Troisième voyage (11) — J'aime ma maman, je l'adore

14 minutes de lecture

23 octobre 200X

Hélène Prokletý


 Je m’appelle Hélène, j’ai huit ans. Je vis dans une maison avec ma Maman dans une ville appelée Montchaton. J’aime ce nom, il est rigolo. Les lundis, je vais à l’école toute seule. Sur le chemin je dis bonjour aux voisins, ils me connaissent et sont très gentils avec moi. Par contre, ils aiment pas ma Maman. Une fois, ils l’ont appelée “diresponçable”. J’ai déjà entendu ce mot autrefois, mais je sais pas ce que ça veut dire. Pourtant, je comprends que ce n’est pas un compliment, je m’inquiète pour Maman. À chaque fois que l’on se voit, elle me paraît un peu triste; et surtout, il faut jamais lui parler de papa. Elle aime pas ça.

 À la maison, nous sommes trois : Maman, moi et Jahan. C’est mon meilleur ami. Je l’ai rencontré dans ma chambre, pendant que je rangeais mes peluches. Lorsqu’il est là, il me parle, et me demande ce que j’aime. Et moi, je lui réponds : “j’aime ma Maman, je l’adore”. Ce qui est étrange, c’est que ce n’est pas le cas pour Jahan. Lorsque je lui pose la même question, il me dit :” c’est toi que j’aime Hélène, et je n’aimerai que toi.”

 J’aime quand Jahan reste avec moi, on joue a toutes sortes de jeux. J’aime quand ma Maman est heureuse, et qu’elle me câline. J’aime les élèves de ma classe, j’aime ma maîtresse. En fait, j’aime tout le monde ! Par contre, ce n’est pareil pour les autres. Mes camarades se disputent, et ma mère déteste mon père.

 Aujourd’hui, l’école est finie. Ce sont les vacances de la Toussaint... Avec Halloween ! J’adore chercher des bonbons chez les voisins, ils m’en donnent beaucoup chaque année. Ils sont si gentils. Et puis, j’aurais peut-être plus de sucreries cette fois-ci. Maman s’est faite de nouveaux amis, elle me paraît plus occupée. J’espère qu’ils viendront à la maison, j’ai envie de les rencontrer.

 Comme tous les autres jours, je rentre à pieds. Maman est trop occupée pour venir me chercher. Elle me dit que ses amis lui prennent du temps. Mais c'est pas grave, puisque je sais que Maman est heureuse. Je suis une grande fille, j’ai même les clés de la maison ! Je peux l’ouvrir quand je veux, c’est moi qui décide !

 Je déverrouille la serrure, et hop ! Je suis rentrée ! Comme d’habitude, les pièces sont vides, plongées dans le noir. C’est moi qui ouvre les volets, et c’est moi qui arrose les plantes. Il y a toujours un peu de bazar, mais c’est celui de Maman, je range pas ! Quand j’ai fini mes tâches, je monte dans ma chambre. À chaque fois, je suis si pressée de rentrer, juste pour voir Jahan. Si je me sens pas seule, c’est grâce à lui.

  • Coucou, c’est moi ! m’écrié-je en entrant dans la pièce.

Ma chambre est plutôt petite. Elle n’a qu’une fenêtre et surtout, elle est remplie de peluches. Je les adore, elles sont si mignonnes. Ce sont les voisins qui me les offrent.

  • Bonjour Hélène, je suis content de te revoir, me dit Jahan.

J’aime quand il me dit ces mots, j’aime Jahan tout court. À première vue, on pourrait croire qu’il est comme toutes les autres peluches, mais c’est faux. Ce petit chat noir peut bouger et parler. Il est magique !

  • Tu t’es pas trop ennuyé ? demandé-je à mon ami, tout en m’asseyant sur le tapis de chambre.
  • Non, malheureusement. J’ai eu quelques affaires à régler. Ils ne peuvent pas se débrouiller tout seul.

Autre chose à son sujet : Jahan est un roi. Il a de nombreux sujets, mais je les ai jamais vu.

  • Sinon, qu’as-tu appris aujourd’hui ? reprend-il.
  • La géométrie ! Même si c’est difficile, j’ai du mal à faire des traits droits.
  • Ne t’en fais pas, je suis sûre que tu y arriveras.
  • Comment tu le sais ?
  • Tu es ma future femme, il est évident que tu sauras tout faire.

