Chapitre 19 : J'ai fait un rêve (Attrape rêve)

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Cette nuit, j'ai fait un rêve. Je retrouvais les quatre hommes de ma vie dans un petit café. Nous rigolions, plaisantions et discutions. Nous étions assis dans le fond de la salle à l'abri des regards. Nous jouions comme des ados à "action ou vérité". Mike taquinait Jérémie en lui donnant tout un tas de petits noms, Alexis et Tom ne pouvaient contenir leurs fous rires. Je n'arrivais pas à les quitter des yeux. Tout semblait si réel. Je pouvais les effleurer du bout des doigts. Nous étions si heureux enfin libérés et libres de vivre au grand jour.

Pourtant en repensant à ce songe, alors que j'ai les yeux grands ouverts dans cette cellule qui me devient bien trop familière, je réalise qu'il ne s'agit que d'un fantasme qui s'échappe de moi. Je suis seule. Je ne sais même pas s'ils sont encore vivants. J'ai peur que par ma faute, ils les aient simplement éliminés ? Je crains de ne pas avoir su me taire et d'avoir qui sait, lâché des informations pendant mes deux premiers interrogatoires. Tout est flou dans ma tête, la chappe qui me maintient dans un état semi-éveillé commence à me taper sur le système.

J'essaie de me concentrer. Des flashes fusent dans mon esprit. Je découvre Jérémie, dans son appartement sur le campus, tenant contre lui le T.shirt que je lui ai offert. Des souvenirs se déversent sur moi. Il me l'avait prêté une nuit où je l'avais rejoint dans sa chambre. Est-ce des instants passés où le présent que je perçois ? Suis-je consciente ? Ou m'envoie-t-on des images pour me tester ? Pourquoi semblent-ils s'être tous retrouvés ici à cette heure ? Tout se tord et s'embrouille dans mon cerveau. Je tremble à l'idée que tout à coup l'image que je perçois de Jérémie disparaisse. J'ai tellement besoin de sentir sa présence pour ne pas me perdre dans ce labyrinthe qui se forme et se déforme à chaque cligement de mes paupiéres. Je me demande si c'est encore moi qui contrôle mon esprit.

J'esquisse un sourire en voyant Tom , dans une petite jupe, tenue des plus surprenantes. Je ressens un malaise qui n'est pas lié à la situation cocasse. Il est au-dessus de tout ça, ayant assez d'humour pour ne pas apprécier l'instant. D'autres images viennent à leur tour se diffuser en moi, j'ai l'impression d'être devenue un poste de télévision. Comme si on retransmettait ma vie dans mes yeux. Des larmes commencent à perler sous mes paupières. Ce qui m'inquiète, c'est de ressentir que Tom n'est pas bien. Je n'aime pas du tout ça. Je me sens tellement impuissante, et furieuse de ne pas être présente pour le rassurer. Je voudrais appuyer sur le boutton "off" pour tout éteindre. Et courir le rejoindre pour le prendre dans mes bras.

D'un seul coup, je me sens très faible. Tout mon corps devient douloureux. Des fourmis se répandent dans chacune de mes extrémités. Des frissons remontent le long de mes membres. À nouveau, j'ai une douleur qui irradie ma tête. Cette nouvelle sensation me fait bien penser que la plante commence son travail de sape. Est-ce que tout ce que j'ai vu, n'était que des hallucinations ? Ou un strataème pour me faire lâcher des informations contre ma volonté ? Oui certes, je peux transmettre des messages par la pensée. Mais voir des images aussi précises, des actions réelles me semble bien plus probables. Est-ce moi qui devient folle ?

J'essaie de trouver une position dans laquelle je pourrais me sentir à mon aise, pour relâcher les tensions. Je bouge mes doigts pour essayer de m'extraire de mes chaînes. C'est peine perdue, à chaque fois que je fais un mouvement, j'ai le sentiment que les menottes se rétrécissent. À cet instant, je réalise que ce n'est pas mon imagination qui me joue des tours. Des bleus apparaissent sur ma peau. En même temps, je découvre une trace que je n'avais pas au dernier interrogatoire.

Je décide de faire une pause. Je réalise que je suis une cible mais que mes quatre hommes sont eux aussi en danger. Ce sont les personnes qui me connaissent le mieux. Je dois les prévenir. Une angoisse m'étreint, je suis sa prisonnière. Mais pas seulement. Je suis un appât pour les attirer dans la gueule du loup. Il a compris qu'ils étaient mon talon d'Achille. S'il se débarrasse d'eux plus rien ne l'arrêtera. Je deviendrais sa marionnette.

Alors que mon esprit vagabonde à nouveau, je vois Alexis qui m'appelle. Il dévale les escaliers et prend des clés de voiture des mains de Tom. Je ressens l'angoisse qui le gagne peu à peu lorsqu'il réalise que les balles qui fusent sont bien réelles. Un sanglot me transperce. S'il lui arrive quoi que ce soit, je ne m'en remettrais pas. Tout serait de ma faute, ma vie n'aurait plus de sens. Il faut que je les protège quitte à donner ma vie. Est-ce Alexis qui sans s'en rendre compte sert de capteur et me retransmet les images que j'aperçois en cette nuit ?

Un courant glacial me transperce, suivi d'une odeur insupportable. À nouveau la datura agit, ma respiration s'accélère, mes paupières tressautent, et mes yeux me brûlent. J'entends des voix qui s'approchent, je reconnais son pas, il résonne dans mon âme. Les clic clic qui l'accompagnent, me font penser à une canne. Un grincement se répercute, quand ses mains saisissent la poignée de la porte. Sa voix venue d'outre-tombe me tétanise. L'ordre qu'il intime tombe telle une guillotine :

- C'est l'heure, emmenez-la.

L'heure de quoi ? J'ai perdu la notion du temps depuis qu'ils m'ont jetée dans cette geôle, une certitude nous nous rapprochons du jour où je dois prononcer mon discours. Comment pourrai-je le faire ? Vu mon état, cela éveillera bien les consciences. Mes deux molosses me soulèvent sans aucun mal. Plus le temps passe, plus je me sens faible. À nouveau des brumes envahissent mon âme.

Un des sbires du démon me dépose toujours le même bandeau sur les yeux. Le maître confie les petites besognes aux autres. Les seules fois où il m'a touchée jusqu'à présent, c'était pour déposer ses sales pattes sur mes lèvres. Il s'arrange toujours pour que ce soit lui qui entre en contact avec moi. Il sait très bien que je pourrai lire dans ses pensées si les rôles s'inversaient. Il me faut trouver une façon de le toucher pour essayer de prendre le dessus. Pas possible de réfléchir davantage à un plan, qu'il vient à nouveau poser un doigt humide sur mes lèvres. Avant que je n'ai le temps de faire quoique ce soit, une douleur me saisit. Les dernières images que je perçois : Mike en haut d'un escalier, seul. Pourquoi ? Où sont les autres ?

Un dernier souffle chaud se dépose sur moi. Une enveloppe dans laquelle je m'abandonne. Deux pupilles couleur jade se reflétent dans mes prunelles, deux ailes noires m'entourent, et sa griffe se pose délicatement sur ma joue. Une fois de plus tout cela semble insensé. D'un autre côté cela me rassure. Je me sens legére. Avant de perdre à nouveau connaissance, je m'envole à mille lieues d'où je me trouve. Un dernier cri intérieur m'échappe : Mike emmene Tom ...

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