Fin
Naeliya le regarda faire un pas en avant, aussi raide qu’un piquet, jusqu’à ce qu’il arrive à côté du lit. Il la dominait de toute sa taille, mais elle avait l’impression que le pouvoir avait passé de main pour être entre les siennes. Il la toisa de ce regard fauve qu’elle connaissait bien pour le sentir sur elle assez souvent, quand Samsara apparaissait. Naeliya sourit.
— Bonsoir, Monsieur Samsara, dit-elle.
Un grondement lui répondit.
— Je sais à quoi vous ressemblez, maintenant, sourit-elle.
Kim en resta choqué. Il ne savait pas qu’elle connaissait le vrai visage physique de son démon intérieur.
— Comment est-ce que tu sais à quoi il ressemble ? l’interrogea la voix grave, voire caverneuse, de l’Oni.
— Quand j’étais inconsciente, avant de ne plus pouvoir vous voir, raconta-t-elle, sans se départir de son magnifique sourire. Je lui ai retiré son masque.
Le démon gronda de nouveau.
— Je n’ai pas peur. Ni de toi ni de lui ou de la bête, murmura-t-elle, se redressant sur les genoux pour leur faire face.
Même ainsi, elle restait petite face à Kim qui ployait sa nuque pour la regarder. Pourtant, c’était elle qui le tenait par une laisse invisible. Elle était sa maîtresse. Sa véritable gardienne. Elle avait cette aura douce, mais piquante que Taeliya ne pouvait avoir. Pourtant, il ne reprendrait pas ses paroles auprès de la femme de son ami. Elle serait celle qui les guiderait, mais Naeliya était sa vie, son tout et surtout, son coeur. Mais la voir dans sa chemise, à demi ouverte sur sa poitrine qu’il avait déjà touchée, goûté et surtout apprécié, le rendait fou. Comment pouvait-elle avoir un tel pouvoir sur lui ? Sur eux ? De là où il se trouvait, il pouvait voir le pansement qui recouvrait la plaie de son opération. Sa colère le submergea.
Délicatement, contrastant avec cette fureur qui se déversait en lui telles les vagues d’une mer en pleine tempête, il lui prit le menton et caressa sa bouche du pouce. Son regard luisant trahissait ses émotions. Celles qu’il partageait avec Samsara et la bête que Naeliya semblait avoir apprivoisé. Captant son regard, la jeune femme compris ce qu’il voyait et ce qu’il pouvait bien ressentir en cet instant, aussi décida-t-elle de passer ses doigts sur les boutons noirs de la chemise pour les défaire, dévoilant ainsi son pansement, mais aussi sa lingerie, cadeau de Sonia.
— Merde, gronda-t-il. Naeliya. Où t’as trouvé ça ?
— C’est mon cadeau d’anniversaire, de la part de Sonia, répondit-elle, un sourire mutin sur les lèvres.
— Sonia, souffla l’Oni, un sourire carnassier étirant un coin de sa bouche. Cette femme a un certain goût pour la provocation.
— Tu n’aimes pas ? demanda-t-elle, faisant cette moue d’enfant qui le faisait toujours flancher.
— Mon ange, il n’y a rien qui me déplaît chez toi et encore moins dans ce genre de tenue, répondit-il d’une voix rauque. Pourquoi avoir pris une de mes chemises ?
— Parce qu’elle porte ton odeur et que j’aime les porter sur moi.
Kim dû faire appel à tout le self control dont il était capable pour ne pas la dévorer sur le champ. Ce qui le gardait dans la réalité était ce grand pansement en dessous de ses seins. Rappel morbide qu’elle avait failli mourir.
— Kim.
— Mon ange ?
— Déshabille-toi, ordonna-t-elle, le regard rivé dans le sien.