C’est vrai, j’avais oublié. Jahan veut faire de moi une reine, la sienne. J’aime cette idée, elle me plaît ! Même si je préfère être une princesse. D’ailleurs, ça me donne une idée pour jouer.

  • Dis, dis, Jahan !
  • Qu’est-ce qu’il y a Hélène ?
  • Jouons ensemble ! continué-je en le prenant dans les bras. Je serais une princesse et toi… Ce que tu veux !
  • Très bien, alors je serais le méchant.
  • Hein ?! Mais pourquoi le méchant ?
  • Car de cette manière, je pourrais me débarrasser de tous ceux qui t’aime. Et tu ne seras rien qu’à moi.

Parfois, Jahan possède des idées bizarres. Mais ça me dérange pas, j’aime beaucoup son imagination. Il en a toujours énormément, même si je ne comprends pas tout.

  • Et une fois que tu l’auras fait, qu’est-ce que tu feras ?
  • C’est simple, je t’emmènerai avec moi. Je te mettrais dans le plus somptueux des châteaux où aucun prince ne viendra te chercher. Tu pourras manger ce que tu voudras, tu ne pourras plus te sentir seule et nul ne te feras du mal.

Je rigole avec joie en entendant la fin de sa réponse, soulevant le petit chat dans les airs.

  • Mais voyons Jahan, ce n’est pas un méchant ça ! C’est le plus gentil des princes qui ferait ce genre de choses.
  • Même celui qui se débarrasserait de toute ta famille ? Même celui qui ruinerait leur existence ?

Le souci avec mon ami, c’est qu’il dit beaucoup de phrases compliquées. Je sais pas comment réagir dans ces moments-là.

  • Ça veut dire quoi la dernière phrase ?

Jahan me regarde avec attention, ses yeux me semblent si effrayant tout à coup.

  • Ça veut dire que je ne plaisante pas. Je serais prêt à tout, Hélène. Tu souffres, et je le sais.

Je lâche mon ami puis recule avec peur.

  • Non, dis-je en tournant la tête, j'ai pas mal, je suis heureuse.
  • Menteuse !
  • C’est faux !
  • Alors pourquoi ne cherches-tu pas à l’admettre ? Je ne suis pas aveugle, tu sais ! s’écrie-t-il en colère. Tu es jalouse des autres enfants, eux qui rentrent avec leur mère ! Tu maudis ses amis qui te l’enlève ! Tu aimerais passer du bon temps avec elle, mais tu gardes le silence sous peine de...
  • Je suis rentré Hélène ! crie Maman en ouvrant la porte.

J’abandonne la peluche pour me concentrer sur la personne venant d’arriver. Elle est là, Maman est rentrée ! Je me relève et cours vers le rez-de-chaussée, quittant Jahan sans dire le moindre mot. Ce n’est pas grave, je n’aimais pas cette discussion. Et puis, ce n’est pas la première fois que je le laisse au retour de Maman.

 Je souris dès que je vois sa silhouette fine. Maman n’a pas les mêmes cheveux que moi, ils sont plus clairs. Mais les voisins disent que j’ai le même visage qu’elle, alors ça me fait plaisir. Après tout, ma Maman est belle et je voudrais lui ressembler plus tard.

  • Maman ! m’écrié-je en courant dans ses bras.
  • Ma chérie, dit-elle en me câlinant. Comment vas-tu ?
  • Je vais bien ! J’ai appris la géométrie aujourd’hui, et…
  • Ah super, super, je t’ai entendu hausser le ton tout à l’heure, il s’est passé quelque chose ?
  • Oui, je me disputais avec Jahan.
  • Jahan, ton ami imaginaire ?

Je secoue la tête en entendant sa phrase.

  • Non, c’est pas mon ami imaginaire, il est réel ! Même qu’il parle et bouge ses…
  • Hélène, me coupe-t-elle en posant une main sur ma tête, Jahan n’existe pas. Tu es toute seule. Et tu as oublié ce que tu as promis à Maman ?

Elle me repousse doucement avec ses mains, attendant ma réponse.

  • Je dois pas faire de bruit quand tu es là, continué-je déçue. Maman est fatiguée tous les jours et ne veut entendre personne crier.
  • C’est bien ma chérie, tu peux retourner dans ta chambre maintenant.

Je hoche la tête en baissant les yeux. Je remonte les marches tout doucement, sans dire un mot. Une fois entrée dans ma chambre, je ferme la porte en laissant un petit espace. Maman n’aime pas quand je m’enferme, elle dit que ceux qui le font finissent seuls et sales, sans personne sur qui compter. Je crois qu’elle les appelle les « guiques ».

