Chapitre 6 - Le progrès technologique était censé libérer l’humanité. Il a surtout créé des connards avec batterie longue durée.

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L’humanité entière ressemble désormais à un enfant de huit ans qui aurait trouvé les codes nucléaires dans une boîte de céréales.

On a donné :

Internet,

l’intelligence artificielle,

la surveillance mondiale,

la retouche photo,

les cryptomonnaies,

la chirurgie esthétique,

et des drones militaires…

…à des gens qui tapent encore : “sa va” sans trembler.

Forcément ça tourne mal.

Même les milliardaires aujourd’hui ressemblent à des super-vilains écrits par un scénariste sous champignons hallucinogènes.

Tu regardes Mark Zuckerberg cinq secondes, tu as l’impression qu’un distributeur automatique a appris à mentir.

Jeff Bezos ressemble à un méchant de film qui interdit l’eau potable dans une mégalopole cyberpunk.

Et Elon Musk…

Alors lui…

C’est littéralement un forum 4chan devenu milliardaire.

Le type veut :

coloniser Mars,

connecter les cerveaux,

contrôler des satellites,

fabriquer des robots humanoïdes…

…alors qu’il tweete parfois comme un adolescent qui vient de découvrir Monster Energy et Nietzsche en même temps.

Imagine l’Égypte antique.

Des milliers d’hommes construisent des pyramides pendant qu’un pharaon dit : “Nous honorons les dieux.”

Aujourd’hui ?

Des milliers d’ingénieurs travaillent nuit et jour pour qu’une application permette à Jennifer, 29 ans, de mettre des oreilles de chat sur son cul en 4K.

Civilisation extraordinaire.

Même les médias porno sont devenus absurdes.

Le cerveau humain n’était biologiquement pas préparé à voir :

12 000 corps nus,

400 fantasmes différents,

et un plombier tchèque musclé disponible en HD illimitée avant le petit déjeuner.

Résultat ?

Des générations entières incapables d’être excitées par un vrai être humain qui respire normalement sans lumière néon violette et scénario absurde impliquant une belle-mère coincée dans un lave-vaisselle.

Même le désir a été industrialisé.

Avant, voir un genou suffisait à déclencher une guerre médiévale.

Aujourd’hui un type regarde :

vingt-sept positions sexuelles,

trois cosplay japonaises,

un octogone amateur,

et une femme suspendue au plafond comme une décoration Ikea satanique…

…puis écrit : “Mouais.”

Le cerveau moderne est carbonisé.

Et alors les influenceurs motivation…

Ah.

Ces prophètes du vide.

Des gens qui te donnent des leçons de réussite depuis :

une Lamborghini louée,

un Airbnb à Dubaï,

ou une piscine où même l’eau semble impliquée dans une fraude fiscale.

“Travaille en silence.”

Tu parles.

Le type filme même ses protéines en slow motion avec un drone.

Personne ne travaille en silence aujourd’hui.

Les gens annoncent :

leur séance de sport,

leur méditation,

leur rupture,

leur thérapie,

leur jeûne,

leur tristesse,

leur guérison,

leur café,

leur digestion.

À ce stade-là bientôt quelqu’un va poster : “Petit caca introspectif ce matin gratitude.”

Même les enfants ne sont plus des enfants.

Tu vois des gamins de onze ans faire des routines skincare plus complexes que les protocoles médicaux des années 90.

Des petites de treize ans qui parlent :

d’énergie féminine,

de pervers narcissiques,

de manifestation,

et de “poser leurs limites.”

À treize ans moi je mangeais du sable et je croyais que les adultes comprenaient le monde.

Le vrai drame est là : plus personne ne grandit naturellement.

Tout le monde est exposé trop tôt :

au sexe,

à l’argent,

à la violence,

à la comparaison,

au jugement,

à la performance,

au marché humain permanent.

Même les vieux sont devenus adolescents.

Tu vois des retraités faire :

du crossfit,

des selfies,

des divorces “pour vivre enfin.”

Jean-Claude, 67 ans, quitte Mireille après trente-neuf ans de mariage parce qu’une professeure de pilates lui a dit : “Tu mérites d’écouter ton enfant intérieur.”

Son enfant intérieur conduit maintenant un scooter Piaggio et porte des bracelets en cuir.

Le monde entier est devenu fou doucement. Pas une folie spectaculaire.

Non.

Une folie climatisée. Connectée. Design. Avec musique lounge et paiement sans contact.

Et personne ne veut l’admettre parce que tout le monde participe au délire.

Même ceux qui critiquent le système veulent :

des likes,

de la validation,

du désir,

une place,

une image,

une tribu.

L’être humain est probablement la seule créature capable :

de détruire la planète,

de créer une solitude de masse,

d’empoisonner sa nourriture,

de transformer l’amour en marché financier…

…tout en publiant : “Live laugh love” sur un mur de cuisine.

Franchement ?

Même Albert Camus aurait regardé notre époque en allumant une cigarette directement avec le soleil.

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