Je ne sais pas pourquoi elle a criée autant
Journal – 3 novembre
Je ne comprends toujours pas pourquoi ils continuent de me poser les mêmes questions. Pourquoi ils insistent. Je leur ai déjà tout dit.
Je n’ai rien fait.
C’est ce que j’ai répété au commissaire, encore et encore, même s’il me fixait comme s’il attendait autre chose. Mais que pouvait-il espérer ? Que je me mette à genoux ? Que je pleure ? Je ne suis pas ce genre de personne.
Je tiens bon. Même sous pression.
Je n’ai jamais voulu de mal à Claire. C’était une amie. C’est ce que je continue de dire. Nous avons eu des différends, certes. Elle n’était pas facile. Très... excessive. Mais de là à croire que j’aurais pu lui faire du mal ? C’est absurde.
Et puis, si quelqu’un devait lui en vouloir, ce n’est pas moi. Elle avait un don pour énerver les gens, je l’ai souvent dit.
Beaucoup de gens la trouvaient insupportable. Il aurait suffi qu’un d’eux craque.
Je n’ai pas bougé de chez moi ce soir-là. J’ai lu, comme d’habitude. J’aime cette routine. Elle me calme. C’est ce que j’ai dit à l’inspecteur, et il a noté, sans lever les yeux. Comme s’il savait déjà que ce que j’allais dire n’avait aucune valeur.
Mais je ne suis pas stupide : je sais ce qu’ils insinuent.
Ils cherchent une faille.
La vérité, c’est qu’on m’en veut. On me regarde comme si je portais quelque chose de sale sur moi, quelque chose qu’on ne peut pas laver. Pourtant, j’ai nettoyé tout ce que j’ai pu. Tout ce qui pouvait prêter à confusion. On sait comme les apparences peuvent être trompeuses, surtout la nuit.
Je pense à elle parfois. À son regard, ce soir-là. À la façon dont elle m’a parlé. Ce n’est pas un ton qu’on emploie avec quelqu’un qui vous aime, vous comprenez ? Je l’ai regardée, longtemps, en silence. Elle a dit que je faisais peur. Que je devenais quelqu’un d’autre.
Mais je suis toujours resté moi-même.
C’est elle qui ne voulait plus voir qui j’étais.
Je ne me reproche rien. Si je devais recommencer cette soirée, je ne changerais rien à ce que j’ai fait. Je resterais à ma place. Je ne bougerais pas. Encore une fois.
Je n’ai pas levé la main sur elle. C’est elle qui s’est approchée.
Je suis fatigué de justifier l’évidence. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas violent. Je suis calme. Méthodique.
Ceux qui me jugent ne voient que les conséquences. Pas ce qui les précède.
Je n’ai rien fait.
Je me suis seulement défendu.
Et à vrai dire… je ne comprends pas pourquoi elle a tant crié.

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