  • Tu vas bien ? demande Jahan.

Je fais « non » de la tête en boudant, les yeux posés sur le tapis. Mon ami se rapproche de moi puis pose une patte sur ma main.

  • Tu veux jouer à un jeu ?

Je répète le même geste, croisant les bras.

  • Je veux juste être avec Maman, comme on le faisait avant.

Jahan se met à soupirer avant de me répondre.

  • Hélène, j’ai envie de jouer à un super jeu, et j’ai besoin de toi pour le faire.
  • Demande à quelqu’un d’autre, dis-je en boudant.
  • Je ne peux pas, ce doit forcément être toi, tu es la seule qui peut m’accompagner.

Je comprends pas ce qu’il veut, pourquoi jouer maintenant si je ne suis pas d’accord ?

  • T’accompagner ? Pour quoi faire ?
  • Pour jouer aux espions, comme dans les films !

Je relève la tête en écoutant sa réponse. Les espions, comme ceux que j’ai vu à la télé ! Je les ai regardés avec Maman, même si je comprenais pas tout. À l’école, j’adore les imiter. Je fais semblant d’avoir un pistolet dans mes mains ou avec un bâton. Quelques fois, je m’amuse à mimer leur voiture dans la cour, c’est tellement drôle !

  • Oh oui, je veux jouer aux espions.
  • Bien, je vais vous donner votre mission. Dites-moi votre numéro.
  • Zéro zéro zéro zéro zéro zéro, euh… Huit !
  • Formidable agent 0000008, réplique Jahan en croisant les bras, votre mission est de descendre au rez-de-chaussée sans faire de bruit.
  • Facile pour l’agent numéro zéro zéro zéro zéro zéro huit !
  • Vous avez oublié un zéro, un peu de sérieux voyons !
  • Oui, pardon !
  • Votre mission ne se résume pas à descendre discrètement, mais à écouter la conversation téléphonique que votre mère possède actuellement.
  • Maman est au téléphone ? Mais c’est pas bien de parler pendant que les autres sont au téléphone.
  • Parler : oui. Mais écouter discrètement, nous avons le droit, reprend la peluche.

Je pose ma main sur mon menton et réfléchis aux paroles de Jahan. Si Maman me voit en train d’écouter, je pourrais toujours lui dire que j’étais partie aux toilettes, comme ça elle me criera pas dessus. Et je pourrais entendre la voix de ses amis !

  • Mission acceptée, dis-je en posant avec classe.
  • Bien, prenez moi durant votre mission. Je vous aiderai dans votre travail.

Jahan me tend les pattes, prêt à se faire câliner. Je l’attrape fermement et le colle contre ma poitrine. Je prends une grande inspiration et commence la mission.

 Je marche sur la pointe des pieds, puis quitte ma chambre sans un bruit. J’arrive devant la première épreuve : les escaliers. Ils sont si vieux qu’ils craquent sous mes pas, et encore plus avec ceux de Maman. Je dois faire très attention et descendre tout doucement.

 J’ai réussi la traversée des escaliers avec seulement deux craquements, c’est la première fois que j’en fais aussi peu ! Mes yeux se posent sur Jahan, qui me fait signe d’avancer. Je reprends doucement mon chemin. J’arrive devant le salon, j’entends la voix de Maman. Je me recroqueville devant la porte entrouverte, serrant la peluche dans mes bras. Je me sens coupable d’être arrivée là, Maman serait pas contente si elle l’apprenait. Mais je veux connaître ses amis, je veux les écouter !

  • Je vous remercie de votre présence, grâce à vous j’ai presque oublié cet homme, dit Maman avec soulagement.
  • Je vous en prie madame Prokletý, le cercle apprécie énormément votre présence. C’est la première fois que nous accueillons une femme comme vous, répond une personne en haut parleur.

Cette voix, je l’ai jamais entendu. On dirait celle d’une vieille femme. Ce serait elle, l’amie de Maman ? Et c’est quoi le cercle ?

  • Vraiment ? Vous exagérez !
  • Pas du tout, je vous assure ! Votre présence d’esprit et votre participation permet à notre cercle de vivre. Votre précédent don a de loin dépassé tous les autres. De là à ce que vous nous léguez une somme excédant les trois zéros…
  • Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? chuchote Jahan.