D’abord surpris, il sourit finalement, portant les mains aux premiers boutons de sa chemise qu’il défit lentement, prenant bien le temps de savourer l’instant, observant l’attitude de la femme qu’il aimait. Celle-ci suivait le chemin que prenaient ses doigts, ouvrant un peu plus à chaque fois, les pans de son vêtement, jusqu’à le faire tomber sur le sol, dévoilant un torse musclé, ferme et bardé de cicatrices. Mais alors qu’il allait déboucler sa ceinture, Naeliya s’approcha, à quatre pattes sur le matelas, montrant sa chute de reins et sa croupe à son compagnon qui eu grand mal à déglutir.
— Que fais-tu ?
— J’explore, répondit-elle, posant ses mains sur le bas du ventre plat de cet homme puissant qui était le sien.
Elle passa la pulpe de ses doigts sur sa peau, découvrant ce corps qu’elle connaissait dans le noir. Le voir de si près lui donnait l’impression de le voir pour la première fois, bien que techniquement ce soit le cas. Mue d’une envie soudaine, Naeliya posa sa bouche sur le sternum de son compagnon qui retint son souffle.
— Nae… Naeliya, souffla-t-il.
Son soupir devint une complainte quand il sentit sa langue lui caresser le corps. Il serra les poings, mais ne put tenir très longtemps. Kim attrapa la nuque de sa compagne et la ramena à lui pour posséder ses lèvres avec une faim dévorante, alors qu’il s’allongeait sur le lit, avec elle. L’Oni caressa son visage, sa gorge, sa poitrine, pinçant un téton qui quémandait son attention, reconnaissant son maître, puis Kim se dirigea vers l’entre-jambe de sa belle qui s’arquait déjà, comme si elle avait anticipé le plaisir qu’il allait lui donner. Le simple fait que son corps sache, que son esprit se rappel, le faisait sourire. Elle n’avait effectivement pas peur de lui, mais cela ne voulait pas dire que c’était réciproque avec les autres. Il avait remarqué qu’elle ne touchait plus ses amies, ni même les enfants. Bien qu’Elios lui fasse des câlins, elle restait sur la défensive. Pourtant, avec lui, même en présence de Samsara et de la Bête, elle se laissait toucher, caresser, voire même embrasser. Elle avait confiance en lui et c’était ce qui le touchait le plus.
Sa femme, sa compagne, son monde et l’inverse valait aussi.
Il déposa sa bouche sur le pansement et la sentit se tendre furtivement.
— Naeliya. Je ne vais pas tenir très longtemps.
— Je ne t’ai pas demandé de le faire, rétorqua-t-elle, visiblement dans l’attente.
Kim se redressa pour terminer de se déshabiller, laissant sa belle le découvrir pleinement. Il était imposant, dans tous les sens du terme. Son corps était taillé par des années d’entraînements et de combats. Il transpirait une aura de puissance et de férocité qui aurait fait fuir n’importe qui, mais pas elle. C’était ce dont elle avait besoin. Il le comprit assez vite.
Naeliya passa ses doigts sur le soutien gorge qu’elle portait et en fit sauter le fermoir devant elle pour décrocher la protection et laisser sa poitrine visible. Kim se jeta presque dessus, la dévorant avec délice. Il massa sa poitrine, joua avec tout en l’aspirant pour la rendre plus sensible. Naeliya gémissait et sa voix remplissait leur maison ainsi que les oreilles de l’Oni qui ne pouvait qu’apprécier cette mélodie. Samsara ronronnait de plaisir et voulu l’entendre plus. Il força le corps de Kim à s’insérer en elle, sans même lui permettre de se débarrasser de sa culotte. Le cri qu’elle poussa les fit presque jouir.
Enfin ! rugis le démon heureux. Enfin je l’entends !
