Chapitre 4 - La société moderne est un immense after où plus personne ne sait pourquoi il est encore là

3 minutes de lecture

Il suffit d’observer un brunch pour comprendre que l’Occident est terminé.

Huit adultes assis autour d’une table en bois recyclé à 14h37, en train de manger :

des œufs “bénédicte revisités”,

du houmous à la betterave,

et un café filtré par un ancien DJ berlinois reconverti en artisan de mousse d’avoine.

Tout le monde sourit.

Personne ne baise vraiment.

Personne ne dort bien.

Personne n’est heureux.

Mais attention : les pancakes sont “incroyables”.

Le monde moderne adore l’esthétique du bonheur.

Le bonheur lui-même par contre… catastrophe industrielle.

Même la souffrance maintenant doit être instagrammable.

Tu peux plus juste être en dépression tranquille comme nos parents.

Non.

Maintenant il faut :

“documenter son parcours”,

faire une story noir et blanc avec Lana Del Rey en fond,

écrire “healing era ✨”,

puis retourner coucher avec Kevin, DJ microdosé à la kétamine émotionnelle qui te trompe depuis août mais “a peur de l’engagement”.

Les gens ne vivent plus les choses.

Ils les mettent en scène.

Même les enterrements bientôt ça va être sponsorisé par une marque de bougies naturelles : “Code promo GRANDMÈRE15 pour accompagner votre deuil avec sérénité.”

Et les médias…

Mon Dieu les médias modernes.

Une gigantesque garderie nucléaire où des chroniqueurs sous caféine commentent :

des tweets,

des indignations,

des influenceurs,

des influenceurs qui réagissent à d’autres influenceurs,

pendant qu’un continent entier brûle quelque part derrière un bandeau BFM.

Même les débats ressemblent à des combats Pokémon entre troubles de l’attention.

Plus personne n’écoute.

Les gens attendent juste leur tour pour parler plus fort.

Tu mets :

un militant,

un coach crypto,

une féministe TikTok,

un survivaliste chauve,

et un député qui transpire la corruption artisanale…

…sur un plateau télé et tu obtiens : “la démocratie moderne”.

À ce stade-là même George Orwell aurait demandé : “Non mais vous êtes sûrs que c’est pas une vanne ?”

Et pendant ce temps-là, l’individu moyen continue sa petite routine absurde.

Réveil. Téléphone. Anxiété. Transport. Travail. Dopamine numérique. Fatigue. Pornographie. Uber Eats. Netflix. Insomnie.

Puis on recommence.

Toute une civilisation sous assistance respiratoire dopamine-compatible.

Les gens sont tellement épuisés qu’ils appellent : “prendre du temps pour soi” le fait de rester en jogging trois jours devant une série coréenne en mangeant des céréales comme un survivant post-apocalyptique.

Et les hommes modernes…

Alors eux…

On nous avait promis des guerriers.

On a eu : des podcasteurs.

Des types qui parlent pendant quatre heures de “masculinité sacrée” alors qu’ils ont peur d’appeler leur banque.

Toute une génération élevée par :

YouTube,

le porno,

les podcasts motivation,

et des citations de Miyamoto Musashi repostées par Dylan, 22 ans, vendeur de puff mangue glacée.

Les mecs maintenant veulent :

une femme douce,

indépendante,

sexy,

fidèle,

pas “prise de tête”,

spirituelle,

naturelle…

…tout en passant leurs soirées à liker des influenceuses bulgares photoshopées comme des personnages de jeu mobile.

Et les femmes ?

Elles doivent maintenant être :

sensuelles mais pures,

ambitieuses mais disponibles,

fortes mais rassurantes,

mystérieuses mais communicantes,

naturelles mais parfaites.

Même Jésus reviendrait aujourd’hui, il finirait ghosté après trois jours parce qu’il “communique mal ses émotions”.

Le pire dans tout ça ?

Les gens savent.

Ils savent que tout est faux.

Ils savent :

que les réseaux les rendent malades,

que la comparaison les détruit,

que la moitié des influenceurs sont sous antidépresseurs,

que les couples “goals” se détestent,

que le système est absurde,

que leur boulot n’a aucun sens.

Mais ils continuent.

Pourquoi ?

Parce que ralentir voudrait dire entendre le bruit à l’intérieur.

Et ça…

beaucoup préfèrent encore le couvrir avec :

du sexe,

du bruit,

des stories,

de l’alcool,

des matchs de padel,

ou des retraites chamaniques organisées par une ancienne responsable RH de Toulouse devenue “passeuse d’âme”.

Alors moi j’observais tout ça comme un anthropologue alcoolique au milieu d’un zoo sous Wi-Fi.

Et plus je regardais les gens, plus une évidence me frappait :

La majorité ne veut pas être heureuse.

Elle veut juste :

souffrir élégamment,

avoir l’air intéressante,

et trouver quelqu’un qui accepte de participer au mensonge avec elle jusqu’à la prochaine catastrophe émotionnelle.

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