Je sursaute légèrement en entendant les paroles de mon ami. Il dit des gros mots seulement lorsqu’il est énervé. Pourquoi serait-il en colère ? Maman à l’air heureuse pourtant.

  • Eh bien, vous comptez beaucoup pour moi et puis… Je ne peux pas vous refuser de l’aide. Vous êtes comme une deuxième famille, dit Maman avec un petit rire.
  • Je vous en suis extrêmement reconnaissante madame… Non, Michelle. En tant qu’oracle de nos frères et sœurs, je tiens à vous servir de guide.
  • Vous voulez dire, par rapport à la prophétie impliquant mon enfant ? Excusez-moi mais, cela me paraît un peu gros, ricane-t-elle.
  • Rappelez vous l’abandon de votre mari, Michelle. Votre fille n’en était-elle pas la cause ? répond la personne à l’autre bout du fil.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce qu’on parle de moi et de papa ? Et puis, Maman m’a dit qu’il était parti parce qu’il ne nous aimait plus. Ce serait un mensonge ?

  • Enfin, cette vieille montre son vrai visage, chuchote Jahan.
  • Tu as dis quoi ? murmuré-je.
  • Rien, écoute attentivement ce qui va suivre.

Je hoche la tête avec une grimace. Je ne comprends pas, pourquoi dois-je faire les espions ? Je commence à avoir peur. J’ai envie de rentrer dans ma chambre.

 Non ! Je dois me montrer courageuse. Jahan veut qu’on joue ensemble, et je suis une grande fille. Je peux tout supporter !

  • Justement, je voulais vous demander quelque chose qui me tracasse au sujet de ma fille, commence Maman.
  • Je vous en prie, parlez.
  • Eh bien, cela va vous paraître ridicule mais, je l’entends souvent parler toute seule. Elle me dit qu’elle a un ami, alors qu’il n’y a personne. Elle doit avoir une imagination débordante.
  • Avez-vous des précisions concernant son... ami ? demande la vieille dame.
  • À vrai dire, pas tellement. Mais elle semble l’appeler par un nom étranger : Jahan.

Juste après que Maman ait fini sa phrase, un silence envahit la maison. La personne à l’autre bout du fil ne répond pas, pareil pour la peluche dans mes bras. C’est comme si son nom avait avalé les mots de tout le monde.

 J’ai peur. Quelque chose me terrifie. Ma respiration s'accélère, ce n’est pas bon. À ce rythme, je vais échouer, Maman me trouvera. J’ai envie que son amie parle, mais en même temps, je ne veux pas entendre sa réponse. Je voudrais qu’elle discute d’autre chose. Je voudrais qu’elle oublie Jahan.

  • Excusez-moi ? demande Maman, vous n’avez pas entendu ?
  • Le monde.
  • Pardon ? Que venez-vous de dire ?
  • Le monde, Michelle. Voici ce que signifie Jahan en persan. Le monde en personne tente de communiquer avec votre fille.
  • Je… Vous plaisantez, ce n’est qu’un ami imaginaire, répond ma Maman avec confusion.
  • Une immonde calamité fréquente votre fille, vous pensez que j’ai assez d’inconscience pour plaisanter ? répond directement la vieille dame.
  • Une calamité ?
  • Oui, la bête effroyable qui contrôlera notre monde dans un futur proche. Je vous avais prévenu de la prophétie, n’est-ce pas ? Comme quoi votre fille nous mènera à notre perte. Cette cause n’est autre que cette calamité. C’est elle qui cause le malheur dans votre famille.

Non, c’est faux. Jahan ne fait rien, ce n’est pas un méchant. Il ne nous veut aucun mal !

  • C-Comment ? C’est vraiment elle ? s’écrie Maman. Mais alors, comment… Comment puis-je m’en débarrasser ?
  • Vous nous aimez, Michelle ? demande son ami avec une douce voix. Alors vous savez quoi faire.
  • Cette salope… Se retient Jahan. Attends un peu vieux débris, je viens pour ta tête.

Soudainement, la peluche dans mes bras se débat, cherchant à courir vers la porte. Je lâche un petit cri de surprise, mon ami bouge si vite, je ne le vois presque plus.

  • Excusez-moi, j’ai entendu ma fille crier. Je vous rappelle plus tard, répond Maman.

Oh non ! Elle va nous trouver !

  • Arrête Jahan, chuchoté-je en essayant de le retenir. Tu vas te faire mal.

