Chapitre 11 - Les psychologues de PMU ont remplacé les philosophes

3 minutes de lecture

Le monde moderne est fascinant.

Des gens incapables de gérer :

leur couple,

leur sommeil,

leur alcool,

leurs finances,

ou un clignotant dans un rond-point…

…mais qui expliquent la nature humaine après deux Ricard et une vidéo YouTube intitulée : “Comprendre les manipulateurs toxiques en 7 signes.”

Toute la planète est devenue thérapeute de comptoir.

Tu passes cinq minutes dans un bar aujourd’hui, t’entends immédiatement :

“Nan mais elle est bipolaire.” “Lui c’est clairement un narcissique.” “Toi t’as un trauma d’abandon.” “Mon ex était pervers manipulateur.”

Frérot.

Ton ex vendait des cuisines à Limoges et pleurait devant Koh-Lanta.

Calmons-nous sur Hannibal Lecter.

Le pire, c’est cette obsession moderne de diagnostiquer absolument tout.

Quelqu’un est chiant ? TDAH.

Quelqu’un est triste ? Dépression existentielle.

Quelqu’un est infidèle ? Blessure de l’enfant intérieur.

Quelqu’un est juste con ? Ah non ça, étrangement, plus personne n’ose l’envisager.

Pourtant statistiquement ça réglerait énormément de débats.

Même les discussions de couple ressemblent maintenant à des colloques psychiatriques organisés par des gens qui ont lu trois infographies Instagram entre deux paninis.

“Quand tu fais ça, ça active mon système nerveux.”

Mais Sandra, tout active ton système nerveux :

les mails,

les huîtres,

les notifications,

les gens qui respirent fort,

et probablement les rideaux jaune de damas.

À un moment donné, ce n’est plus un trauma. C’est un DLC émotionnel payant.

Et alors les podcasts pseudo-psy…

Mon Dieu.

Des gens parlent pendant trois heures de :

vulnérabilité,

masculinité,

féminin blessé,

intelligence émotionnelle,

sécurité affective…

…avec le charisme d’un grille-pain administratif.

Tu regardes les invités : des individus émotionnellement explosés qui donnent des conseils relationnels comme des pirates donneraient des cours de natation.

Le moderne adore analyser ses émotions.

Les ressentir par contre : panique absolue.

Tout le monde veut : “comprendre ses mécanismes.”

Mais personne ne veut entendre : “Oui bon… parfois t’es juste jaloux, possessif et insupportable.”

Non.

Il faut une explication sophistiquée.

Le monde moderne transforme chaque faiblesse humaine en documentaire Arte.

Même les ruptures maintenant ressemblent à des diagnostics médicaux.

“Nous étions incompatibles dans nos langages affectifs.”

Non Clémentine.

Il passait ses nuits à liker des influenceuses fitness bulgares pendant que tu faisais semblant d’aimer le tantra et les retraites silencieuses en Ardèche.

Soyons professionnels deux minutes.

Et alors les mecs de comptoir…

Ah eux…

Les experts absolus de la femme.

Des types divorcés trois fois qui sentent :

le tabac froid,

le diesel,

et l’amertume génétique…

…mais qui expliquent : “Nan mais les femmes hein… faut les ignorer.”

Le professeur Dédé du PMU de Montluçon.

Le type a :

une pension alimentaire,

une Clio 2007,

un foie couleur parquet ancien…

…mais il donne des masterclass comportementales entre deux tickets PMU et un demi pression.

Le plus drôle, c’est les gens qui parlent constamment : “d’énergie.”

Tout le monde est devenu magnétiseur quantique.

“Cette personne a une mauvaise énergie.”

Non Didier.

Cette personne te déteste.

Nuance énergétique fondamentale.

Ou alors : “Je ressens quelque chose de lourd.”

Oui. C’est probablement :

ton crédit immobilier,

ton manque de sommeil,

et les huit mojitos de samedi.

Le monde moderne refuse les vérités simples.

Parce qu’elles piquent l’ego.

Alors on transforme tout en jargon pseudo-profond.

Un homme triste devient : “un masculin en déconnexion vibratoire.”

Une femme instable devient : “une âme intense difficile à contenir.”

Non.

Parfois les gens sont juste :

perdus,

immatures,

terrifiés,

ou émotionnellement mal câblés.

Pas besoin d’un oracle tibétain et d’un podcast Spotify pour comprendre ça.

Et pendant que tout le monde dissèque :

les émotions,

les attachements,

les dynamiques,

les schémas,

les polarités…

…plus personne ne vit réellement.

Les gens s’auto-analysent tellement qu’ils ressemblent à des notices Conforama émotionnelles.

“Quand tu appuies ici ça déclenche mon anxiété.”

Très bien. Et sinon tu veux un câlin ou un manuel technique ?

Parce qu’au fond…

se choisir soi-même, ce n’est pas devenir un expert de son propre traumatisme.

Ce n’est pas transformer chaque conversation en séminaire psychiatrique avec bougie parfumée.

Se choisir, parfois, c’est beaucoup plus simple et beaucoup plus violent :

arrêter de raconter sa vie comme une pathologie complexe… et commencer enfin à agir comme quelqu’un qui mérite mieux que ses propres excuses.

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