Ce lieu paradisiaque
À peine sortis de l'avion, Erwin et les autres clients de Parc'o'zombi furent éblouis par le soleil. Tous nécessitèrent de quelques secondes, le temps de s'accoutumer à cette lumière naturelle et crue, filtrée par aucune pollution ni vitre. Près de lui, În'ga miaula son désagrément de sa voix erraillée, due au rachitisme de ses cordes vocales. Il préférait qu'elle ne puisse jamais indisposer ses voisins par du bruit.
Plusieurs de ses futurs camarades de vacances laissèrent échapper un cri surpris. Il comprenait sans peine. Un ciel si naturel se faisait rare, certains pouvaient passer leur vie entière sans voir d'authentique ciel bleu, malgré tous les efforts des politiques pour limiter les pollutions.
Ils récupérèrent leurs bagages sans encore oser s'adresser la parole, estimant la classe sociale des uns et des autres. Erwin releva qu'il faisait partie des moins aisés, et du groupe des promoteurs. De ceux qui allaient sur le terrain pour parler de leur expérience, certains par ailleurs streamaient déjà leur arrivée. Il reconnut par ailleurs quelques cyborgs célèbres. Il les laissa à leurs monologues, et se dégourdit les jambes avec În'ga.
Plusieurs acteurs et connaissances de politiques se firent livrer leurs bagages avant lui, ce qui lui laissa le loisir de photographier l'aéroport de Parc'o'zombi. Pour le moment, du très classique, à l'exception notable de la vue. Entre le sable blanc, et l'eau turquoise, le cadre était sublime. Le testeur releva autre chose, qui aurait du lui sauter aux yeux. Point de panneau publicitaire aux murs, ni aux fenêtres. Il attendit qu'un employé l'appelle pour lui tendre ses bagages, pour lui demander si cette absence devait durer.
- Les fondateurs préfèrent conserver la pureté du style, et offrir un cadre réellement reposant à nos clients ; l'homme se pencha vers Erwin et ajouta sur le ton de la confidence ; D'autant plus que cette absence de publicité nous garanti une grande indépendance dans l'organisation. Bon séjour à vous, monsieur Sorineur.
Erwin l'en remercia, et prit congé. À la sortie de l'aéroport, il vit un défilé de voyageurs accompagnés de comités d'accueil, et remarqua le sien. Une grande brune l'aborda avec un sourire fabuleux. Depuis combien de temps n'avait-il vu une personne sourire ?
- Bonjour, Erwin Sorineur ?
- Bonjour, c'est bien moi, madame... ?
- Mademoiselle Gui ; en parlant, elle ne put s'empêcher de détailler În'ga ; désirez-vous déposer tout de suite vos affaires à l'hôtel, ou préférez-vous rester encore un peu ici ?
- Je vais profiter de l'air marin pour le moment.
Elle acquiesça, et se porta volontaire pour se charger des bagages. Le testeur poursuivit ses photos d'arrivée, éberlué par la beauté naturelle des lieux. Le suivant comme son ombre, În'ga trottinait en levant haut les pattes, rendue perplexe par le sable.
Le testeur s'amusa à filmer sa panthère lécher le sable, tenter de le croquer, puis courir dans l'espoir de semer cet intrus sur sa langue. Lorsque l'animal plongea dans l'eau, il ne put s'empêcher de se plier en deux de rire. Le gros chat, trempé et ébourrifé, fuyait à toutes pattes cette eau mouvante et salée, et se pelotonna derrière lui en tremblant et quémendant des caresses. Son maître joua avec ses moustaches, avant de se décider à la sécher à l'aide de linguettes. Le plus difficile fut de la débarrasser de son sable sur la langue, puis de l'empêcher de se nettoyer le pelage.

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