Prologue
Il peine à avancer dans la tranchée, ses pas aspirés par un épais mélange de boue et de sang. Les détonations assourdissantes des obus et le crépitement des mitrailleuses l’empêchent de se concentrer. Pourtant, il doit rassembler ses hommes au plus vite.
Il se hisse au rebord de la tranchée, la paume écorchée par le bois éclaté, et lève le bras.
— En avant !
Le cri se perd dans la détonation suivante. La terre jaillit en gerbes sombres, retombant en pluie sur les casques et les épaules des soldats.
Des cris, des gémissements, des pleurs se mêlent au fracas. L’air sent le métal brûlé et le ciel est noirci par la fumée des explosions.
Adrien se hisse hors de la tranchée. Devant lui, le sol n’est plus qu’un champ labouré de cratères et de silhouettes immobiles. La ligne ennemie se devine à peine dans l’épaisse fumée.
— Avec moi !
Il se met à courir. Ses bottes s’enfoncent dans la boue, mais il continue. Autour de lui, ses hommes surgissent, glissent, se relèvent, disparaissent dans la brume grise.
Le vacarme emplit tout — obus, cris, éclats, souffle.
Une explosion éclate tout près.
Le choc le frappe, lui arrache l’air des poumons. Une chaleur fulgurante traverse sa poitrine. Il perd l’équilibre, surpris plus que de douleur, et tombe à genoux dans la boue.
Un bourdonnement emplit ses oreilles.
Puis plus rien.
Un long silence.
Il tente de se redresser. La fumée se dissipe, la boue se retire, la lumière du ciel change peu à peu. Devant lui, une clarté blanche, diffuse, sans source, absorbe tout.
Il ouvre la bouche pour appeler ses hommes, mais aucun son ne sort.
Autour de lui, il n’y a plus rien.
Le monde disparaît.

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