Epilogue
Je respire doucement l'odeur des chrysanthèmes environnants.
"Un anniversaire de plus, pas le tien, ni le mien, mais le nôtre. Huit ans d'amour, même si la distance est écrasante depuis six ans. Six ans que je n'ai pas entendus le son de ton rire, presque soixante et onze mois sans te voir, deux mille cent trente-sept jours que tes lèvres ne se sont pas posées sur les miennes... Tu me manques tellement."
Je soupire, il est loin maintenant, ce jour où il m'a répondu. Elle est loin notre aventure... Je me relève, époussette mes genoux couverts de terre sèche avant de passer deux doigts entre les pétales de ma rose blanche. Voilà donc la seule chose qui me rapproche le plus de lui. Un morceau de marbre et une fleur. Je m'éloigne à contrecœur de sa tombe clair. Le cimetière est désert, une nouvelle fois me voici le seul vivant parmi les morts... Seulement cette fois, je ne peux pas les voir.
Je passe le portail rouillé et m'enferme dans ma voiture avec un soupir. Je me sens vide, les jours sombres d'espace en ce moment, mais ceux qui reste sont toujours plus noirs... J'ai mal à l'estomac et j'ai la gorge serrée par les larmes. Pourtant, je ne me laisse pas le temps de respirer, si je le fais, je sais que je peux rester là des heures hors Stella m'attend. Stella, c'est ma collègue et nouvelle meilleure amie, elle tient le café-musique avec moi et parfois, quand les enregistrements de Tyler sont trop compliqués à écouter pour moi, c'est elle qui joue dans un coin de la salle. Sa voix est douce et elle fait de la guitare acoustique, totalement l'inverse de Tyler qui me faisait rêver avec sa voix rauque et ses paroles plus rock'n'roll.
Je tente de me concentrer sur le ronronnement du moteur, mais mes larmes sont en roue libre. Elle brouille ma vision, mais je ne m'arrête pas pour autant, je roule encore et encore. Ce n'est pas la bonne route, je ne rentrerai pas chez moi par ici. Mais je m'en fiche, j'ai besoin d'air... Par un miracle de Dieu, ou devrais-je dire, de la Déesse des vivants, je n'ai aucun accident ? La jauge d'essence clignote depuis déjà une demi-heure lorsque je m'arrête au bord d'une plage. J'ai roulé pendant plus de cinq heures pour me retrouver sur la plage... Bordel...
J'envoie un message à Stella pour excuser mon absence avant de lâcher mon téléphone dans le sable. Quitte à être ici... Je retire chaussures, chaussettes et haut et marche doucement vers l'eau. Elle est gelée et anesthésie mes chevilles, pourtant, je ne m'arrête pas pour autant. Lorsque les vagues viennent frapper le haut de mon torse, je réalise où je suis... Mon corps avance seul, mon cerveau a comme cessé de fonctionner... J'observe le soleil se coucher à l'horizon et lorsqu'il n'y a plus que les étoiles pour m'éclairer. Je fais un pas de plus, puis un autre jusqu'à ne plus avoir pied. A-t-elle sonné minuit ? L'horloge de ma vie ? Sans vraiment que je m'en rends compte, je libère tout l'air que contiennent les poumons et cessent de battre des pieds. Mon corps sombre doucement dans les abysses de l'océan, là où repose déjà mon esprit...
Puis le visage de celle que j'attends apparaît :
"Bonsoir Gabriel... Je ne pensais pas te revoir de ci-tôt, mais il faut croire que l'attente ne te réussit pas toi non plus... J'en connais un qui sera ravi de te revoir... Tu es prêt ? Je t'emmène revoir ton bien aimé..."
Elle s'incline et sa main attrape la mienne. Je n'ai pas mal, ce n'est pas douloureux. C'est comme un dernier souffle, comme une brise passagère. Oui, bonsoir Harcogne. Oui, emmène-moi et ne me renvoie plus...
FIN

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