quand je suis avec toi que je perds tous mes moyens. Tu dois me prendre pour un véritable imbécile…

— Mais non ! Je trouve ça mignon et touchant que je te fasse autant d’effet ! Et j’ai passé une agréable soirée en ta compagnie, Vincent. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ta personnalité me plaise autant que ton physique, même si mes amies me l’ont dit, impossible pour moi de résister à un barbu sexy.

Je rêve ou elle vient de me complimenter à la fois sur mon physique et sur ma personnalité ? C’est vrai que je m’entretiens et que je suis plutôt sportif, mais de là à me qualifier de sexy, je n’en reviens pas.

— J’ai pourtant l’impression que ma personnalité, je ne te l’ai pas vraiment dévoilée. Je… Tu veux un autre verre ? Ou alors, je peux te raccompagner chez toi ?

— Ah non, j’arrête de boire sinon je vais commencer à faire des folies. Tu sais que je serais capable de t’embrasser si je bois trop ?

— Il va falloir qu’on recommande alors, souris-je en me détendant pour la première fois de la soirée.

— Coquin ! Dommage pour toi, je me suis promis de rester sage, ce soir… Mais peut-être que demain, si tu réitères ton invitation, je ne résisterai plus à tes propositions ? me taquine-t-elle en posant sa main sur la mienne. Ça te dit de venir passer la soirée chez moi ? En tout bien, tout honneur, évidemment.

J’ai du mal à réaliser que je suis en train d’accepter d’aller passer une soirée dans son intimité, son chez-elle qu’elle va me faire découvrir. Et si demain était le grand jour que j’attends depuis que je la connais ?

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La journée a été longue, l’attente insupportable malgré les sourires échangés depuis nos bureaux respectifs, mais au moment de partir et de quitter l’agence, Laura est venue me rejoindre et c’est ensemble que nous avons fait le chemin jusqu’à son appartement. Je suis incapable de réaliser que c’est bien en train d’arriver et que je suis assis sur le canapé qui trône devant le sapin de Noël qu’elle a agrémenté avec tout un tas de petites décorations.

— Alors, on dirait que tu as de nouveau disparu derrière ta timidité, me taquine-t-elle. Je ne vais pas te manger, tu sais.

— Désolé, Laura, c’est juste que je n’arrive pas à croire que je suis là, chez toi. Il y a deux jours, on n’avait presque jamais parlé ensemble… C’est fou.

— Ce qui est fou, c’est que depuis ce premier jour où je suis arrivée à mon poste, je te trouve mignon, j’ai envie de te parler et qu’il a fallu que Renée s’en mêle pour que je fasse le premier pas. Je sais que ce n’est pas très traditionnel et j’espère que tu ne m’en veux pas de mon attitude un peu cavalière quand je suis venue t’inviter.

Comment pourrais-je lui en vouloir d’avoir permis à mon rêve de devenir réalité ? Elle est folle de penser ça !

— Oh que non. Si tu n’avais pas fait ce premier pas, je serais encore en train de me languir sans oser te parler. Alors que là, il me semble que si je te le demande, tu accepteras de m’embrasser et tu feras de moi le plus heureux des hommes.

— Le plus heureux des hommes ? Rien que ça ? plaisante-t-elle en s’installant à genoux sur le canapé, juste à côté de moi. Et alors, qu’attends-tu pour me le demander ?

Mon cœur bat à une vitesse folle et j’hésite encore avant de me lancer. Et pourtant, tous les signaux sont au vert : son regard plein de désir, sa main posée nonchalamment sur ma cuisse, son corps tourné vers moi. Je fais un effort pour combattre la partie de mon être qui me dit d’attendre et de ne pas céder, et je fais taire cette petite voix qui me souffle “Et pourquoi pas demain, plutôt ?” Pris d’une soudaine inspiration, je déclame en parfaite improvisation :

Laura,

J’ai l’impression d’avoir attendu une éternité

Pour te réclamer ce simple baiser

Je ne veux désormais plus patienter

C’est aujourd’hui que je voudrais t’embrasser

Ne reportons pas à demain,

J’ai trop besoin de ce câlin

Émue et amusée par ma tirade, Laura se penche vers moi et dépose ses lèvres sur les miennes. Je réponds d’abord timidement à ce baiser avant de me laisser emporter par l’ardeur de la passion qui nous enflamme. Lorsqu’enfin, elle s’écarte un peu pour reprendre son souffle, je réalise la chance que j’ai de l’avoir dans mes bras.

— Merci Renée ! lancé-je fougueusement.

Nous éclatons de rire et n’attendons pas demain pour commencer le début de cette nouvelle vie à deux.

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