Chapitre 52 L'ombre du Maraudeur
Un homme franchit le seuil de la taverne de la Chope Fendue, échangea quelques mots à voix basse avec le tavernier, puis repartit sans toucher à sa boisson.
Du coin d'où il observait les allées et venues, Erwyn l'avait vu rentrer et ne l'avait pas lâché du regard durant tout le temps de son passage.
Vêtu du manteau rouge sombre des Maraudeurs, la joue vilainement balafrée et l'œil droit couvert d'un foulard abîmé et poussiéreux qui se perdait dans ses cheveux longs et emmêlés, le voyageur avait l'air fatigué et fermé, comme un vieux vétéran épuisé par des années de combat.
En traînant la jambe, il avait glissé en silence entre les tables occupées par des marins ivres, de jeunes chevaliers bruyants ou des paysans de passage en ville pour vendre leurs marchandises au Grand Marché.
Parvenu au comptoir, il avait commandé un hydromel de Birilè. Nonchallamment accoudé, il avait discuté quelques secondes avec le tavernier, qui avait hoché la tête avec sérieux.
Erwyn se décida à lui emboîter le pas. Tout cela semblait trop suspect pour ne pas l’être. Le jeune soldat dans sa vingtaine prenait son travail très au sérieux.
Quand l'homme partit, Erwyn laissa quelques écus à côté de son verre vide pour régler sa consommation, ajusta son manteau sans précipitation, puis zigzagua entre les tables en s'assurant de ne pas glisser sur le sol humide.
Parvenu dehors, il fronça les sourcils. Le ciel était dégagé, sans nuages, et la lune brillait.
Pourtant, il eut beau scruter le périmètre, aucune trace du Maraudeur. Il s'était comme évaporé dans un rayon lunaire.
Erwyn pesta silencieusement : encore un qui lui filait entre les doigts sans laisser la moindre trace, son enquête n'avançait pas...
Il fit les cent pas. Voilà trois mois qu’il traquait des opérations de contrebande et de vente d’esclaves. Ses collègues et lui-même ne retrouvaient jamais que des cadavres et des restes de drogues.
On recevait aussi beaucoup de plaintes pour disparition, mais rien n'indiquait que les victimes soient liées autrement que par leur jeunesse.
- Fëa ngurthad !
Rien ne servait de s’énerver… Il ne trouverait rien de plus ce soir. Autant rentrer se reposer dans son petit chez-lui et s’y remettre demain matin...

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