Je dois partir, mais mon ami n’arrête pas de bouger, je ne peux pas le garder dans mes bras et courir en même temps.

  • Jahan, arrê…
  • Tiens donc Hélène, que fais-tu derrière la porte ?

Je sursaute avec un petit couinement. Mes yeux se pose sur le sol, je ne veux pas regarder Maman. J’ai peur, aide moi Jahan.

  • Je t’ai posé une question, répond-moi Hélène, insiste-t-elle.
  • J-Je voulais aller aux toilettes, murmuré-je.
  • Avec une peluche ? répond Maman en colère.

Aucune réponse ne sort de ma bouche, mon corps tremble de partout, comme si j’avais froid. Je serre Jahan qui a arrêté de bouger.

  • Regarde moi Hélène, je te parle.

J’obéis en grimaçant. J’ai peur, Maman va me faire du mal, encore… Je ne veux pas ! Mes yeux se pose sur sa silhouette, ses bras sont croisés et ses sourcils froncés. Je n’aime pas cette tête, il se passe toujours quelque chose de mal après que je la vois.

  • Maintenant tu vas me répondre, pourquoi avoir amené cette peluche avec toi ? reprend-elle.
  • P-Parce que je voulais jouer avec elle dans les toilettes.
  • Menteuse, gronde-t-elle en me l’arrachant des bras.

Je lâche un petit cri en tendant les mains vers mon ami, bien trop haut pour moi.

  • Rends le moi, rends moi Jahan ! pleuré-je.

Après m’avoir entendu, Maman tourne la tête vers le petit chat en peluche.

  • Jahan, c’est donc lui.
  • Rends le moi, je t’en prie Maman.
  • Pour que tu continues de jouer les espionnes ? me demande-t-elle avec une fausse douceur.
  • Non, c’est…
  • Je ne t’ai pas éduquée pour que tu deviennes une menteuse ! hurle-t-elle.

Je recule en pleurant, la lèvre tremblante. Je n’arrive plus à parler, quoi que je dise, Maman n’écoute rien. Et si je continue…

  • C’est à cause de lui si tu es devenue comme ça, continue-t-elle avec un sourire. Hélène, n’oublie pas que tu es seule. Et tu le mérites. C’est comme le disait cette oracle, tu es la responsable de son départ.
  • Ça veut dire quoi responsable ?
  • Ne joue pas les ignorantes ! crie-t-elle. Tu m’as très bien comprise ! Si tu n’étais pas là, je ne serais pas au bout du rouleau. Si tu n’étais pas née, je serais encore avec lui ! Tu es une malédiction, Hélène ! si je suis maudite, c’est par ta faute !
  • Non…
  • Ne me répond pas ! J’ai beau être ta mère, je n’en peux plus ! Je ne veux pas aller plus loin, alors je me limiterai à ça, dit-elle en étirant la peluche.

Non, il ne faut pas qu’elle le fasse. Si je ne l’arrête pas, elle va casser Jahan !

  • Arrête ! Ne lui fais pas de mal, promis je n’espionnerai plus !

Maman continue de tirer, les fils de sa tête se retirent.

  • Non, s’il te plaît, arrête Maman !

Je t’en supplie, je ne veux pas perdre mon seul ami ! Je ne veux pas être toute seule !


CRAC !


Un bruit résonne dans le couloir, un bruit simple mais affreux. J’observe les mains de Maman, la tête de Jahan est entièrement détachée. C’est fini, il ne bougera plus, il ne parlera plus, il ne jouera plus avec moi…

  • Maintenant, retourne dans ta chambre et tout de suite ! dit-elle en se dirigeant vers la poubelle.

Je tends la main pour l’arrêter, j’essaie de crier, mais aucun son ne sort de ma bouche. Je n’arrête pas de pleurer, je me sens mal, comme si c’était moi que l’on venait d’arracher la tête. Dis-moi Maman, qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi es-tu si malheureuse avec moi ? Pourquoi veux-tu que je le devienne aussi ? Je suis sûre que cette vieille dame t’a jeté un mauvais sort. Tu ne dois plus être toi-même, voilà pourquoi tu es si méchante.

 Attends moi, Maman. Je te promets de te libérer, et l’on sera de nouveau heureuses toutes les deux. Même si tu es en colère, que tu détruis mon ami et que tu me fais mal, je ne changerai pas. Car comme je l’ai dit à Jahan : j’aime ma Maman, je l’adore.

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