23  [contenu sensible]

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    Nous nous installons sur le canapé, impatients, fébriles, prêts à découvrir le contenu de cette mystérieuse cassette, sans titre ni jaquette, qui occupait le haut de l'étagère du salon chez Ludo. Celui-ci est d'ailleurs le seul à en connaître la teneur, mais veut nous faire la surprise. Selon lui, c'est énorme.

    C'est parti ! Ludo pousse la cassette dans le magnétoscope quand soudain apparaît en gros plan un cul bronzé, huilé, d'une beauté hors du commun... De la viande douce embrochée par une autre plus raboteuse, de la viande dans de la viande. C'est rapide, violent, ça coulisse sans accroc, jusqu'au fond comme s'il fallait déchirer, désarticuler, compoter les organes, tout détruire... Une mécanique incessante, un piston frénétique. Les chairs claquent. La femme gémit. L'homme jette des grognements bestiaux, exprime son animalité... J'assiste à une attaque, une mise à mort.

    Nous sommes tous les quatre concentrés, les yeux écarquillés, tels des gamins à Disneyland. Aucun film ne m'a jamais montré le sexe de façon aussi démonstrative. Même ceux de la six paraissent bien fades à côté d'autant de réalisme.

    Le cadrage change. Les acteurs apparaissent entièrement. Une brune à lunettes, du genre secrétaire, vêtue d'un chemisier blanc duquel dépasse ses gros seins, se met à genoux, bouche ouverte, langue tirée, devant un type musclé, crâne rasé, mâchoire carrée, qui semble être son patron. Plusieurs jets blancs, abondants, atteignent les lunettes, le visage et la bouche de la secrétaire souriante. La caméra zoome sur son visage gracieux, enjoué et souillé.

    C'est grisant. Je me plais à imaginer qui je veux à la place de cette fausse secrétaire : la prof pénible, la fille hautaine que je croise au collège, ou n'importe quelle fille à l'origine d'une frustration. Beaucoup d'hommes doivent être dans cet état d'esprit devant ce genre de film, où la secrétaire, l'infirmière ou l'étudiante n'est que l'incarnation d'une femme qui un jour les a blessés.

    — Elle a l'air d'aimer ça...

    Ludo s'apprêtait à répondre à Roubine mais se jette brusquement sur la télécommande, pris de panique. Il aurait entendu un bruit de voiture. Il jette un œil par la fenêtre et ses parents sont en effet de retour. Nous voilà tous les quatre frustrés dans notre découverte, puis inquiets à l'idée que ses parents découvrent notre occupation. Nous entendons leurs pas fouler le gravier. Ludo éjecte la cassette et se dépêche de la remettre en place tout en haut de l'étagère. La porte s'ouvre.

    — C'est quoi tout ce monde ?

   — On regardait la télé Maman.

    — Ouais ouais... J'aime pas trop que t'invites des gens sans prévenir.

   — C'est bon on comptait s'en aller.

    Sur ces derniers mots de Ludo, nous passons devant les parents, têtes baissées, pressés de sortir, puis pensons – je présume qu'on a tous cette pensée – à une prochaine occasion de visionner cette vidéo. Et tout cela, bien sûr, me rappelle à quel point Eva me manque. On est censés se voir avant la rentrée, pour l'anniversaire de Roubine. Du moins elle essaiera de venir...

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