Kim s’enfonça dans son corps, reprenant sa place, la faisant vibrer de ses coups puissants qui butèrent en elle. Naeliya était secouée de toutes parts, telle une poupée desarticulée. Elle s’accrocha à ses épaules pour se hisser plus proche de lui et l’embrasser. Les trois démons fusionnèrent pour laisser libre court à leur plein désir de la faire leur et de l’entendre les appeler. Pourtant, dans cet amour, ils se refusèrent à la blesser, ne voyant que ce pansement qui couvrait une partie de son corps. Ils ne cessèrent de l’embrasser, de prendre soin de ne pas lui faire du mal tout en l’embarquant dans une chevauchée endiablée qui la ravissait. Chaque fois qu’il s’enfonçait en elle, Naeliya pouvait le sentir pulser. Chaque fois que leurs corps se touchaient, elle sentait le cœur de l’Oni battre à tout rompre.
C’était infernal et à la fois beau. Il l’installa sur lui, tenant ses fesses dans ses larges mains brûlantes, la soulevant pour mieux la laisser glisser sur lui et sentir ses chairs se refermer autour de son sexe comme un étau humide et agréable.
Quand le moment arriva enfin, Kim, Samsara et la bête grondèrent en chœur, déclenchant l’orgasme dévastateur qui faucha Naeliya dans leurs bras.
— Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime ! Naeliya !
— Je t’aime aussi ! réussit-elle à dire, entre deux spasmes.
Kim la prit contre lui, s’allongeant sur le lit en bazar, caressant le dos de sa compagne qui reprenait son souffle.
Elle savait qu’ils étaient loin d’être satisfaits et elle aussi. Mais les trois démons étaient sages et ne voulaient aucunement la brusquer. Pourtant, quelques instants après, ses cris résonnèrent de nouveau dans la maison. Et ce, jusqu’à l’aube du lendemain.
[…]
La vie reprit doucement son court et cette fois, Naeliya put exercer son art avec une meilleure visibilité. Ceci dit, Stein décida de l’engager pour les affaires du clan, avec l’approbation de Noah et de sa femme, bien entendu.
Kim n’avait pas besoin de s’inquiéter de la laisser seule à la maison ou de devoir l’accompagner chez ses parents quand il devait se déplacer pour une mission. Naeliya et Taeliya se rendaient ensemble au manoir ou alors dans les ateliers de l’artiste, si elle avait besoin d’aide. Stein utilisaient les aptitudes diverses de Naeliya dans ses affaires, car même s’il n’était plus réellement à la tête du clan, il continuait toujours de travailler pour ses plans personnels.
De leur côté, Christopher et Louisa avaient le plaisir de revoir leur fille, telle qu’elle avait été avant l’accident. Elle souriait bien plus, même s’ils avaient remarqué son malaise à s’approcher des gens, mais elle travaillait dessus auprès de Joe et d’un psychiatre qu’il lui avait conseillé. Quant à Mafia, elles se voyaient régulièrement, avec Taeliya, Sonia et Aliya, afin de discuter et de prendre des nouvelles. Depuis l’incendie, la pauvre vivait très mal son retour chez ses parents, mais surtout, elle restait évasive quand on abordait le sujet des Oni et surtout quand le nom de Carl était mentionné.
Malgré les douleurs et les expériences traumatisantes qu’elles avaient chacune vécu, que ce soit Taeliya, Naeliya ou encore Mafia. Les trois jeunes femmes se découvraient une amitié qui s’endurcirait probablement avec le temps.
Pour ses 25 ans, Kim l’avait demandé en mariage, mais aucun d’eux n’avait envie de précipiter l’affaire, se disant qu’ils avaient encore un peu de temps, même si le travail de l’Oni était dangereux et pouvait le priver de sa vie à tout instant, sa belle venait à peine de recouvrer la vue, il ne voulait la presser. Il lui suffirait d’attendre qu’elle soit totalement remise pour préparer la cérémonie et poser les questions indiscrètes à sa famille. Pour l’heure, ils étaient heureux tels qu’ils étaient et c’était sans doute la chose la plus importante à leurs yeux.
Ce que l’avenir leur donnera, ils le verront plus tard. Mais pour aujourd’hui, l’amour, l’amitié et la famille c’était ce qui avait le plus de valeur dans leurs cœurs.
Fin.

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