Chapitre 8 : Le Microsillon

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Vendredi 15 juillet 1988. 11h. Le Microsillon.

Marie-France replia le plan de la ville dans son sac à main. La veille au soir, le couple avait trouvé porte close chez leur fils. Déçue, elle espérait bien le voir, aujourd’hui, en chair et en os.

— Jean, j’ai trouvé, c’est ici ! s'exclama Marie-France, impatiente.

Jean Lapierre admirait la devanture estivale du Microsillon. Une sélection de jazz bossa nova avec quelques albums incontournables d’artistes tels qu’Antonio Carlos Jobim, Caetano Veloso, Luiz Bonfá ou encore le duo Elis Regina et Tom Jobim.

— Regarde Marie-France, tu reconnais l’album, au fond à gauche ?

— Bien sûr chéri, comment oublier cette chanson de João Gilberto sur laquelle tu m’as accordée ta première danse !

— Tu te souviens de cette soirée brésilienne improbable ? Qu’est-ce que nous avions ri ! Tu n’arrêtais pas de me marcher sur les pieds avec tes talons de jeune demoiselle ! gloussa Jean Lapierre.

— J’avais fini pieds nus, ah, ah, ha ! Je me demanderai toujours comment j'ai pu ce soir-là perdre mes chaussures !

— Oui, c’est cela ma chère, comme si tu ne savais pas que je travaillais déjà dans le magasin de chaussures de mon père !

Marie-France fit gentiment la sourde oreille.

— Et là, devant toi, ils ont aussi le disque de la musique du film de Luc Besson ! Entrons, si tu veux bien, dit-elle, poussant la porte d’entrée.

Ils saluèrent le vendeur, debout derrière son comptoir. Il leur souhaita la bienvenue.

— Si vous avez besoin de quoique ce soit, une référence ou autre, n'hésitez pas messieurs dames, je suis à votre disposition.

Le couple le remercia et commença à passer en revue les différents rayons, s’arrêtant ça et là, prenant le temps de regarder certains vinyles. Marie-France montra à son mari une compilation des années 60, entamant un début de twist tout en sifflotant un air connu. Son mari s’en amusa mais lui fit signe, de son doigt sur la bouche, que le disquaire les regardait. Marie-France leva les yeux au ciel gentiment, avant de reposer le vinyle. Elle n’était pas la seule à se laisser entraîner de la sorte. À côté du comptoir, une adolescente écoutait au casque une musique visiblement accrocheuse, penchant la tête avec entrain, battant du pied la mesure. Marie-France rejoignit son mari à la caisse. Elle profitait de l’air frais d’un petit ventilateur posé à côté.

— C’est la première fois que nous entrons dans votre établissement. Votre vitrine est remarquablement bien achalandée ! félicita Jean, enthousiaste.

— Merci monsieur, c’est très aimable à vous.

— Je me présente : Jean Lapierre et voici mon épouse. Nous souhaiterions savoir si notre fils Tristan est ici.

À ces mots, la jeune fille enleva son casque et fila à l’autre bout du magasin. Tous la regardèrent sans comprendre, mais sans se poser plus de questions avant de revenir à leur conversation.

— Tristan ? Votre fils ? Ravis de vous rencontrer messieurs, dames. Je suis le gérant du Microsillon, son patron en somme. Malheureusement Tristan ne travaille pas aujourd’hui. Ni demain d’ailleurs. Je lui ai donné quelques jours de vacances pour ce long week-end du 14 juillet. Votre fils a une oreille musicale remarquable. Doublée d’un sens de la vente. C’est rare pour son âge, croyez-moi !

— Tristan a toujours été un jeune homme travailleur, qui ne rechigne jamais à la tâche ! s’empressa d’ajouter monsieur Lapierre, une pointe de fierté dans la voix.

— Nous parlons bien de votre fils, à n’en pas douter monsieur Lapierre !

Marie-France regarda estomaquée son mari avant d’ajouter.

— Quel dommage qu’il ne soit pas là !

— Il sera ici lundi après-midi dès 14h si vous le voulez bien. Je ferme la matinée.

— Rassurez-vous, nous comprenons, naturellement ! Nous avons nous-même un magasin de chaussures. Nous savons ce que c’est ! Mais nous reprenons la route lundi matin, alors…, ajouta Jean avec un sourire de connivence.

Le gérant le gratifia à son tour d’un sourire entendu.

— Serait-il possible de vous acheter le disque compact de cette bande originale que j’ai vu en vitrine ? Celle du Grand Bleu s’il vous plaît.

— Mais très certainement, nous en avons d’autres en rayon, je vais vous la chercher, ne bougez pas.

Le disquaire s’empressa de quitter son comptoir pour leur apporter l’objet désiré.

— Je vous dois combien ? dit Jean en sortant son portefeuille de sa sacoche en cuir qu’il portait en bandoulière.

La météo de la journée annonçait des températures élevées jusqu'à la fin du week-end. La chaleur étouffante de l’extérieur ne les surprit pas donc plus que cela lorsqu’ils sortirent du magasin. La suite du programme de leurs vacances ? Il suffisait pour Jean de suivre son épouse, qui marchait droit devant elle, avec son plan, de nouveau déplié dans les mains.

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