Chapitre 1 - La plus douce des lueurs (3/3)
-3-
Bien assez tôt, nous fûmes de retour au Palais, devant ma chambre.
Je tendis à Nojù cette tenue qu'elle m'avait apportée.
— Tiens, merci pour ça.
C'était aussi ma façon de la remercier pour la soirée. Elle la repoussa contre moi.
— Ne sois pas idiot. Cette tenue est pour toi, enfin. Ne me fais pas dire des choses aussi évidentes, Lucé.
Son regard disait tout. Il s'agissait d'un cadeau. Je ne pouvais pas l'accepter sans m'en être assuré.
— Très bien, alors. Je ne le porterai pas tous les jours, cela dit. Mais il faudra au moins que j'aille remercier Madeleine avec.
Nojù se réjouissait de mon attitude et sourit espièglement.
— Tu reconnais enfin que ma gouvernante est la meilleure du monde ?
À l'instar de la totalité de l'humanité, je trouvais toujours de quoi pester contre Madeleine. Je ne la détestais pas particulièrement. C'était juste ma façon à moi d'être neutre.
— Loin de là. Mais ce serait pitoyable de ne pas la remercier après tout le temps qu'elle a dû y consacrer.
Ma sœur faisait la moue.
— J'ai quand même participé, moi aussi...
Elle ne semblait pas déçue de ma réponse pour autant, plutôt le contraire.
La demoiselle reprit bien assez tôt son expression la plus naturelle.
— J'ai hâte d'être à demain. Cette soirée était vraiment géniale, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que maintenant que je peux apprendre la magie avec toi, on pourra beaucoup s'amuser à l'avenir.
En effet, c'est un miracle qu'elle m'ait attendu pour se lancer dans la magie.
La princesse au caractère bien trempé n'avait pas besoin d'un complice pour faire ce qui lui chante. Pourtant, elle considérait que de partager toutes ses activités avec quelqu'un, méfaits compris, était absolument indispensable.
— Plus tôt sortie du bain, plus tôt couchée ! Plus tôt couchée, plus tôt l'heure de s'amuser !
Sur ces mots, elle repartit vaillamment.
Quoi qu'il arrive, tu rouspéteras en te levant pour déjeuner et tu somnoleras pendant tes cours. Qui crois-tu berner ?
Patauger dans la même boue que les villageois était une activité salissante, quoi qu'on ait pu en dire. Je ne pouvais pas me coucher avant de m'être lavé.
Une fois prêt à dormir, je m'étonnai à penser que ces derniers jours n'avaient pas été si mauvais. Ma mémoire devait être courte, mais c'était ainsi que je ressentais les choses. Tout ce qui m'était arrivé avant que je ne rentre au palais était comme un songe. Je n'en avais que de vagues souvenirs. Et tout comme ma sœur, j'en venais à me demander si les prochains jours allaient être aussi bien. Cette idée me fit sourire au moment où je laissai ma tête reposer sur l'oreiller.
Mais le début de la journée suivante n'avait rien de particulier, si ce n'est l'agitation de la garde. Peut-être allions-nous enfin nous faire gronder pour les ravages sur le terrain d'entraînement. Je n'eus pas l'occasion de voir Nojù au petit-déjeuner, et décidai de venir la chercher à sa chambre avant midi. Je supposais qu'elle était plus au courant que moi et qu'elle pourrait me renseigner sur ce qu'il se passait.
Le côté ouest du deuxième étage était saturé d'hommes en armures. Évitant la conversation, je marchais jusqu'à la chambre de ma sœur. Hélas, un des leurs vint me saluer.
— Mon prince ! Je vous prie de ne pas venir ici pour le moment !
Il raidit tout son corps, visiblement gêné.
— Je vais seulement voir ma sœur. Y a-t-il un problème ?
Tous les gardes se tournèrent vers celui qui s'était fait leur représentant. Celui-ci, bien que je n'aie pu voir son visage, semblait hésitant à me répondre.
— Il ne faut pas venir ici pour le moment, mon Prince ! Je suis navré !
Son intonation me mit la puce à l'oreille. Une inquiétude profonde naquit en moi.
— Dites-moi ce qu'il se passe.
Mon ton aussi avait changé, ce qui semblait embarrasser cet homme davantage.
— Je ! Je suis navré ! Ordre du duc !
Bien des curieux s'étaient aussi affairés ici. Les mots que je crus entendre me firent perdre mon calme.
Négligeant l'étiquette, je courus jusque dans sa chambre.
— Mon Prince, n'allez pas par là !
Les portes menant à son balcon étaient ouvertes, le lit était vide. Je reconnus le Grand Inquisiteur au milieu de ses assistants. Quand il se rendit compte de ma présence, il grimaça par compassion.
J'étais alors figé à l'entrée de la pièce. Le garde qui m'avait suivi semblait porter toute la responsabilité de ce qu'il s'apprêtait à me dire.
— Nous sommes profondément navrés, mon Prince... Votre sœur Nojùcénie… a été enlevée dans la nuit.

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